Memovelo

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Yves VITALIS

 

 

 

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La casquette est celle des cycles Lejeune (P. Cassen) et le maillot avec le lion de Richard (coeur de..) ou le léopard de Guyenne ... le coureur s'appelle Yves Vitalis.

 

 

Il est arrivé au tout début de l’après-midi et il portait un grand carton contenant ses cahiers, ses classeurs, albums photos et coupures de journaux.

Yves Vitalis avait aussi rempli 25 feuilles de notes pour m’aider à suivre sa carrière – que dis-je, sa vie. D’ores et déjà, ce qu’il a vécu l’autorise à parler de biographie. Un récit selon lequel chacun manifeste clairement ou maladroitement la façon dont il a pu s’accommoder du projet révélé à lui à la naissance : vivre.

« memovelo.com » a été lancé en septembre 2011 et l’un des premiers visiteurs sur ce blog s’est appelé Denis Vitalis (24/09/2011). Son message disait : « Merci pour ce beau site. J’attendais avec impatience qu’un « amoureux » du vélo s’y attelle. J’étais gamin dans les années 70. Je suivais mon héros (mon frère Yves) à toutes ses courses et je peux vous assurer que c’étaient mes plus belles années sportives ».

 

Les parents Vitalis ont eu quatre garçons, dont l’aîné est Yves. Nous avions fréquenté, au début des années 80, les mêmes organisations par l’intermédiaire de cette nouvelle catégorie qui s’appelait curieusement «non-licenciés » avant d’être les « cyclo-sportifs ». Nouvelle catégorie que se disputaient déjà les fédérations affinitaires (FSGT et Ufolep) et qui enterrait définitivement le prototype des courses locales : les « 3 et 4 ». 

Le cyclisme traditionnel (et populaire) français enregistrait les premiers changements initiés par le D.T.N., le commandant Richard Marillier, avec la suppression de la catégorie des « indés ».

Denis Vitalis, le petit frère d’Yves, m’avait adressé les listes d’engagés pour le Bordeaux-Arcachon de 1980 (les seniors et les vétérans) qui attestaient de notre passion commune.

Le travail que nous publions aujourd’hui n’avait pas pu voir le jour quelques années plus tôt, le grand frère Yves étant sous le coup du décès de son épouse, Annie.

 

Naissance-Enfance-Adolescence

 

Yves Vitalis est né le 5 décembre 1954 à Moyeuvre Grande (57 250) dans la vallée minière de l’Orne en Moselle. C’est le début d’un itinéraire varié qui le mènera plus tard en Gironde, non sans avoir séjourné en Auvergne où il terminera sa scolarité au lycée Amédée Gasquet à Clermont-Ferrand où il tente le baccalauréat F1, un bac. de technicien en construction mécanique.

Dans la famille Vitalis, il y a déjà un modèle, l’oncle Roger (le frère de son père), lequel a laissé son empreinte en établissant à vingt ans, le 21/07/1956, le record de l’heure d’Afrique du Nord à 42,636 km, sur le vélodrome d’Oran, une piste de plein air en béton.

 

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Cyclisme en Oranie dans les années 50 : l'oncle Roger parmi d'autres coureurs.

 

Les parents Vitalis figurent parmi les Français d’Algérie qui doivent regagner la métropole en 1962.

 

1ère licence en cadet – Pensionnaire

 

Le cyclisme n’est donc pas une pratique étrangère à la famille Vitalis. Plus exactement, le modèle de l’oncle Roger, donc celui du culte de l’effort à vélo, pousse le fils du gendarme à prendre une première licence en 1970, dans la catégorie « cadet » à l’Amicale Cycliste Clermontoise, le club qui a accueilli les deux frères Geminiani (Angelo et Raphaël). Le plus connu, Raphaël a gagné le 1er Pas Dunlop en 1943.

Yves est alors en pension à Tauves et il habite Chamalières. Il ne peut courir et s’entraîner que le dimanche. Pendant deux ans, les résultats sont maigres. En septembre 1971, il gagne une épreuve de la Coupe Geminiani (une épreuve de classement de l’AC Clermont-Ferrand). Un certain Daniel Michel, qui a fait quelques compétitions avec lui témoigne en 1972 dans le bulletin de l’ACC de sa « métamorphose ». Au départ, le jeune débutant est discret voire timide et il ne se réveille qu’à proximité de la ligne blanche. En « junior » il sort de sa réserve et gagne quatre courses : Deneville-les- mines, St. Aubin le Monial, Chasnay, Sérignac. A Saint-Pourçain sur Sioule, le 23 avril 1972, il se classe 4ème à 10’’ du vainqueur, Jolivet, mais « il n’y avait que deux qualifiés » pour la finale nationale du 1er Pas Dunlop.

 

Chez les « Grands »

 

Dans son bulletin périodique (sept-oct. 1973), l’Amicale cycliste clermontoise consacre un article à Yves Vitalis qui est « bien armé pour réussir » et confirme « la progression évidente de ce jeune coureur » qui a « grandi très vite » et mesure 1,79m pour 62 kg. « Sérieux et méthodique (…) il s’entraîne très régulièrement et (…) se bat toujours avec beaucoup d’énergie » et « il a du caractère ». Commencée en 3ème catégorie, la saison va le conduire chez les « Grands ». Au titre de champion d’Auvergne de la course aux points sur piste, il ajoute celui de cyclo-cross par équipe et il est aussi champion d’Académie sur route (ASSU). Au championnat de France ASSU (gagné par Pescheux du L.T. de Melun… 3ème B. Pineau du L.T. Palissy d’Agen), il figure à la 21ème place, mais, toujours sur la route, il se classe 7ème au championnat d’Auvergne (1er Mazet, St. Eloy) à Moulins.

 

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Jour de fête à Blanzat (63) : le junior Vitalis de l'A.C. Clermont remporte au sprint le Prix des fêtes et il reçoit le bouquet (dont il a donné un glaïeul à la jeune Miss qui le lui a offert). Derrière lui à sa droite tête penchée, le "mentor", Pierre Lassalas réfléchit...

 

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Dans sa région (63), il gagne à Blanzat, à Deneville-les-mines et à St. Germain des fossés. En vacances en Gironde (33) il se classe 4ème au Teich, 4ème à Préchac (1er Courrèges) et, surtout, 2ème à Villeneuve de Blaye derrière un certain Pierre Bazzo. Il conclue sa saison par une participation à Paris-Vierzon, qui se court en deux étapes et dont la vainqueur est Patrick Béon. Il abandonne en fin de 1èreétape sur crampes.

Sa licence de 1974 le situe en 1ère catégorie, désormais à l’US St. Pourçain/Sioule sur le maillot du club sont inscrits « Gitane » et « France-Soir ». Il débute victorieusement à Commentry devant son camarade de club, Lamon. Il est arrivé dans ce club avec 15 garçons de l’AC Clermont. Il s’agit de « la bande à Lassalas », quelqu’un que « les jeunes gens écoutent ».

Pierre Lassalas, technicien radio-télé, né en août 1937 et père de trois filles, a été coureur cycliste (12 victoires), mais il est devenu le « mentor » de ces jeunes. Aujourd’hui encore, Yves Vitalis lui fait référence pour ce qu’il lui a appris, en particulier au niveau de l’hygiène de vie. Cette saison-là, Yves gagne aussi à Issoudun et à Riom. 

Au championnat de France ASSU sur route à Aurillac, il se classe 10ème d’une course gagnée par P. Friou (lycée Bellevue Saintes). En mai, il a achevé à la 35ème place le circuit des Monts du Livradois, remporté par Courteix (UV St. Eloy) devant Samy.

1975 est vraiment l’année de transition entre les années studieuses des débuts puis fougueuses chez les juniors qui commencent à fréquenter les « toutes catégories », et le monde des « seniors ». Yves a déjà goûté à ce qui deviendra son meilleur terrain d’expression : les courses par étapes, en 1974, il a participé au circuit des Monts du Livradois. C’est l’année de ses 21 ans et l’année du service militaire qu’il effectue à Salons de Provence dans l’armée de l’air, … comme pompier. Il renoue alors avec une activité découverte au lycée, le cross-country et, en janvier 1975, le 2ème classe Vitalis se classe 11ème du cross de la IVème Région militaire, cross gagné par le sergent-chef Rapinel.

Mais, il ne pourra disputer qu’une dizaine de courses cyclistes dont le meilleur résultat est une 5ème place à St. Jean d’Illac.

 

Les années « Top » (1976-77-78-79)

 

1976-1977-1978-1979 sont les quatre grandes années du coureur cycliste Yves Vitalis.

 

Dès 1976, quelques-uns de ses meilleurs résultats donnent satisfaction à son mentor, Pierre Lassalas. D’abord, Yves se classe 2ème de Tarbes-Sauveterre derrière Dominique Sanders et devant : 3. Bordier 4. Bazzo 5. Bajan 6. Hernando 7. B. Pineau. Il est aussi 3ème du Tour du Blayais remporté par G. Simonot. A côté de ses deux victoires : Lavagnac-Ste. Terre (33) et Pont de Dore (63) (2. Peter Hall 3. G. Farges), il faut retenir sa participation au circuit de Saône et Loire (29ème, au milieu des Polonais, Hollandais, Russes et Suisses), sa première « Route de France » (54ème) et son premier « Grand Prix de France » (33ème).

 

En 1977, entre une victoire à Pau (2. Boniface), trois deuxièmes places : à Belin (1. C. Magni), à Morcenx (1. Valade…3. Fedrigo) et à Targon, il convient de souligner sa troisième place aux Monts du Livradois (il est 2ème de la 3ème étape), sa victoire dans la 1ère étape du Tour de Tursan (2. Hernando) et sa 14ème place au Tour du Roussillon (en 4 étapes) remporté par Lefebvre devant De Carvalho.

Il devait participer avec l’équipe d’Auvergne à la 27ème Route de France – Peugeot du 6 au 11 juin (1. Lebeaud), mais il abandonne, malade, après le prologue.

Une déception va l’amener à quitter définitivement la ligue d’Auvergne pour celle d’Aquitaine : lors du championnat d’Auvergne qu’il finit à la 3ème place derrière 1. Farges 2. Courteix, les dirigeants lui ont promis sa sélection pour le championnat de France prévu à Pomport (1. P. Friou). Mais, la promesse n’est pas tenue et Y. Vitalis quitte le C.O. Chamalières pour l’U.S. Talence.

A sa libération par l’Armée, il est devenu « contrôleur dimensionnel » pour l’usine « Ford » de Bordeaux et il a élu domicile à Saint-Médard en Jalles.

 

En avril 1978, il fait « 2 » du Tour du Réolais derrière Cigano et devant Szkolnik et, le lendemain, il se classe 3ème du Gd. Px. de Lagorce-Laguirande derrière 1. M. Larpe 2. Audeguil et devant 4. Jourdan.

Ensuite, il est au circuit de Bretagne-Sud (21ème au général), puis 7ème dans Royan-Blaye (1. Audeguil) et il gagne le Tour du Bassin devant : 2. Jourdan 3. Szkolnik 4. Bajan…

Du 25 au 28 mai, dans une équipe de l’US Talence composée de JL. Castaing, B. Duberos, Y. Paponneau, Y. Pernon, Y. Vitalis, il participe à la « Ronde de l’Isard », qu’il termine 9ème au général (1. Salles 2. D. Arnaud).

Du 7. Au 11 juin, il est dans la 28ème Route de France avec le dossard 26 dans une équipe d’Aquitaine (D. Arnaud, P. Corre, F. Garmendia, JJ. Szkolnik et B. Pineau) pilotée par Robert Desbats. Il termine 8ème au général (1. Lebaud 2. Jones 3. Larpe). Aujourd’hui à l’occasion de ce rappel, laconique, il laisse tomber : « les 7 premiers sont tous passés professionnels »…

  

 

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 L'équipe d'Aquitaine pour la Route de France dirigée par Robert Desbats  :  M. Jourdan, F.Garmendia, D.Arnaud , P. Corre, J.J. Szkolnik, B. Pineau, Y. Vitalis.

 

 

A la fin du mois de juin (21 au 25) il est au Tour du Béarn-Aragon, qu’il termine à la 13ème place (1. Cabrero 2. Lejarreta 3. Charlier 4. Castaing…).

Du 7 au 9 juillet, avec l’US Talence il participe au Tour du Béarn que va remporter Pascal Simon devant… Yves Vitalis, lequel a terminé trois fois deuxième sur quatre étapes. L’US Talence remporte le trophée par équipes et Yves est second au Gd. Px. de la montagne. 

Christian Bibal donne dans le journal « Cyclisme » un article qui fait toute la une et il célèbre dans son titre : « Yves Vitalis, le héros … », sans que ce coureur n’apparaisse sur la photo ! Bibal essaye-t-il de se faire pardonner quand il croit possible d’écrire : « Souhaitons à Yves Vitalis, 8ème de la Route de France et toujours aux places d’honneur depuis le début de la saison, la même gloire que le second du Tour du Béarn 77 qui s’appelait Bernaudeau » ?

En septembre (du 1 au 3), il est au Tour de la Vienne (4 étapes) et il se classe 12ème au général. Puis, dans le Tour du Tursan en deux étapes, il termine 2ème du classement général derrière Bernard Pineau.

 

Pour la saison 1979, l’équipe de l’US Talence-Lejeune est ainsi composée : Paponneau-Despert -  Cigano – Loustalot - DeSanti – Pernon – Dutreuilh – Michon – Lecuyer -  Lubiato-Dupin - Mella – Villegente – Deltreuil - Vitalis et Bidou

 

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 Début de saison : Yves Vitalis gagne à Villenave d'Ornon.

 

 

A l’occasion de Bordeaux-Saintes, Robert Dutein publie : « Pleins feux sur Castaing », l’ancien sprinter devenu journaliste relève les noms de quelques vainqueurs précédents : Bossis (73), Bazzo (75), Lubiato (77), Fedrigo (78). Déjà à Laguirande, Francis Castaing s’est imposé au sprint, mais à Saintes sur le vélodrome de Bellevue il doit se contenter de la deuxième place devant M. Fedrigo, mais derrière Marc Gomez. Yves est présent à la 10ème place.

Durant le mois d’août, il participe au Circuit de Bretagne Sud et termine 25ème au général. Puis, au tour de Vendée où il est 3ème au général et au Tour du Bassin : 6ème derrière : 1. Fedrigo, 2. Lubiato, 3. Szkolnik, 4. Dolhats, 5. Lajo. Le 7 mai à Libourne, il est sur le podium du 35ème Gd. Px. de la Victoire, 2èmeentre 1. Bajan et 3. Lubiato. La semaine suivante, il revient dans Tarbes-Sauveterre et fait « 4 » derrière 1. R. Villemiane, 2. F. Castaing, 3. J. Becaas. Du 19 au 20, il court le circuit de Grande Champagne et il termine à la 9ème place.

Fin mai, il se classe 2ème du Tour du Roussillon au final entre 1. Bodier et 3. Jesson (Aust.).

 

 

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1979 - 23ème Tour du Roussillon, Yves vainqueur de la 3ème étape et 2ème au classement général.

 

 

Au mois de juin, il se classe 19ème au général de la Route de France (1.R. Millar 2. R. Clère 3. Blagojevic).

Puis, en juillet, dans le Tour du Béarn, il est 7ème (1. D. Arnaud  2. B. Pineau), après avoir pris la quatrième place au championnat d’Aquitaine (1. Castaing 2. Pineau 3. Villemiane) à Laplume.

 

 

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 Sur les routes du Tour du Béarn, le peloton emmené par Pitard (Pons). Yves est tout à gauche en maillot Lejeune-BP.

 

 

Fin août, il gagne à St. Magne de Castillon et prend part au Tour de la Vienne qu’il termine à la 14èmeplace.

Il clôture la saison sur une participation à « l’Etoile des Espoirs » (course « open » - du 29/09 au 07/10) convoqué par le DTN R. Marillier dans une équipe de France composée par  Desriac, Deloeuil, Audeguil, Arnaud, Rebière et Vitalis. L’épreuve est remportée par le Suèdois S.A. Nilsson devant Jo Maas (NZL) et E. Garcia. Jean-Luc Vandenbroucke est 4ème et Bernard Hinault, 6ème . Yves Vitalis se classe 54ème.

      

A partir de juin 1979, le cahier annuel de résultats n’est plus tenu à jour… « l’historien » qui, jusque-là, a été nourri des informations contenues dans les cartons et par ces cahiers annuels scrupuleusement renseignés, est quelque peu décontenancé… 

Mais, l’une des plus belles victoires d’Y. Vitalis a lieu lors du « Trophée Cyclisme » qui a lieu à Chaumeil (19) sur le circuit du « Bol d’or des Monèdières » (cher à Jean Ségurel), organisé par le comité d’Aquitaine et réunissant les représentants de plusieurs comités du « Grand Sud-ouest » (Limousin-Orléanais-Poitou-Charentes-Pyrénées-Aquitaine).

 

 

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 A défaut d'un titre de champion, Y. Vitalis signe une belle victoire dans un cadre prestigieux et une concurrence de qualité.

 

 

Le mariage avec Annie (1980)

 

 

Yves Vitalis va confirmer notre hypothèse principale. Le 16 février 1980, le fils du gendarme épouse Annie, elle-aussi fille de gendarme, à Saint-Médard en Jalles. Leurs deux pères ont la même mission de surveillance des engins et des essais pour l’Armée.

La carrière de coureur cycliste d’Yves Vitalis commencée en 1970 va s’achever au début de 1981, après que le couple ait acheté une « maison à retaper » à Eysines. Il y a de gros travaux à entreprendre. Il n’y a donc plus de place pour le sport et le vélo.

Cependant, en 1983, Yves, qui a gardé quelques contacts dans son environnement, reprends une licence FSGT à la section cycliste des usines Dassault. Il goûte à nouveau à la victoire à Saint-Genès-de-Lombaud, puis il est sélectionné dans l’équipe de France FSGT pour le Tour d’Irlande (9 étapes), qu’il termine 32ème au classement général et 4ème au Prix du meilleur grimpeur. Est-ce un nouveau départ de son activité cycliste ?

 

La naissance de Sandra (le premier enfant du couple) le 23 juillet 1984 semble confirmer un arrêt qui semble définitif. A la fin de l’année 1984, le vélo paraît oublié et, Yves, qui n’a pas effacé ses premières expériences en course à pied au lycée puis à l’armée, participe au cross de « Sud-Ouest » à Gujan-Mestras en « non-licenciés ». Il gagne dans sa catégorie et reçoit une invitation pour le cross du « Figaro » à Paris, où il termine 11ème.

Le voilà relancé dans le sport et ce, d’autant plus qu’il vient de découvrir les images de cette nouvelle discipline venue des Etats-Unis : le triathlon (la F.F. de triathlon est fondée le 21/10/1989).

 

 

Le Triathlon (1985-1989)

 

 

Au début, les lauréats des épreuves sont plutôt d’anciens très bons nageurs, car le rapport entre les trois activités valorise – au-delà du socle commun de « l’endurance cardio-respiratoire » - le savoir nager sur une assez longue distance.

Voila pourquoi Yves Vitalis, qui a ses raisons de se croire armé du côté du vélo et de la course à pied, se rend régulièrement dès janvier 1985 à la piscine du Grand Parc… pour apprendre à nager.

Car, ainsi qu’il le dit simplement « savoir nager, c’est savoir respirer dans l’eau ». Cinq mois plus tard, le 9 juin 1985 à La Teste, Yves termine son premier triathlon à la 3ème place derrière : 1. Dallenbach (Genève), 2. Maubras (Montesquieu, 47) … sur 86 classés.

Le 22 juin 1985, à Bordeaux, il est 7ème sur 63 classés, quand deux Allemands, Hoffman et Schuller occupent les deux premières places.

Trois semaines plus tard, à Chatellerault, en catégorie A, il est 5ème derrière Dallenbach, encore vainqueur.

A Nice, pour le championnat du monde de triathlon, il se classe 34ème sur 538 arrivants : 1. Allen Mark (USA) 5h53’13’’26, 2. Tinley Scott (USA) 5h53’52’’21, … Yves Vitalis est le 11ème Français en 6h 40’34’’06.

Pour le championnat d’Europe, à Genève, il se classe 11ème en 3h 9’4’’ (1. Jogi Hoffman)

Au total, pour cette première saison, Y. Vitalis dispute 8 épreuves (il est aussi 3ème à Miramont de Guyenne (1. Casas) et 1er ex-aequo avec Philippe Avezou à Rochefort/mer).

 

En 1986, il dispute 6 épreuves et enregistre de nets progrès avec une 17ème place à Nice pour le championnat du monde, sur 696 classés. C’est encore Mark Allen qui gagne en 5h 46’ 10’’ (soit 37’ 04’’ en natation, 3h 9’ 14’’ en cyclisme et 1h 59’ 51’’en course à pied), le second Molina Scott (USA) est à 10’… Yves termine en 6h 21’ 27’’… Cordier est 7ème en 6h 14’ 30’’. 

A Saint- Yrieix (cat. A = 1500m Natation, 40 km Vélo et 10 km de course à pied), Yves est 2ème à 25’’ derrière le local Laskowski (ex-champion du Limousin FFC 1985).

A Arcachon, il est 6ème (le vainqueur est Y. Cordier, 22 ans ex-champion de nage libre).

A Salles-Curan (triathlon des lacs du Levezac) Yves est 4ème en 3h 51’ 51’’. Il est aussi 4ème à Bayonne.

A Mantes-la-Ville, il est 8ème en 2h 21’ 32’’ (1. J. Ulmann en 2h 12’ 31’’).

 

En 1987, naissance de la deuxième fille, Aurélie, le 7 mai. Yves est 9ème au championnat de France, cat. B. Il est aussi 40ème du championnat du monde à Nice, en 6h 40’ sur 565 arrivants.

 

En 1988 : 2ème du Triathlon de Cergy-Pontoise en 6h 44’, derrière le Belge Mario Huys. Yves Cordier, blessé, n’y participe pas.

 

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 Le deuxième du triathlon de Cergy-Pontoise est interrogé par le speaker à l'arrivée

 

 

Le 8 août 1988, 9ème au Triathlon international d’Embrun (5+180+42,195 km) en 11h 12’ 14’’. A huit heures par 23°, il y a 270 partants, puis de nombreux abandons.

Le vainqueur est Y. Cordier en 10h 11’ 36’’ devant l’italien Danilo Palmea.

En septembre, à Nice, ré-inscrit au calendrier, a lieu le championnat de France, longue distance, c’est encore Cordier qui gagne et Vitalis est 4ème.

 

En 1987, A. Montangon écrit dans « Sud-Ouest » un article sur Yves Vitalis, « jeune homme de 32 ans » qu’il qualifie de « doux dingue » et qui consacre « tout son temps libre au triathlon » : « entre la piscine et la route difficile de trouver Yves Vitalis ». Le journaliste explique que l’ancien coureur cycliste (…) « a dû se jeter à l’eau » pour devenir triathlète.

 

 

 

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1987 - le journal "Sud-Ouest" s'intéresse au cas "Vitalis"

 

 

Yves a expliqué à Montangon qu’après 1980, déçu de ne pas obtenir de contrat professionnel, il s’est tourné vers le triathlon, croyant sentir « que ce sport était fait pour (moi) ». Une première saison lui fait toucher du doigt les limites de son entreprise L’entraînement mobilise 35 à 45 heures par semaine et selon le triptyque : course à pied le matin avant le travail et natation le soir après et le vélo le week-end. En conséquence, une partie de sa vie sacrifiée et une épouse qui en souffre d’autant plus que la venue d’un deuxième enfant va lui faire abandonner son emploi de manipulatrice radio. Sans compter que c’est un sport « où l’on dépense beaucoup ». Restent les solutions de trouver des sponsors ou de devenir professionnel.

En 1988, un autre article (signé : J.G.) consacré à Yves Vitalis commence par un lapidaire

« pas facile de faire du sport de haut niveau, lorsque sa situation sociale est incertaine ».

En effet, un licenciement pour raison économique a mis « au chômage le meilleur triathlète d’Aquitaine ». Le texte salue en Yves Vitalis un « homme énergique, père de deux enfants tout jeunes, homme de caractère aimant l’effort », obligé de retourner à l’école. En septembre 1988, Yves entame un stage de quatre mois à Tresses, au centre de La Saguinière pour devenir attaché commercial et, en janvier 1989, il devient V.R.P. Il n’est alors plus question de sport.

 

 

Transition entre la course à pied et le cyclisme

 

Fin mai 1991, après trois semaines d’entraînement, Yves, désormais « commercial » pour l’entreprise « Kichim », participe avec quelques clients au marathon de Bordeaux qu’il termine en 3h 01’ 59’’ à la 94èmeplace.

En avril 1992, il prend part aux 20 km de Bordeaux avec sa femme Annie.

 

 

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 1992 : Yves et Annie (sponsor Kichim, l'entreprise qui emploie Y. Vitalis) lors des 20 km de Bordeaux

 

 

En juillet de la même année, il reprend l’entraînement à vélo… « pour se changer les idées », écrit-il.

 

Au cours de la saison 1993, licencié à l’Ufolep, il devient champion de Gironde (senior B) et termine 6ème du championnat de France dans cette catégorie. Avec l’équipe de Gironde il est sacré champion de France par équipes.

Auparavant, il a gagné : Bordeaux-Saintes, Daubèze-Daubèze et le Tour des Comminges, 2ème catégorie (4 étapes, 3 victoires et une fois deuxième).

 

En 1996, il tente sa chance au duathlon : classé 2ème au championnat de France, catégorie vétérans, il est d’abord arrêté par un commissaire alors qu’il est en tête, mais il repart derrière celui qu’il précédait. A l’arrivée, il est ignoré. Cependant, son nom apparaît ensuite en deuxième position sur le classement affiché.

C’est une histoire rocambolesque, mais il a un témoin et pas n’importe lequel : Virginie Lafargue, à qui il arrive la même mésaventure. Cela se déroule dans le Nord de la France, non pas en Aquitaine. Néanmoins, Yves participe aux championnats du monde à Ferrara en Italie.

Septembre 1996, Yves change de société et fin 1997, il achète un terrain à Lanton sur le bassin d’Arcachon. Avec Annie, ils entreprennent de construire leur maison de A à Z de leurs mains. En effet, en hiver quand il ne courrait pas, Yves faisait toujours des petits boulots et il a ainsi appris plusieurs métiers.

En conséquence, avec cette nouvelle charge ajoutée au travail chronophage du commercial, il n’y a plus de place pour le sport. Nouvel arrêt du « petit train de la mémoire »…

 

 

Avant-dernière séquence (2005-2015) 

 

 

Mai 2005, Yves, qui a un peu plus de cinquante ans, remonte sur le vélo et, en juillet, il participe à la « Saint-Emilion cyclo tour ». Emporté par son élan, il reprend l’entraînement et il prend une licence Ufolep à l’ASSA de Saint-Médard en Jalles.

En 2006, il court en 3ème catégorie Ufolep et le tableau de la récolte est réjouissant :

1er à St. Ciers/gironde, au Pyla, à Lorignac, au Haillan,

6ème au championnat de Gironde et au championnat d’Aquitaine…

Et… champion de France (vétérans B) à St. Hellier.

 

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 2006 : St. Hellier, champion de France au sprint.

 

 

En 2007, Yves se classe 8ème au championnat de France (vétérans B) à Urt (64). Avec Gilles Pellet et Bernard Lafitte (équipe de Gironde), ils sont champions de France par équipes.

En 2008, il est encore 4ème au championnat de Gironde et 12ème au championnat de France (vétérans B) à Francheleins (01).

2009, « l’envie vient en mangeant » (Rabelais, 1534), Yves se frotte aux « jeunes » en FFC (2ème, 3ème, PC) et finit 32ème du Tour du canton d’Auros, il est aussi 19ème à St Christoly de Blaye (3ème+PC) et dans le peloton à l’arrivée à Saint Symphorien (2.3.J.et PC.), moyenne = 43, 67 km/h.

2010, il continue l’expérience : 25ème à Blaye et dans le peloton du Tour du Bassin (118 km à 42,6 km/h).

 

2014, après une nouvelle coupure, Y. Vitalis devient, à 60 ans, champion de Gironde FFC, D2. Il est aussi 4ème au championnat d’Aquitaine Ufolep à Montsoué (40) et 8ème au championnat de France « masters » FFC. Il se classe dans de nombreuse courses FFC (2. 3. J. PC.). Surtout, il est 18ème au championnat du monde à Lublijana (Slovénie).

2015, le 5 mars, le couple Annie et Yves Vitalis rentre de l’hôpital Bordeaux Nord. Annie est malade et le diagnostic est : cancer du pancréas avec métastases.

Le 27 octobre 2015 : décès d’Annie Vitalis.

Yves, dévasté, arrête le vélo.

 

 

« mon alcool, ma drogue »

 

 

Alors, fin janvier 2016, il reprend le vélo. Aujourd’hui, Yves écrit : « pour rester debout ».

Puis, il recourt d’abord en Ufolep : le 6 mars à Saint-Loubès, il se classe 2ème en 2ème catégorie, puis 6ème à Barsac et 1er à Cavignac.

Ensuite, il revient en FFC à Ayguemorte-les-graves, St. Genès de Blaye, le Haillan. Il est 5ème au championnat FFC de D2, 4ème au championnat de Gironde Ufolep, champion d’Aquitaine Ufolep des 60 ans et+.

A Rochechouart, il est 6ème du championnat de France Ufolep et champion de France avec l’équipe de Gironde.

En 2017, 14ème de « l’Albigeoise », il est qualifié pour le championnat du monde. A Albi, il se classe 2ème dans la catégorie des 60-64 ans de ce championnat du monde des « masters », derrière le Suédois K. Bergstrom et devant le Biélorusse M. Balkarau

 

 

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Albi 2017 : le podium du championnat du monde des masters UCI : deG à D. Yves Vitalis (2), K. Bergstrom (1) et M. Balkarau (3). 

 

 

En 2018, en suivant la même préparation à base de courses FFC (2.3.Pc.) et en étant 4ème du championnat de Gironde Ufolep et 3ème du championnat d’Aquitaine, il est encore champion de France du clm./équipes 60 ans et +, à Avessac avec l’équipe de Gironde (G. Pellet-JJ. Szkolnik-JM. Villeneuve).

21ème au scratch de la qualification pour le championnat du monde à Ezaro (Esp.), il doit abandonner à Poznan (Pol.) suite à une crevaison.

2019, champion de France du contre-la-montre par équipe avec l'Aquitaine (Pellet-Szkolnik-Villenave-Vitalis) à Lespérou.

2020, en raison de la pandémie de Covid, la saison est blanche.

2021, malgré les restrictions, Yves se classe encore 4ème du championnat de France « masters » FFC.

En 2022, non-vacciné, il ne peut donc pas présenter de pass vaccinal et il se recentre sur le chantier de sa maison. Sans participer à quelque compétition que ce soit, il sort à vélo deux à trois fois par semaine.

2023, le projet d’être champion du monde UCI-masters reste bien en évidence et Yves Vitalis s’absente quinze jours à la fin du mois de juin pour aller à Ténérife et son volcan, là où se préparent les grandes performances.

 

 

Bilan provisoire

 

 

Yves Vitalis, 69 ans, veuf, retraité, père de deux grandes filles (39 et 36 ans) continue sa vie résolument sportive. Celle-ci se nourrit des déceptions assumées au cours d’une longue expérience dans de nombreuses pratiques : cyclisme, triathlon, course à pied, duathlon. Certes, ces expériences empruntent toutes au même modèle de motricité : énergétique, qui fait appel au système cardio-vasculaire et respiratoire et qui est très coûteux en kilocalories.

 

Dès l’adolescence, Yves s’est confronté au fonctionnement de son « moteur humain » et il a pu saisir les effets de l’entraînement sur lui. Guidé dans ses apprentissages par son mentor, Pierre Lassalas, il a appris très tôt les conditions nécessaires et indispensables d’une hygiène de vie. Particulièrement, celle pour le sport de compétition qui se doit de conjuguer nutrition et récupération. Le « maître » (P. Lassalas) avec lequel il est toujours en contact - et dont il cite avec admiration l’une de ses dernières performances : le 18 juin 2021, P. Lassalas (85 ans) a effectué la montée pédestre du Puy de Dôme (FSGT) en 1h 37’ 31’’ se classant 10ème derrière le vainqueur Boris Orlhac (32 ans) en 1h 16’ 48’’- lui a transmis et fait assimiler cette exigence.

 

Etre fils de gendarme n’est pas sans effet sur le développement de la personnalité et suivre un cursus dans l’enseignement technique contribue à intégrer les valeurs du monde du travail. Les carnets d’entraînement du cycliste Vitalis témoignent de ce sérieux et de sa régularité : la comptabilité des kilomètres parcourus est très consciencieusement tenue à jour, la surveillance du poids et des fréquences cardiaques confirment que la quantité du travail effectué est encadrée par le souci de la qualité de l’effort produit.

 

Au niveau des institutions (FFC, UCI), la mise en place d’une catégorie « Masters » ne fait qu’enregistrer l’existence d’un « cyclisme pour tous », mais aussi la capacité éprouvée par quelques-uns de continuer la compétition et d’y consacrer leurs loisirs voire leurs économies, tard dans la vie. Les frustrations éprouvées par Yves Vitalis (4ème du Pas Dunlop pour 2 qualifiés, 3ème du championnat d’Auvergne pour 2 qualifiés au championnat de France, 8ème de la Route de France quand les 7 premiers passent « pros », 2ème du Tour du Béarn (derrière Pascal Simon), 2ème du Tour du Tursan, 2ème de Tarbes-Sauveterre, 2ème du championnat du monde Masters UCI à Albi) portées par un caractère endurant et persévérant (dans le patronyme « Vitalis » sont contenus les signes de « vital », « vitalité ») l’autorisent à rêver d’un titre de champion du monde, ne serait-ce que « Master ». 

 

 

 

 

 

 

 

 

         



17/07/2023
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