Memovelo

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Les Ragagnin, une famille italienne au coeur du cyclisme en Lot-et-Garonne

 

  1. Introduction
  2. L’immigration italienne en France
  3. Les « campionissimi »
  4. Le « Critérium des Italiens de France »
  5. Domenico Ragagnin et sa famille à Marmande
  6. Gino Bartali, de « Gino le Pieux » à « Gino le Juste »
  7. Les coureurs d’origine italienne dans le grand sud-ouest
  8. Le cas de Pierre Polo et l’équipe du Centre-Midi dans le Tour 1958
  9. 4 grandes familles : Campaner / Cigana / Fedrigo / Verardo
  10. Conclusion

 

 

 Introduction :

 

 

 

Du 4 au 11 octobre 2019, Marmande a accueilli dans la salle du conseil municipal l’exposition « Ciao Italia ! » (Ces immigrés italiens qui ont fait la France). Il s’agit d’une exposition itinérante du musée de l’histoire de l’immigration. Nous y avons rencontré Mme Normand Monique, dont nous avions fait la connaissance lors d’une conférence organisée en 2010 par les Amis du Vieux Marmande et le Cyclo Club de Marmande, laquelle traitait le sujet : « Un siècle de cyclisme en Marmandais ».

 

 

conférence Marmande 2010.jpg

 

 10 février 2010, la conférence organisée dans la médiathèque réunit les passionnés et les témoignages des Anciens : ici, Mme Normand parle de son père D. Ragagnin. A ses côtés, R. Quinta, fils de l'un des fondateurs du CCM propriétaire du café de l'Univers le siège cu club à ses débuts. A côté de lui : Alex Lesca, D. De Vicenzi, V. Caneiro, T. Langella... Dautres témoignages seront produits par quelques coureurs de l'après-guerre : G. Rover, E. Manfé, M. Covre, J. Ceccon ... En haut, sur le bord de l'image à droite, le premier visage est celui de Michel Fedrigo. 

 

 

 

Monique Normand, outre ses fonctions de professeur d’histoire et géographie au lycée et, aussi, d’adjointe au maire, M. Gouzes, de 2001 à 2014, est d’abord la fille de Dominique Ragagnin, coureur cycliste d’origine italienne, installé en France et à Marmande à partir de 1930.

Depuis longtemps déjà, nous avions été confronté, parmi les centaines de résultats de courses consultés, à cette présence étonnante de patronymes italiens et, particulièrement au sud de la Gironde, dans le Lot-et-Garonne et le Gers.

Très tôt, Marmande eut un champion du monde de vitesse (Paul Bourillon, à Copenhague en 1896), puis un vélodrome (construit en 1935). Et, c’est dans un club qui sera bientôt centenaire, le Cyclo Club Marmandais (créé en 1923 à la suite du Véloce Club Marmandais) que D. Ragagnin obtint ses premiers succès sur le sol français, avant de tenir un magasin de cycles où se retrouvaient les coureurs de la région.

 

 

 

  1. L’immigration italienne en France :

 

 

 

Le phénomène migratoire, qui resurgit aujourd’hui dans d’autres circonstances, suppose un cadre avec ses espaces et ses limites. Entre autres, il s’appuie d’abord sur le concept de nationalité, une notion juridique qui date de 1791 et, donc, de « l’après-1789 », quand le « sujet du Roi » est remplacé par le « citoyen ». De cela résulte à la fin du XIX ème siècle l’avènement du sentiment national, lequel s’inscrit dans le tracé des frontières.

Certes, il existe des frontières naturelles : les mers, les océans et les montagnes. Pour ces dernières, en France par exemple les Alpes et les Pyrénées, cela n’empêche pas la mobilité des populations, quand il ne s’agit pas d’un « phénomène d’osmose de longue durée » (Pierre George), comme pour les Alpes maritimes et la Savoie, qui ont été longtemps sous souveraineté italienne.

Mais, c’est dans la seconde moitié du XIXème siècle que l’immigration italienne en France prend les caractéristiques d’un phénomène de masse. Il y a, d’abord, ce paradoxe selon lequel la première vague d’immigration (1860-1870) coïncide avec le processus d’unification de l’Italie (Garibaldi, 1861). A ce moment, l’Italie enregistre un accroissement de sa population et le pays est faiblement industrialisé. La France connait son premier essor économique et industriel qui exige de la main d’œuvre. Elle n’est, cependant, que la troisième destination des migrants italiens, car la moitié d’entre eux choisit de partir vers les Etats-Unis et l’Argentine. Mario Sandona (né en 1936 à Pau, cf. ici, histoire des coureurs) nous a raconté comment son père, venu s’installer ensuite à Arudy (64), avait d’abord émigré avant 1914 aux Etats-Unis.

En 1901, avec 330 000 personnes, les Italiens sont pourtant la première nationalité étrangère dans l’Hexagone et, à la veille de la « Grande Guerre », ils représentent 36% des étrangers, ce qui correspond à 1% de la population française.

En 1918, le bilan démographique de la France doit intégrer les chiffres suivants :1 325 000 morts au combat, auxquels s’ajoutent les 1 100 000 invalides (dont 130 000 mutilés). Ce qui cause un déficit des naissances de l’ordre de 250 000 à 300 000 par an et réduit considérablement la tranche d’âge arrivant à l’âge actif entre 1931 et 1936. Les conséquences sur l’économie nationale - outre le traumatisme démographique – conduisent à un appel massif à l’immigration d’une force de travail.   

Le 10/9/1919, un accord est trouvé avec l’Italie pour favoriser l’introduction des migrants italiens. En 1922, un propriétaire, Schaefer, installe un métayer italien dans sa propriété de Plaisance. Sa réussite le conduit à la présidence d’un bureau de main d’œuvre agricole à Auch. Le mouvement s’intensifie en 1924-1925 : il y a désormais un Commissariat à l’émigration à Rome et un Comité de placement de la main d’œuvre à Toulouse. En trois ans, de 1924 à la fin 1926, ce sont 450 000 migrants qui sont accueillis et installés. Mais, ils sont pauvres : « maître-valet » ou « métayer ». Pourtant, par leur travail acharné, ils parviennent à acheter des terres, lorsqu’elles ne sont pas trop chères. En 1927, 30 000 ha dans le Gers et le Lot-et-Garonne ont été achetés.

 

 

"En principe, après chaque coup de colère, les femmes se remettent à rafistoler, nettoyer, avec une ardeur nouvelle. La porte ferme mal, le vent froid passe par en haut, en bas ou sur les côtés ? On va bien trouver quelques bouts de chiffons, de papiers, pour calfeutrer. Parfois, ce sont les hommes qui ruent dans les brancards, mais selon ce même mouvement pendulaire, ils passent du désespoir à l'énergie. Il y aura quelque chose au bout, c'est sûr, on n'aura pas fait tout ce chemin pour rien".

 

                             Yolande Magni, "Une histoire de promesse, la vie rêvée des Italiens de France", Elytis, 2010.

 

 

 

B. Mussolini, au pouvoir en Italie à partir d’octobre 1922, tente une politique de fermeture des frontières en 1927, mais rien n’y fait, le flux migratoire ne cesse de croître : en 1931, ils sont 800 000, soit environ 7 % de la population française. Un fléchissement se manifeste avec l’augmentation des naturalisations et, en 1936, ils ne sont plus que 720 000. A ce moment, le régime fasciste encourage les retours au pays et la situation des migrants devient très inconfortable.

Les immigrés italiens ne sont pas seulement des agriculteurs comme dans le sud-ouest, mais des maçons, aussi, pour la reconstruction des « régions dévastées » comme dans le nord de la France ou, encore, une main d’œuvre pour la sidérurgie du nord et de l’est. Cependant, dans le sud-ouest, c’est le travail agricole délaissé par les populations locales qui nourrit le courant migratoire.

Au début des années « 50 », le temps des grands flux est passé : en 1954, ils ne sont plus que 507 000 et ils vont bientôt être dépassés par les Espagnols à partir des années « 60 ». Avant 1939-1945, les migrants sont originaires de l’Italie du Nord (Piémontais, Toscans, Lombards, Emiliens). Après la seconde guerre mondiale, les Vénitiens représentent 31 % des entrées. Les déplacements se décident au gré des filières familiales et villageoises. Les migrants sont souvent de la même région, du même quartier voire de la même rue. Dans le sud-ouest de la France, ce sont surtout les départements du Lot-et-Garonne et du Gers, mais aussi la Gironde, la Haute-Garonne et le Tarn qui accueillent le plus d’immigrés italiens. Ils y apportent leur savoir-faire dans l’acclimatation des variétés précoces de céréales : blé, maïs, légumes et, aussi, leur maîtrise technique de l’ensilage et de l’élevage.            

 

 

  1. Les « Campionissimi » :

 

 

Les grands champions italiens (les campionissimi) se sont affirmés par leurs victoires dans les grands Tours. La course par étapes (le Tour) s’invente au début du XXème siècle. En 1903 a lieu le premier Tour de France et le « Giro d’Italia » suit en 1909 avec un léger décalage. Ces « événements » sont créés – cela est aussi un début – par les « marchands de presse ». Le journal « l’Auto », imprimé sur papier jaune donnera un peu plus tard cette couleur au maillot du leader de la course. La « Gazetta dello sport », pour la même raison, fera du maillot rose celui du leader du Giro.

 

Comment les « campionissimi » vont-ils s’approprier ces grandes courses par étapes ?

 

Dans la première partie du XXème siècle, il y a clairement une opposition, déjà, entre les victoires de Girardengo (en 1919 et 1923) dans le Giro et celles de Bottechia dans le Tour (1924 et 1925). Le « maçon du Frioul » finit bien 5ème du Giro en 1923 (et, aussi, 2ème du Tour derrière son coéquipier Henri Pélissier), mais force est de constater qu’il construit sa notoriété sur le Tour de France seulement. Constante Girardengo s’essaye une fois au Tour de France (en 1914, il abandonne), puis il gagne en 1919 et 1923 le Giro d’Italia (2ème en 1925).

 

Pour Roland Cotty (Histoire du cyclisme professionnel, t.2, 1924-1946), Alfredo Binda serait l’un des premiers « campionissimi », certainement parce qu’il gagne cinq fois le Tour d’Italie (1925-27-28-29-1933), mais aussi parce qu’il est champion du monde à deux reprises (en 1930 et en 1932), bien qu’il ne participe qu’une fois au Tour de France (abandon en 1934). Surnommé la « locomotive humaine », Learco Guerra remporte le championnat du monde en 1931 et semble être le rival de Binda, sinon son successeur. Il termine deux fois deuxième du Tour de France (1930 et 1933) et remporte le Giro en 1934.

 

 

Cette scène où, pendant une période assez longue, s’affrontent deux « campionissimi » reste celle – malheureusement interrompue par la seconde guerre mondiale – de la rivalité ente Gino Bartali et Fausto Coppi. Cette rivalité se joue sur les deux grands Tours.

Le « duel » qui dure une petite dizaine d’années doit être repensé à la mesure de deux faits incontournables : Bartali (né en 1914) a cinq ans de plus que Coppi (né en 1919) et la guerre interrompt les compétitions cyclistes pendant cinq ans. Et, le parallélisme demeure : Bartali gagne son deuxième Tour de France en 1948 à 34 ans, alors que Coppi, en 1952, gagne pour la deuxième fois le Tour à 33 ans. Pendant cette période, le cyclisme ne se résume pas aux courses par étapes, néanmoins le cyclisme mondial (européen à l’époque) est concentré autour de ces deux figures de légende. Elles sont italiennes et cela donne au cyclisme italien une notoriété devant laquelle s’effacent quelque peu les cyclismes belge et français, entre autres… 

 

 

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 Cette photo appartient désormais à la galerie des grandes images du sport : au même titre que celle qui - un peu plus tard en 1964 - immortalisera le duel "Anquetil-Poulidor" dans le Puy de Dôme. Ici, dans le col de l'Aubisque lors du Tour de France 1949, les deux "campionissimi" échangent un bidon sans que l'on sache exactement lequel donne à boire à l'autre...

 

 

 

Cette apogée du cyclisme italien avec ces deux figures de légende, Bartali et Coppi, correspond au règne de la culture cycliste italienne. Deux grandes marques de cycles fascinent : Legnano et Bianchi, dont les maillots sont portés par les deux champions. Le journal « l’Auto », longtemps encadré par des hebdomadaires à images (« match l’intran » et le « Miroir des Sports ») reparaît en 1946 sous le titre « l’Equipe », alors qu’en Italie, la « Gazetta dello sport » posséde son « supplemento settimanale », « Lo Sport Illustrato ». Tullio Campagnolo, qui a inventé le blocage rapide en 1927, augmente son expertise sur les accessoires de la bicyclette (dérailleur, moyeux et roulement à bille). Fiorenzo Magni, le « troisième homme », en arborant au départ du Giro 1954 un maillot bleu sur lequel on peut lire « NIVEA » devient en quelque sorte « l’inventeur » de la publicité extra-sportive .

L’immigration italienne en France dans l’entre-deux-guerres est déjà porteuse de cette « culture ». Comme le souligne justement J.P. Favero (« Immigration et intégration par le sport, éd. l’Harmattan, 2008), « les coureurs italiens dans le Tour de France…(sont) le symbole d’une dignité retrouvée » et la « Gazetta dello sport » peut alors titrer : « l’Italie a ses braves ». Les « campionissimi » « encouragent les vocations compétitives des meilleurs » et les courses se multiplient. J.P. Favero, qui scrute « le cas des immigrés italiens du bassin de Briey » note que « les petits commerçants et les artisans… ont investi ce sport comme moyen publicitaire…(et) ils se disputent l’organisation de courses » et il ajoute que « les courses cyclistes permettent aux coureurs italiens d’affronter les autochtones avec les mêmes règles » et il en tire la conclusion selon laquelle « l’effort et le muscle » viennent « compenser le handicap de la langue et des origines ». La présence de François de Wendel, maître de forge à Joeuf et conseiller général, aux courses et au banquet qui suit (souvent trois cents personnes) souligne ce moment qui favorise « l’intégration de la classe ouvrière italienne à la société industrielle locale ».

 

La seconde moitié du XXème siècle voit s’estomper quelque peu le modèle italien, en raison surtout de l’apparition de nouveaux continents et de nouvelles nations dans le sport cycliste (Amérique du nord et du sud, URSS et pays de l’Est…). Gastone Nencini (1960), Felice Gimondi (1965) et Marco Pantani (1998) – aujourd’hui, tous les trois décédés – ont semblé, un temps, faire revivre l’enthousiasme des « tifosi ». Le 4 janvier 1960, ils étaient plus d’un millier à accompagner Fausto Coppi au cimetière de Castelliana.

Après le décès – encore mystérieux – de Marco Pantani (14/02/2004), quelques « étoiles » ont encore traversé le ciel du cyclisme italien et gagné le Giro : Salvodelli, Cunego, Basso, Di Luca, Scarponi, sans pour autant réussir dans le Tour de France. Cependant, le début du XXème siècle est marqué par la personnalité et les succès de Vicenzo Nibali, vainqueur du Giro en 2013 et 2016, du Tour de France en 2014 et de la Vuelta 2010.

  

          Les "Campionissimi" et les deux grands "Tours" au XX ème siècle

 

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4. Le Critérium des Italiens de France :

 

 

 

Au début du XXème siècle, les sports qui passionnent le plus les Italiens sont : la boxe, le cyclisme et le football. Mais, ainsi que nous avons essayé de le montrer dans le paragraphe sur les « campionissimi », ce sont les coureurs cyclistes – et particulièrement lors des deux grandes épreuves du Giro et du Tour de France – qui ravivent le symbole de « l’italianité ». Avant la première guerre mondiale, lors de ces grandes compétitions, les coureurs portent sur leurs épaules l’espoir de leurs compatriotes d’appartenir à une nation unie. Chez les migrants italiens, ce sentiment est probablement exacerbé par le déracinement. Certes, par leur bonne conduite et leur travail, ceux-ci ont acquis droit de cité, mais comme l’exprime J.P. Favero dans son travail sur les immigrés de Briey (2008), le sport cycliste peut être considéré comme « un espace méritocratique » (Ehrenberg), où les jeunes d’origine italienne « cherchent à travers le vélo à annuler les inégalités grâce à leur capital énergétique ». A Homécourt (Favero), deux Italiens connaissent déjà une ascension sociale grâce au vélo : le coureur Gabocardi Albert qui tient un débit de boissons et Chelino Siste, ancien mineur, qui est dès 1911 propriétaire de deux commerces de cycles, l’un à Homécourt, l’autre à Joeuf.
Or, l’arrivée au pouvoir de Benito Mussolini en 1922, après la marche des chemises noires sur Rome le 28 octobre, provoque la mainmise du fascisme sur le gouvernement. C’est alors qu’un coureur italien, Ottavio Bottechia, s’illustre dans le Tour de France : 2ème en 1923 derrière Henri Pélissier, il gagne la grande épreuve en 1924 et 1925. En 1927, il décède dans des circonstances étranges et, toujours, mal élucidées. Dans un article intitulé « Le regard d’Ottavio », le journaliste Albert Londres apporte du crédit à l’hypothèse du crime politique, Bottechia ayant manifesté son « anti-fascisme ».
Ces événements qui se déroulent au début de l’ère fasciste ne sont pas à séparer de l’organisation politique qui se met en place. Les succès de Bottechia dans le Tour de France ont montré combien le cyclisme pouvait être un outil de propagande pour l’Italie fasciste. Le journal « l’Auto », inventeur et organisateur du Tour de France (1903), « publie régulièrement des reportages sur la grandeur su sport fasciste » (Favero). En 1925, le gouvernement italien a créée l’O.N.D. (operazione nazionale dopolovaro) dans le but de s’occuper du temps libre des travailleurs, afin de faire « l’éducation morale et physique du peuple, à travers le sport, les excursions, le tourisme, l’éducation artistique, la culture populaire, l’assistance sociale, l’hygiène, la santé et le perfectionnement professionnel ». Cette organisation est suivie en 1926 de « l’Opera Nazionale Ballila qui s’adresse à la jeunesse pour, en complément de l’institution scolaire, lui apprendre les règles de la vie sociale ainsi que l’amour de la patrie et le maniement des armes.
Le 17 avril 1933, les deux quotidiens sportifs nationaux français et italiens, « l’Auto » et la « Gazetta dello Sport » s’associent à la « Nuova Italia » (organe du fascio à Paris) pour annoncer la création d’une compétition à finalité nationale appelée : « Critérium des Italiens de France ». Il est précisé que l’épreuve concerne « les coureurs italiens domiciliés en France et (qu’elle est) ouverte à tous les coureurs âgés de 16 ans au moins, possesseurs d’une licence de l’U.V. italienne ». Des éliminatoires sont prévues à Nancy, Bordeaux, Nice, Grenoble et Paris. La finale a lieu dans la capitale sur un parcours de 150 km avec une arrivée au Parc des Princes. Cette épreuve n’existera plus en 1939.

 

 

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"L'Auto, juin 1937" (source Gallica.fr) 

 

 

Le 21 juin 1937, le journal « l’Auto » annonce : « Regagnin, de Marmande enlève le Citérium des Italiens de France » et donne le classement des 14 premiers. Organisé par « l’Auto », pour le compte de la Fédération cycliste italienne, avec le concours du « Petit Dauphinois », « le parcours, très dur, sélectionna impitoyablement les hommes et Regagnin de Marmande, qui fit une course magnifique, mérita bien sa victoire ». L’article est signé Gaston Guérin et le journaliste a probablement été induit en erreur sur le patronyme par la liste des qualifiés publiée quelques jours auparavant, dans laquelle figure outre Ragagnin avec le dossard n°5, Pedandola (CS Italia Bordeaux) n°3, Pistrin (CC Marmande) n°4 et Londero (VC Libossien) n°6.

 

 

 

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L'Auto, le 21 juin 1937.   (source : Gallica.fr)

 

 

Avant ce succès, Domenico Ragagnin avait déjà participé à l’éliminatoire de Bordeaux en mai 1935. Cette c ourse avait vu la victoire de Bon Ventura (119 km en 3h 40’ 34’’) devant Meneghello. D. Ragagnin est alors classé 9 ex aequo avec les Da Ros, Di Guisti, Dall, Faul…
En 1936, il figure parmi les quatre qualifiés pour la finale qui réunit « 37 espoirs italiens » à Paris (départ de Saint Cloud, arrivée au Parc des Princes, 189 km), lesquels se nomment : Meneghello, Pedandola, Londero et Ragagnin.
A propos de cette compétition – outre la relative brièveté de son existence (6 ans) – il convient de noter dans son environnement immédiat les faits suivants :
- 1930, la création des équipes nationales dans le Tour de France,
- Un temps, semble-t-il, la possibilité de la sélection du vainqueur du Criterium dans l’équipe d’Italie pour le Tour,
- La présence d’une équipe d’Italiens de France au Giro.
Enfin, dans le contexte social et politique évoqué plus haut, la motivation des coureurs doit être évaluée au regard de quelques réalités :
- Au début des années 30, le chômage commence à frapper le monde ouvrier,
- Le cyclisme est un sport qui permet des gains financiers et l’obtention de produits alimentaires voire, dans quelques cas, l’octroi de primes ou l’engagement par un groupe sportif.
Par ailleurs, la communauté italienne soutient quelles que soient leurs opinions politiques ses co-nationaux. « On est italien avant d’être fasciste ou antifasciste ».

 


5. Domenico Ragagnin et sa famille, à Marmande :

 

 

 

Domenico Ragagnin est né en 1907 dans la région de Trévise. Il arrive en France en 1930.
Après un mariage par procuration, Domenico a pu rejoindre sa femme Emma Poletto venue en France avec sa famille et leur fils, Mario, né le 7 février 1927 à Virazeil . En Italie, D. Ragagnin est déjà coureur cycliste. Selon Mme Monique Normand, sa fille, il aurait été professionnel là-bas et, à peine quelques jours après sa venue en France, il aurait appris qu’il venait d’être sélectionné pour le Giro.
Sa victoire dans la Critérium des Italiens de France en 1937 reste son fait d’armes principal. Mais, bien que sa fille nous explique pertinemment que « à cette époque, on ne se déplaçait pas très loin pour aller courir », nous avons pu repérer quelques traces de son activité au cœur des années 30.

 

 

 

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 Portrait de Domenico RAGAGNIN (1907-1984) réalisé par le peintre itinérant italien Giovanni MASUTTI

 

 


En 1934, il se classe 4ème du Circuit de l’Alimentation à Villeneuve/Lot (1. Pionnés 2. Vigier 3. Dain).
En 1935, il est donc 9ème ex-aequo de l’éliminatoire du Critérium à Bordeaux (et l’année suivante il est qualifié pour la finale à Paris). Il est aussi le premier coureur du CC Marmande à gagner sur la piste en bois du vélodrome qui vient d’être construit à La Gravette sous l’impulsion de Paul Bourillon.
En 1936, il participe à l’ « Etoile de la Suze » et il se classe 2ème de l’étape entre Agen et Bordeaux (148 km) derrière le vainqueur Pistrin (3h 56’ 20’’) et devant Bon Ventura. Il est aussi 53ème du Circuit du Midi remporté par Nello Troggi devant A. Prior.
En 1937, dans le Tour du Sud-Ouest que remporte R. Louviot devant Bettini, il se classe 6ème à Dax d’une étape remportée par Troch et termine l’épreuve 42ème au général parmi les coureurs suivants : Demetrio, Reboul, Ducazeaux, Hargues, Pétriacq, Gaboriaud… Il figure dans l’équipe « Elvish-Fontan » en compagnie de Cardona et porte le dossard n°18.
Cette même année, il se classe 4ème du Circuit des 2 Gaves remporté par Cardona. Et, à Villeneuve/Lot, pour le circuit Pascual, il doit se contenter de la 2ème place derrière Domendou, mais il est devant Choid, Pistrin, Bon, Londero… Au Circuit d’Angoulême, il se classe 7ème de la 4ème étape remportée par Horner (220 km en 6h 37’) 2. Demetrio 3. Sciardis… puis, 8ème de la 7ème étape et il termine 13ème au classement général (1. Léon Le Calvez).
En 1938, il figure parmi les 80 engagés du Tour du Sud-Ouest au sein de l’équipe « Elvish-Fontan » avec Hargues, Autaa, Pistrin, Bon Ventura et Pedandola. Au Circuit des 2 Gaves, il est 9ème de l’étape qui arrive aux Eaux-Bonnes et figure à la même place au classement final (1. J. Berrendero).
En 1939, dans le Tour du Sud-Ouest, il prend encore la 42ème place au classement général qui désigne Gabriel Dubois comme vainqueur devant P. Van Nek. On relève A. Bramard 6ème et A. Magne 7ème.
Mais, il est déjà le commerçant avisé qui tient un magasin de cycles très fréquenté au 14, rue du Temple et, bientôt sur les boulevards. Selon Monique Normand, il y régnait « une effervescence permanente ». Reste de cette époque un impressionnant cliché où D. Ragagnin pose avec une quinzaine de coureurs, tous vêtus du maillot « Elvish » à l’exception de leur capitaine de route, D. Ragagnin qui porte le maillot frappé de « Fontan ». Le groupe pose devant le magasin et on peut lire en légende de la photo neuf patronymes italiens parmi lesquels ceux de Poletto (le beau-frère), De Nadaï I et II et Antonio Fedrigo, le père de Michel et le grand-père de Pierrick !

 

 

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Devant le magasin-atelier RAGAGNIN, les coureurs arborent le maillot "ELVISH" et le patron le maillot "FONTAN" (cf. ici, l'historique des cycles "Elvish" dans Victor Fontan, "les Grands Anciens"): combien de patronymes à consonance italienne ?

 

 

Dans un article au titre choisi : « Mon père, ce champion », Mme Normand se confie à Raphaëlle Gourin, journaliste à « Sud-Ouest ». Celle-ci écrit avec justesse : « En Marmandais comme ailleurs en France, les immigrés transalpins étaient particulièrement nombreux à s’illustrer dans ce sport ».
J.P. Poussou (Recteur d’Académie) relève en 1930 à Montignac de Lauzun 32,5 % d’Italiens originaires du Frioul et de la Vénétie et nous confie les patronymes suivants : Fedrigo – Bottechia – De Nadaï – De Vicenzi – Premaor – Rossi – Spagnoli – De Luca – Zanetto – Grassi – Marcon – Piccolo – Poletto – Campana – Ragagnin. Au bas de la page de l’une de ses nombreuses publications (en l’occurrence « les aspects démographiques de l’immigration italienne en Lot-et-Garonne durant l’Entre-deux Guerres »), l’universitaire écrit : « plusieurs de ces enfants d’immigrés connurent un destin personnel brillant, notamment sur le plan sportif ».

 

 

 

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 L'accolade du père à son fils : de Domenico à Mario.

  

 


Au commencement des années 50, le nom de Ragagnin est désormais porté dans le peloton par Mario, le fils. Après le traditionnel apprentissage propre au cyclisme qui voit souvent père et fils prendre ensemble le départ des courses, Mario cueille de nombreux succès dans la région (St. Grat à Oloron, Casteljaloux, Clairac, Castets-en-Dorthe…), gagne en compagnie de Manfé les 4 heures de Nérac et fait deuxième de Bordeaux-Arcachon dans lequel Francis Brizon (1er) établit un nouveau record (il sera encore 2ème en 1949 derrière A. Micas), puis il est deuxième de Robert Desbats à St. Jean de Luz .
Aspirant en 1949, il inscrit Bordeaux-Mussidan et retour puis Bordeaux-Marmande à son palmarès. Ce qui le mène au professionnalisme en 1950, année où il gagne à Périgueux et s’incline devant Tino Sabbadini à Bergerac. Cette année-là, il termine 25ème du « Midi Libre ».
En 1951, toujours professionnel chez « Elvish », il gagne à Périgueux et deux fois à Marmande. Il participe aussi au Circuit des 6 Provinces aux côtés d’Albert Dolhats. Redescendu dans la catégorie des « indépendants », il court de moins en moins depuis qu’il a la charge d’une blanchisserie à Saint-Céré, où il vit encore.
Née en 1943, Monique Ragagnin-Normand n’a pas gardé de « souvenir de son père en train de courir », mais elle se souvient par contre d’avoir été « au bord des routes presque tous les week-ends » (…) « d’autant plus que Mario, (son) frère aîné courait aussi ». Cependant, elle garde en souvenir le « rituel de juillet » et le déplacement à Pau au moment du Tour de France, quand « on mangeait à la table de l’équipe d’Italie ». Mme Normand nous montre alors cette photo prise le jour où Gino Bartali est venu manger chez ses parents à Marmande.

 

 

 

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 En 1950, Gino Bartali et son équipier Corrieri (tous deux en short à droite) sont les hôtes de la famille Ragagnin à Marmande : au centre Mario et Domenico, puis Monique devant sa maman. 

 


Domenico Ragagnin est décédé en 1984. Quelques années plus tôt, il avait reçu la médaille de la Fédération Française de Cyclisme et Monique ajoute : « habité par sa passion jusqu’au bout ».

 

 

 

 

6. Gino BARTALI (1914-2000),
de « Gino le Pieux » (Gino il Pio) à « Gino le Juste » (Gino il GIusto)

 

 


Gino Bartali est né en 1914 à Ponte-Ema (en Toscane, près de Florence) dans une famille modeste, chrétienne, dont le père Torello Bartali était « sterratore », ce qui signifie qu’il remuait la terre à la force de ses bras. Ce père était socialiste, ce qui – dans la définition la plus simple – signifie « être pour la justice sociale ».
Longtemps, nos lectures et nos conversations nous ont entretenu dans la vision galvaudée de « Gino le Pieux ». La publication en septembre 2019 de « Un vélo contre la barbarie nazie », le livre écrit par Albert Toscano, a définitivement mis en lumière ce que le drap tiré avait commencé à découvrir. Au moins deux événements officiels l’avaient laissé entrevoir :
. 2005 : le Président de la République italienne attribue à Gino Bartali (à titre posthume) la médaille d’or du mérite civique ;
. 2013 : le mémorial de Yad Vashem de Jerusalem a inscrit le nom de Gino Bartali « juste parmi les nations ».

Mais, les deux Gino ne sont – bien sûr – qu’un seul. Très tôt, Gino Bartali a adhéré à l’Azione Catholica (Prière, Action, Sacrifice). Séduit par la spiritualité carmélitaine, il entre dans le tiers ordre carmélitain et vénère Sainte Thérèse de Lisieux (canonisée en 1925 par Pie XI). Bartali est animé par une foi authentique et, catholique pratiquant, il assiste souvent à la messe, le matin avant le départ.
Quand monte le fascisme en Italie, cette foi qui l’anime lui fait choisir le signe de croix contre le bras et la main tendus. La religiosité du champion italien a été, sans doute, renforcée par le décès de son frère Giulio, jeune coureur cycliste en 1936. Ce sentiment et son éducation laborieuse et rurale à travers la férule paternelle permettent de saisir ce propos tenu par Bartali sur l’équipe italienne au Tour de France 1937 : « j’étais le seul à ne pas avoir la carte du parti fasciste ». Et, Albert Toscano rappelle avec justesse que l’idole de Gino jeune était Ottavio Bottechia, dont on sait qu’il était clairement anti-fasciste.
Par ailleurs, le succès de Bartali dans le Tour de France 1938 est « une importante source de joie pour les migrants italiens, dont ceux qui, malgré leur passeport français, ont gardé la nostalgie de la terre d’origine ».
A l’automne 1943, la traque « nazi-fasciste » (Toscano) des Juifs italiens commence. Mais, une collaboration entre l’Eglise et la Résistance s’organise pour faire échouer la persécution antisémite et éviter les déportations. Une « machine anti-déportation » dite « réseau des deux religions » (l’église catholique et la communauté juive) se met en place. Parmi les personnalités que compte cette organisation se trouve le cardinal archevêque de Florence, Elia Dalla Costa, lequel a célébré le mariage de Gino et Adriana, puis la naissance de leur enfant.
C’est le cardinal Dalla Costa qui propose à Gino Bartali de devenir un « facteur de la liberté ». En entrant dans le réseau d’aide aux persécutés, Gino Bartali va utiliser sa popularité et la nécessité pour son entrainement de circuler à vélo sur de longues distances, afin de transporter clandestinement des faux papiers et de l’argent dans le cadre de sa bicyclette. Ses « entrainements » passent par les couvents où sont cachés les persécutés. En particulier à Assise (« un microcosme de bon sens au milieu d’un monde de brutes », Toscano), qui semble être souvent le terminus de ses parcours.
Menacé, arrêté puis interrogé, Bartali risque gros, mais il tient bon. Il ne dit rien, pas plus qu’il n’en parlera dans l’autre partie de sa vie. Il aurait énoncé cette sentence : « On fait le bien, mais on ne le dit pas ! ».
En 1948, « pour la seconde fois en l’espace de cinq ans, il endosse une responsabilité qui le dépasse » (Toscano). Il réussit à gagner le Tour de France, comme le lui a demandé le chef du gouvernement italien, De Gasperi, afin d’apaiser les tensions sociales nées de l’attentat subi par le leader du parti communiste, Togliatti.

 

 

 

Gino B. 1948.jpg

 

Gino BARTALI sur le Tour 1948, dans le col de la Croix-de-Fer.

 

 

« Oh, quanta strada nei miei sandali
Quanta ne ana fatta Bartali !
Quel naso triste come una salita
Quegli occhi allegri da italiana ingita ! »

 

(Combien de route j'ai fait jusqu'ici

combien de route a fait Bartali !

Son nez est triste comme une longue montée

cet Italien a un regard tellement gai !)

 

Chanson de Paolo Conte

 


7. Esquisse d’un lexique des coureurs d’origine italienne dans le grand sud-ouest

 

 

Le projet ambitieux de réunir tous ceux qui ont pratiqué le sport cycliste dans notre région alors qu'ils étaient issus de familles d'origine italienne s'est d'abord heurté à l'absence  d'archives officielles dans les différents comités ( pas de fichiers des licences au comité du Lot-et-Garonne, par exemple). Les patronymes d'immigrés italiens ne conduisent pas forcément à l'identification de coureurs cyclistes. Certaines familles assez nombreuses peuvent aussi porter le même nom. En conséquence, nous nous sommes cantonnés à l'analyse de quelques sources ayant le mérite d'être imprimées "noir sur blanc" : les palmarès publiés par le journal "l'Athlète", les deux tomes de "Patrimoine du cyclisme du grand sud-ouest" rédigés par G. Descoubès ainsi que les entretiens menés avec d'anciens coureurs pour le site "memovelo".

 

 

Les noms qui ont été retenus l’ont été d’après l’inventaire des « palmarès de la saison » publiés dans le journal « l’Athlète » pour les années : 1947-48, 1956-57-58, 1960-61-63-64-65. Il s’agit donc de coureurs classés aux trois premières places des courses les plus importantes organisées dans la région. Nous ne cherchons pas à épiloguer sur la notoriété respective de chaque compétition, pas plus que sur les limites de la dite région.
Cette dernière notion est, elle aussi, changeante comme le montre le cas de la Guyenne, devenue Aquitaine puis Nouvelle Aquitaine…

 

 Lexique.png

 

N.B. Soit, au total, 71 coureurs. Cette liste peut s’ajouter aux autres, mais nous n’avons pas voulu les mélanger, car toutes ces listes n’opèrent pas leur sélection à partir des mêmes critères.

 

 

. Guerino De Nadaï :

 

 

Si je montre cette liste à mon ami Gino Grechi, qui fut autrefois licencié à La Réole, il me dit aussitôt : "Mais il n'y a pas mon cousin Nino Albrigo et pourtant il en a gagné des courses". Effectivement, il manque beaucoup de monde. Alors, nous nous sommes tourné vers un autre témoin. Celui-ci porte un nom connu : De Nadaï. Dans les années 50, Mario De Nadaï est considéré dans le "Livre d'or du Cyclo Club Marmandais" comme le chef de file de ce club.

Le lundi 4 novembre 2019, en compagnie d'Adriano Dal Sié, nous sommes allés rendre visite à Guerino De Nadaï à Poudès près de Marmande, où il réside dans la ferme familiale qu'il a rénovée, au milieu des champs pour le maïs en bordure de Garonne. Le père - qui n'a qu'une lointaine parenté avec Mario De Nadaï - est arrivé en 1949. Il est originaire de Cordigiano. Avec un contrat de cinq ans, il est successivement domestique puis métayer à La Gapelle route de Miramont. En 1950, arrivent femme et enfants. A l'été 55, la famille s'installe à Poudès.

En 1959, sur un vélo acheté 150 francs à Jeannot Minin, Guerino commence à courir pour le Vélo Sport Marmandais, club où il retrouve Christian Buiatti, champion de France des débutants en 1957 et Florio Gava, champion de Guyenne des juniors. Au championnat de Guyenne des cadets, il se classe derrière Fantino et devant Gilles Debiard. Le père de ce dernier fait valoir que Guerino n'est pas français, ce qui prive ce dernier d'aller au championnat de France. Pourtant, Guerino gagne le Grand Prix de France des cadets à Cahors...

Après deux ans passés au VS Marmande , il entre au Cyclo Club Marmandais où il retrouve les Ch. Ducamp, Garrigues et A. Gandin. A 16 ans, il se classe 2ème de la première course de classement. Il lui faut attendre ensuite d'avoir 18 ans pour monter en 1ère catégorie.

Sa carrière cycliste va de 1959 au début des années 70. En 1964, il est licencié à l'AS Saint-Médard en Jalles sous la direction de Robert Desbats en compagnie de Bozzi. C'est l'année des J.O. de Tokyo pour lesquels il figure dans la présélection en compagnie de J. Suite, C. Cuch, Poletto... mais il est encore sous licence italienne.

Plus tard, il suiti son épouse nommée à Paris et, naturalisé français, il effectue son service militaire. D'abord licencié à la Pédale Charentonaise, il est ensuite à l'ACBB où se trouve déjà Joseph Paré et où il a suivi son copain Serge Poletto. Guerino a trouvé un emploi chez "Astra-Calvé", mais il divorce et revient à Marmande. Il y tient une boîte de nuit "Le Teston", que bientôt,  le maire lui demande de fermer. Il est alors embauché à la ville et devient le responsable du parc automobile.

Interrogé sur ses "copains d'autrefois", il répond sans surprise - à l'exception de Jean-Louis Tauzin - "Serge Poletto, Florio Gava, J. Minin, les Cuch, les Cabianca, De Pizzol, Cristofoli, Gaffajoli, Zanetti...

De son premier mariage, il a eu une désormais  "grande fille", puis un fils avec Martine, sa compagne actuelle, lequel vit auprès d'eux à Poudès dans les maïs et qui a les honneurs du journal municipal car, après des études à Montpellier, il est devenu un spécialiste en synthèse "3D", dessin graphique, VFX et effets spéciaux.

Ainsi résumée, cette trajectoire d'un fils d'immigrés italiens traduit les aléas d'une carrière sportive qui aurait pu être plus aboutie, mais aussi les efforts déployés pour une intégration dans la société civile de son époque.

 

 

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Années 70 : Au-delà d'une carrière qui promettait et par delà les aléas de la vie, Guerino a ouvert une "boîte de nuit" à Marmande. L'ancien coureur est devenu "maître de ballet". Il dirige, ici, une belle pléiade de joyeux lurons : de gauche à droite, Despert, B. Labourdette, M. Jouhault,G. De Nadaï, P.R. Villemiane, A. Bernard... 

 

 

 

a) Liste de coureurs d’origine italienne d’après le « Patrimoine du cyclisme du grand sud-ouest», t.1 (période 1945 à 1970) de Gérard Descoubès :

 

 Descoubes.png

 

 Remarques :

 lire :Nom-Prénom ; ° = date et lieu de naissance ; nat.=date de naturalisation et ✝️ : date et lieu du décès. 

Les patronymes et les prénoms contribuent à orienter le relevé, lequel est confirmé par les lieux de naissance et la naturalisation s’il y a lieu. Dans certains cas d’autres informations nous viennent en aide, pour exemples : Mario Prosdocimi est le fils d’immigrés italiens qui arrivent de Venise à Toulouse en 1924. Adriano Dal Sié est né en 1942 en Italie, mais son père est d’abord venu travailler en France dans la région de Moulis (33), ensuite la famille est venue le rejoindre en 1949. Christian Buiatti est né en France en 1940, mais sa mère décède en 1950 et son père repart ensuite vivre en Italie. Il s’élève seul, ici. Les frères jumeaux Christian et François Cuch sont les fils d’Antonio Cuch, mais ils sont nés à Barie (33). Raymond Mastrotto est le fils d’immigrés italiens en provenance de Vicenze… Par contre, pour ce qui concerne les frères Bianco – tous les deux nés à Nice, mais installés en Lot-et-Garonne – il s’agit plutôt de ce que l‘on nomme l’immigration transfrontalière, peut-être comme pour Iacoponi et Napolitanio, que G. Descoubès a choisi d’intégrer dans son ouvrage. N’oublions pas que Maurice Garin, dit « le petit ramoneur », qui est le vainqueur du premier Tour de France en 1903, est né en 1871 à Arvier, commune italienne francophone de la vallée d’Aoste et naturalisé en 1901. 

  

 Napo et Iaco Italiens de France.jpg

 

 Matha 1959 : Organ Iacoponi vient de remporter le Grand Prix et son copain Roger Napolitano est heureux du tour qu'ils viennent de jouer aux Charentais et aux Bordelais, deux "Marseillais" dont les noms fleurent bon "l'italianité"...

 

 

 

 

b)  Liste complémentaire issue de l’étude du tome 2 de « Patrimoine cycliste du grand sud-ouest » (période 1945 à 1970) de Gérard Descoubès :

 

Dans son deuxième ouvrage, G. Descoubès réunit des coureurs qui sont presque tous nés après 1930 et, donc, qui commence à courir après la Libération. La plupart des patronymes italiens sont portés par des gens nés en France.

 

 

 

Descoubes2.png

 

 

c) Sur notre mini-site « memovelo.com », nous comptons douze coureurs dont l’origine italienne est avérée :


Bazzo Pierre,
Cigano Joseph
Campagnaro Pierre
Capitanio Flavio
Cortinovis Michel
Dal Sié Adriano
De Santi René
Fedrigo Michel
Magni Claude
Nardi Pierre
Verardo Maurice

 

La quasi-totalité de ces coureurs est déjà présente sur les listes précédemment étudiées. Ils sont, ici, 12 sur 54 (22 %) dont les origines italiennes sont établies.

 


8. le cas Pierre POLO :

 

 


En mai 2010, le forum du site de la « mémoire du cyclisme », appelé « Espace Jean-Marc Maurin », résonne du cas Pierre Polo. Au sujet de ce coureur, Michel Montagne s’interroge, ce qui suscite les réactions de Pedro Coyne, P. Passot, Thierry, marcily, Guido, Jean-Laurent Cacheux, Jean de Smet…
Le coureur est né en Italie le 04/04/1928 à Gais de Avino. Entre 1953 et 1962, il obtient de très bons résultats (en particulier dans le Criterium du « Dauphiné Libéré » : 8ème en 1954, une étape en 1955 et en 1958, année où il finit 4ème). Il fait partie de la fameuse équipe du Centre-Midi, qui joue un grand rôle d’animatrice dans le Tour de France 1958, que P. Polo termine à la 39ème place.
Ceux qui évoquent son cas s’interrogent : a-t-il pu faire le Tour avec une licence d’indépendant en tant qu’étranger ?
En Italie, il semble qu’ait existé une catégorie dite « Pros-Indés », correspondant à peu de chose près à celle d’«Aspirant » en France, catégorie qui aurait été abolie en 1959… Ce qui lui permet alors de disputer toutes les épreuves internationales en Italie. Ainsi, il se classe 16ème du Tour de Lombardie en 1956, 20ème en 1957 et 21ème en 1959.
L’homme habitait à Miramas, ce qui justifie sa sélection dans l’équipe du « Centre-Midi » et, après le vélo, il serait reparti à Trieste, où il aurait tenu un magasin d’armes. Sur le forum, l’un des intervenants risque qu’il est, peut-être, l’un des rares cyclistes italiens à ne pas avoir été naturalisé français.

A travers ce cas particulier, se posent quelques questions auxquelles les réponses s’avèrent parfois délicates à apporter :

- Le statut du coureur d’origine italienne en France varie-t-il selon les époques ?
- Les catégories de coureurs en France et en Italie se correspondent-elles ?
- La naturalisation est-elle toujours « facile » ?
- Au plan individuel – et selon les époques – le choix entre « intégration » ou « retour au pays » ne s’est-il pas posé ?

 

 

 

Centre-Midi TdF 1958 (Ritals).jpg

 

Tour de France 1958 : l'équipe du Centre-Midi avec : au sommet, Raphaël Geminiani (maillot jaune pour la première fois), puis, un cran au-dessous et à droite : Adolphe Deledda (directeur sportif), plus à droite, au premier plan, Henry Anglade. Tout en bas et accroupis : Jean Dotto et Mario Bertolo. Au-dessus et en arrière (de G. à D.) Roger Chaussabel, Manuel Busto, Jean Graczyck (maillot vert), Pierre Polo, Antonin Rolland, Claude Colette en partie caché par Marcel Rohrbach.

Cette photo est choisie par Miroir-Sprint pour la "une" de son numéro spécial en juillet 1958 et,  aussi, par Alain Legrand pour la couverture de son livre "Le Tour des régionaux", A. Sutton éditeur, 2010.

 

  

 

L’équipe du Centre-Midi lors du Tour de France 1958 :

 

Le Tour de France en 1958 se dispute encore par équipes nationales et régionales. Cependant, le départ est précédé par quelques polémiques. Cela annonce-t-il déjà le Tour par équipes de marque ? Felix Lévitan déclare de façon péremptoire : « Nous avons estimé qu’il n'y avait pas plus de 48 coureurs français dignes de participer au Tour de manière réellement active ». On croit entendre encore le ton de sa voix…
En attendant, les équipes sont encore de douze coureurs et Marcel Bidot, le sélectionneur-directeur sportif de l’équipe de France n’a pas voulu (ou pu) réunir Geminiani entre Anquetil et Louison Bobet.
Si le Tour de 1958 est bien celui de Charly Gaul, c’est aussi celui de l’équipe du Centre-Midi avec un Geminiani, maillot jaune pour la première fois de sa carrière et qui termine sur le podium à la troisième place. Et, aussi, avec un Graczyck qui remporte le maillot vert et neuf autres coureurs unis et dynamiques. C’est l’équipe qui anime la course.
Or, cinq hommes au sein de cette équipe sont d’origine italienne. A commencer par le directeur sportif, Adolphe Deledda, lequel est né à Villa Miuzzo en 1919, puis a été naturalisé en 1948 et, en 1952, il est devenu champion de France. Il a aussi terminé 5 Tours de France. Le capitaine de route est donc Raphaël Geminiani, certes né à Clermont-Ferrand en 1925, mais fils de Giovanni, ancien coureur cycliste arrivé en France deux ans auparavant, après que sa fabrique de bicyclettes à Lugo ait été brûlée par les fascistes. Vainqueur du Premier Pas Dunlop en 1943, il est, dix ans plus tard, champion de France sur route. Jean Dotto, qui est encore 6ème au classement général deux étapes avant l’arrivée, doit malheureusement abandonner (en haut du Mont Ventoux il est 3ème derrière Gaul et Bahamontès…). Dotto est certes né à Saint-Nazaire en 1928, mais il est naturalisé en 1937. Le « vigneron de Cabasse » a gagné le Dauphiné en 1952 (il le gagne aussi en 1960) et la Vuelta en 1955. Mario Bertolo, lui, est né à San Vito al Tagliamento en 1929 et il a déjà couru deux Tours de France. Restent Pierre Polo (voir plus haut) et Manuel Busto, certes né en 1932 dans l’Aveyron, mais dont nous n’avons pu retrouver la trace exacte des origines.
Il n’est nullement question d’ignorer ici la contribution apportée par les Anglade, Chaussabel, Colette, Gay, Graczyck, Rohrbach et Rolland. Mais, la popularité acquise par cette équipe régionale à l’issue de la « Grande Boucle » atteste de l’apport des cyclistes d’origine italienne au plus haut niveau du cyclisme français. Ajoutons à cela quelques patronymes comme ceux de Brambilla (1919-1987), Forlini (1924-2004), Lauredi (1924-2001), Marinelli (né en 1925, 3ème du Tour 1949), Redolfi (1923-1997), Vietto (1914-1988), Vitteta (né en 1925…

D’aucuns pourront – à bon droit – contester cette « extrapolation » (Busto… Vietto…Marinelli…). Cependant, en dehors de tout débat susceptible de ranimer quelqu’ostracisme, nous insistons sur la notion d’ « origines italiennes » dans le but de montrer l’impact de l’apport de la « culture » cycliste italienne et de son assimilation par le cyclisme français.

 

 

9. Quatre « grandes » familles : Campaner, Cigan(o)a, Fedrigo, Verardo

 

 

 

Dans notre proche région, quatre familles d’origine italienne ont marqué – et marquent encore – le cyclisme national et régional. Il s’agit des familles Campaner, Cigan(o)a, Fedrigo et Verardo. Parfois sur trois ou quatre générations et, comme beaucoup de ces familles venues d’Italie entre 1914 et 1939, elles constituent de vastes réseaux.
Ainsi les Campaner, dont le plus éminent représentant reste sans doute Francis (champion de France junior sur route devant C. Guimard, vainqueur d’étape au Tour de France, du Tour du Limousin et de nombreuses grandes courses régionales). Libourne pourrait être le point de fixation, d’autant plus que la ville a abrité un commerce de cycles à l’enseigne « Campaner », très fréquenté. Selon G. Descoubès, le premier serait Antonio, oncle de Francis arrivé dans la région en 1925 et qui aurait à son palmarès environ deux cents victoires. Un des frères d’Antonio, Umberto est donc le père de Francis et il ne court que quelques années sous les couleurs de Castillon. Mais, ils sont 18 frères et soeurs ! Parmi lesquels, Vittorio, un autre oncle de Francis, dont les fils Jean d’abord puis Celse écument les courses dans cet espace entre Libourne et Castillon-la-Bataille.
Au sud de Libourne, toujours en Gironde dans l’entre-deux-mers, est arrivée venant de Gaïarine (Trévise) la famille Cigana. Joseph – le petit dernier des neuf enfants – est né en 1932 à Gaïarine et il débute les compétitions cyclistes avec son copain P.Nardi au CA Bègles en 1948. Un employé aux écritures dans l’une ou l’autre des mairies aurait transformé le « a » du nom d’origine (Cigana) en « o », de sorte que les amateurs du cyclisme régional connaissent surtout Joseph Cigano qui participe au Tour de France en 1954. Le couple Cigan(o)a, installé du côté de Mourens, a eu deux enfants : Gérard qui sera un bon coureur de 1ère catégorie et Françoise, devenue Mme Boudat, dont le fils aîné, Thomas, devenu coureur cycliste professionnel a couru le Tour de France et, sur la piste, a été champion du monde de l’omnium à Cali en 2014. Alain Cigana, né en 1950 à La Réole, passe « pro » en 1974 chez « Jobo-Lejeune » et participe au Tour cette année-là (98ème), il est le neveu de Joseph Cigano.
Du côté de Miramont-de-Guyenne, à Romagne (47), réside la famille Fedrigo. Le grand-père, Antonio, est arrivé de Vénétie en 1928 et a couru dans l’équipe « Elvish-Fontan » le Tour du Sud-Ouest 1935. Ses deux garçons, Claude et Michel se sont vite illustrés : au début des années 60, Claude Fedrigo se révèle en gagnant coup sur coup les éliminatoires départementale et régionale du Premier Pas Dunlop. Puis, Michel est dans les années 70 (peut-être) le meilleur coureur du sud-ouest (Bordeaux-Saintes 1978, 4 fois « La Tomate », 5 fois l’Essor Bsaque, Tour de Gironde, Ronde de l’Armagnac…). Son fils, Pierrick, passé « pro » en 1998 dans l’équipe « Crédit Agricole » est champion de France sur route en 2005, gagne 4 étapes dans le Tour de France, le Critérium International en 2010, les 4 jours de Dunkerque en 2005, 2 Tours du Limousin, Paris-Camembert, Cholet-Pays de Loire… pour ne citer que les principales de ses victoires.
Non loin de là, au sud de la Gironde du côté de Langon, il y a la famille Verardo. L’ancêtre Giuseppe est arrivé, lui-aussi, de Gaïarine pendant l’entre-deux-guerres et le père, Maurice (aujourd’hui, grand-père), son fils, est né en 1936. Avec son épouse, Pierrette, ils ont eu, à partir de 1955, cinq enfants : Gina, Gino, Mario, Marino et Guido. Tous, fille y compris, ils ont couru à vélo. Malheureusement, deux de ces enfants (Gino et Marino) sont aujourd’hui décédés. Pourtant, pour les élever, Maurice arrête de courir à 23 ans. Mais, un peu plus de dix ans plus tard, il remet ça avec ses deux « presque jumeaux », Mario et Marino (ils ont un an d’écart). Très vite, en 1974, Mario est champion d’Aquitaine chez les cadets. A un peu plus de 19 ans, il gagne Epernay-Sedan, puis Paris-Conneré. En 1983, il gagne Paris-Barentin. Au même moment, Marino gagne Bordeaux-Saintes, puis l’Essor Basque en 1984, 2 fois Lagorce-Laguirande, Tarbes-Sauveterre en 1989. Devenu directeur sportif de l’équipe du CC Marmande, il décède brutalement en 2011 à 49ans.
En 2011, les parents Verardo ont la douleur de perdre un autre garçon, Gino. Guido, le dernier, fait de bons débuts et sur la piste et en cyclo-cross mais, après le service militaire, nanti d’un bon métier, il entre à la D.D.E. Avec sa femme Rosy, ils ont élevé deux garçons, Yoan et Rémi, lesquels reprennent à leur compte la séquence des « frères à vélo ». En 2011 à Saint-Denis de l’Hôtel, Yoan devient champion de France de la course aux points et, au Portugal, champion du monde du scratch. Sur la route, il échoue ensuite deux fois dans Bordeaux-Saintes (3ème en 2015 et 2ème en 2016) et cela semble freiner sa progression. Son frère, Rémi, après de bons débuts sur les pistes de Damazan et Bordeaux-Le Lac, gagne sur la route le Tour de la communauté de communes à Saint- Symphorien. Il est ensuite stoppé par une mononucléose.

Quatre familles, ici qualifiées de « grandes » car il y en a bien d’autres et, surtout, aux origines italiennes et dans un espace de la taille d’un département. Délaissons (peut-être) les jeux de hasard et passons aux jeux de société, car il est, ici, difficile de ne pas penser au jeu dit des « 7 familles »…

 

 

 

10. Conclusion :

 

 


Convaincu que, pour les recherches et les études historiques sur le sport, le cyclisme est particulièrement riche, nous avons voulu montrer ici combien le phénomène de l’immigration italienne (phénomène étranger au sport et objet d’autres études à caractère scientifique) avait marqué l’univers des courses et des coureurs. Cantonnée dans les faits à la région du sud-ouest de la France, notre étude n’a pas pu atteindre tous ses objectifs quant à l’inventaire projeté.
Que sont devenues les archives où auraient pu être identifiés par leurs licences les coureurs ?
Une journée de recherche aux archives départementales du Lot-et-Garonne à Agen nous a confirmé que le « Petit Bleu » (du 47) ne s’intéressait en 1936 et 1937 pratiquement qu’à la ville d’Agen et assez peu aux manifestations sportives.
Certes, la « Bnf » et son site « Gallica.fr » nous ont permis d’identifier le « Critérium des Italiens de France » et son vainqueur en 1937. Il s’agit bien de Ragagnin et non pas de « Regagnin ». Voilà encore un exemple de l’incertitude parmi laquelle nous avons dû avancer et que les réseaux de cousins « germains » ou les homonymies de patronymes n’ont fait qu’augmenter.

Il se peut cependant, que nous ayons permis de faire émerger quelques-unes des dimensions d’un phénomène que le monde du vélo a vécu, mais qu’il ne mesure peut-être pas encore tout à fait dans la période actuelle où les mots « migrants, immigration, émigrés… » suscitent trop facilement les paroles et les réflexions les plus lapidaires.

 

 

. Bibliographie:

 

 


Joël Combres - « Bienvenus en AquItalia » revue Ancrage, H.S. 2007

 

Roland Cotty - « Histoire du cyclisme professionnel », tome 2 (1924-1946), Edulivre, 2014

 

Jean-Pierre Favero - «Immigration et intégration par le sport , le cas des immigrés du Bassin de Briey (fin du XIX ème siècle – début des années 40) , éd. L’Harmattan. 2008

 

Pierre George - « L’immigration italienne en France de 1920 à 1939, aspects démographiques et sociaux », publication de l’Ecole française de Rome, 1986.

 

Yolande Magni - « Une histoire de promesse, la vie rêvée des Italiens de France », Elytis, 2009

 

Raphaëlle Gourin - « Mon père, ce champion » in bulletin des anciens du vieux Marmande, références aux Arch. Dép. du 47 : 240 B.U.

 

Jean-Pierre Poussou - « Les aspects démographiques de l’immigration italienne en Lot-et-Garonne durant l’Entre-deux-Guerres », document photocopié remis par Mme Lacombe aux archives départementales du 47.
- « Montignac de Lauzun et l’immigration italienne des années 1920 à 1930 ».

 

Alberto Toscano - « Un vélo contre la barbarie nazie, l’incroyable destin du champion Gino Bartali », éd. EKHO, 2019.

 

 

 

Nous tenons à remercier Monique Normand pour les informations et les documents photographiques qu'elle nous a confiés. Ainsi que Sandrine Lacombe pour son aide aux Archives départementales du Lot-et-Garonne.

Ma reconnaissance va aussi à Dominique Trias pour son expertise en Excel et à Martine et Guerino De Nadaï pour leur accueil et à mon fidèle co-pilote, Adriano Dal Sié.

 

 

   "Felice anno nuovo !"                                                La Prade-Lacanau, le 28/12/2019.

 

 



28/12/2019
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