Memovelo

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MONTGUYON, FIN DE SAISON

1. Saison :

Nul besoin d’être mélomane – même si Vivaldi fait du bien – pour savoir que les saisons sont quatre : hiver-printemps-été-automne, et qu’avec le cycle du jour et de la nuit, elles contribuent à découper le temps, avant toute autre mesure.


Nous n’ignorons pas le « changement climatique » et, pas plus, la pandémie Covid-19 qui occasionnent certains changements, dont l’un des plus remarqués par les amateurs de vélo fut, dernièrement, l’organisation de Paris-Roubaix en octobre. Ce qui a permis à 3 millions de téléspectateurs (paraît-il) de voir tomber à terre un coureur par kilomètre et, aussi, à trois soldats de plomb couverts de boue de franchir la ligne d’arrivée presqu’en même temps.


Mais, le cyclisme par ses différentes pratiques a toujours épousé un temps naturel : l’hiver avec le cyclo-cross et les sous-bois, les pistes couvertes et les courses de six jours, puis à l’approche du printemps la « course au soleil » (pas toujours présent) avec Paris-Nice, suivi de la « Primavera » entre Milan et San Remo. Venait ensuite le temps des classiques en Flandres et dans les Ardennes avec à la mi-avril « l’enfer du Nord » du monumental Paris-Roubaix. A la fin du printemps commençaient les grandes courses par étapes : le Giro d’Italia, le criterium du Dauphiné libéré, en juillet le Tour de France et sa caravane (F. Terbeen). Après, dans la France en vacances, c’était le temps des criteriums que (presque) tout le monde regrette. En septembre, les 
championnats du monde mobilisaient quelques coureurs sélectionnés, mais qui n’avaient eu pour préparation que le « Bol d’or des Monédières » (J. Ségurel à Chaumeil) comme course de plus de 150 km. En Italie, l’automne naissant permettait encore quelques « petits tours » (d’Emilie, de Vénétie…) avant le « Giro di Lombardia » (la fameuse photo, où l’on voit A. Darrigade en maillot « Bianchi » battre - entre autres- Fausto Coppi sur la piste du Vigorelli, est un « standard »). En France, le cyclisme sur route s’arrêtait quasiment avec la « classique des feuilles mortes » (Paris-Tours). Jusqu’en 1959, il y eut à Paris un vélodrome d’hiver (« Vel d’Hiv »).

 

 

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 François Terbeen (1910-1990) publie en 1954 ce roman qui a pour cadre le Tour de France. Jeune journaliste à "Sport cycliste" puis à "l'Auto", il entre après 1946 à "Miroir-Sprint" et à "Miroir du cyclisme ". Il se situe dans le sillage littéraire d'André Reuze, auteur du "Tour de souffrance" en 1925.


Sont-ce ses origines rurale puis ouvrière qui contribuent à ce que le cyclisme épouse ainsi cette périodisation, ce décalque des saisons ? Il est cependant difficile d’ignorer cette proximité entre la civilisation agricole, la culture paysanne et l’univers du cyclisme sur route.
Dans le sud-ouest de la France et « plus près de chez nous » sur le territoire de ce qui s’appelle jusqu’en 1967 le comité de Guyenne, devenu aujourd’hui la « Nouvelle Aquitaine » (2015), il y avait la « dernière » (course), parfois entre Pouillon (40) et Echourgnac (24). Au sud-est de la Charente maritime, débutant dès la troisième semaine de septembre et s’achevant avant la mi-octobre, quatre communes assez proches voyaient chaque lundi sur la ligne de départ se rassembler le peloton des meilleurs coureurs régionaux : Saint Martin d’Ary, Montguyon, Montlieu et le Fouilloux. 

 

 

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 En 1951, parmi les 38 engagés du G.Px. Le Fur au milieu des gloires régionales, un jeune landais (22 ans) qui a gagné cette année-là Bordeaux-Saintes : André Darrigade, dossard 27.

 

Quelques très bons coureurs, de solides dirigeants et de vrais bénévoles (à chaque carrefour…) ont contribué à cette coutume, dont nous avons essayé de retrouver l’existence et la vie, de 1946 à la fin des années 60.

 

2. Le pays :

Les quatre courses étudiées se déroulent dans le département de la Charente maritime (17) et, plus précisément, dans la communauté de communes de la Haute-Saintonge. Après la révolution de 1789, le département est devenu l’emblème de la nouvelle organisation administrative de la France, mais l’appellation « Haute Saintonge » qui désignait l’ancienne province a été ressuscitée en 1976 pour renommer la délimitation géographique que constitue l’arrondissement de Jonzac.

  

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Haute Saintonge : "les solitudes peuplées de pins de la Double saintongeaise, annonciatrice de la grande forêt landaise ", selon Louis Papy,  "Aunis et Saintonge", 1937

 


C’est aussi la Saintonge méridionale, ce pays que le géographe Louis Papy, doyen de la faculté des Lettres de Bordeaux a appelé le « midi atlantique ». En fait, cette partie de la Charente maritime constitue le relief le plus marqué du département. C’est un relief de collines qui peut atteindre les 120m dans la Saintonge boisée. Il s’agit du canton des trois Monts : Montguyon vient de Monte Guidonis, Montlieu de Monte Lugdino, Montendre de Monte Andronis. La proximité de la forêt de la Double se manifeste sous la forme d’une vaste pinède plantée au XIX siècle, qui occupe jusqu’à un tiers de la surface du sol et occasionne une activité forestière à laquelle s’ajoutent une activité viticole (Pineau, Cognac) et agricole (polyculture, céréaliculture).

 

Le secteur industriel se limite à l’exploitation du bois (scieries) et des produits agricoles ou viticoles (distilleries). L’exploitation du sous-sol avec le kaolin (« l’argile blanche » du côté de Clérac) et les cimenteries (du côté de Bussac-Forêt) constituent les quelques ilots de survivance industrielle dans un pays essentiellement rural.

 

Par le fait d’une « déprise rurale » (pour ne pas parler d’exode) et, aussi, du vieillissement de la population, le pays connaît une densité faible, de l’ordre de 35 habitants au km2. Mirambeau, Montendre, Montguyon sont des « gros chefs-lieux de canton ruraux ». Et, Montlieu-la-Garde reste (même si les priorités ont changé) le carrefour de deux voies qui vont, l’une de Libourne à Barbezieux et, l’autre de Riberac à Royan. Saint-Martin d’Ary, faubourg de Montguyon semble être le point de départ de ces quatre courses de fin de saison. Nous n’ignorons pas les « autres » courses (Bédenac, Clérac, Cercoux, Martron, Orignolles…) comme certains ont semblé s’en émouvoir, mais nous avons retenu « St. Martin d’Ary-Montguyon-Montlieu-la-Garde-Le Gibeau-Le Fouilloux » parce que ce sont les dernières grandes courses (I.A. toutes) et les dernières dates du calendrier (Le Gibeau-Le Fouilloux a lieu avant la mi-octobre).

 

Après le temps, l’espace : l’ultime argument est l’alignement géographique des quatre lieux sur cet axe qui relie Périgueux à Royan, matérialisé par la R.D. 730 (après 1972), sur un segment d’une dizaine de kilomètres. Unité de temps, unité de lieu… en quelque sorte.

 

3 . l’organisation des courses :

 


Le journal « l’Athlète » en date du 9 octobre 1967 annonce la tenue du 12ème Prix du Comité des fêtes du Fouilloux-Le Gibeau. Cette course existe donc depuis 1955. Au calendrier annuel, le « carré » des courses étudiées ici commence à St. Martin d’Ary en 1946 suivent Montguyon (1946) et Montlieu (1949). Chacune de ces quatre courses se déroule le lundi, jour où les commerces sont fermés.

 

Trois hommes sont aux commandes de ces organisations :


Gustave Le Fur, conseiller général du canton de Montlieu, est une personnalité bien connue des milieux cyclistes. Selon les témoins consultés, il aurait été à la tête d’une entreprise de transport. Ainsi, en 1953, G. Le Fur – outre son implication dans l’organisation de l’épreuve – apporte une prime de 1000 fcs. offerte par une entreprise parisienne de T.P. Au sein du groupe de cyclistes montlieunais, il est en relation étroite avec M.M. Gaujean et Moizant.

 

 

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le triumvirat : A. Gaujean (qui tient le fanion), G. Le Fur (en arrière) et A. Moizant (à droite).

 

 

Armand Gaujean, maire de Montlieu, tient aussi le rôle de speaker et reçoit les engagements des coureurs à l’hôtel du Commerce à Montlieu. En 1951, le président de l’U.S. Montlieu, M. Moizant, boucher de son état, est connu et apprécié par de nombreux coureurs à qui il rend quelques services (sa fille, Christiane, nous a raconté comment son père allait parfois chercher en gare d’Angoulême, les Bramard, Latorre ou Mancicidor. Il convient, ici, de se rappeler qu’à l’époque tous les coureurs n’ont pas encore une voiture).
Albert Moizant est sûrement à l’origine du camion mis à la disposition des coureurs en gare de Montendre.

 

De son côté, A. Gaujean fait état de prix spéciaux pour l’hébergement à l’hôtel du Commerce. En 1960, le repas de midi est offert à tout coureur ayant retiré son dossard avant.

 

Ces trois personnages connaissent une notoriété qui va au-delà des courses dont ils assurent l’organisation et l’animation. En 1954, le journal « l’Athlète » présente la section cycliste des « Girondins de Bordeaux ». Sont présidents d’honneur M.M. Jean Roques et Gustave Le Fur et Pierre Requet assure le lien avec la F.F.C.
Mesure de son investissement, en 1961, Albert Moizant devient le beau-père d’André Delort, lorsque celui-ci épouse sa fille unique, Christiane.

 

 

 

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 1963, l'arrivée du G. Px. de Montlieu : sous les yeux de son beau-père (à gauche), André Delort gagne devant Maurice Pelé et Roger Darrigade.

 

 


Un an plus tard, sur le Tour de France où il est devenu commissaire, Armand Gaujean retrouve son « pays » Guy Epaud (cf. photo dans le sujet sur Guy Epaud).

 

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les témoins rencontrés insistent sur le rôle qu'il jouait sur le Tour : c'est lui qui tenait les coureurs au départ du contre-la-montre...

 

 

Durant quatre semaines les courses ont lieu sur et autour de quelques kilomètres de la R.D. 730. Ce programme de fin de saison atteste de « l’immense popularité du cyclisme en Charente maritime » (C. Bidon). Et, si le circuit de la Billette (2,5 km) est commun au Grand Prix du faubourg Saint-Martin et à celui du Prix de la ville de Montguyon, dans les deux cas les 20 ou 30 tours « en ville » sont longtemps précédés d’une ou deux grandes boucles qui passent par Chevanceaux, Pouillac, Montlieu-le-Garde, Orignolles… En 1953, à Montlieu pour le « Prix des vendanges », il y a deux tours par Montlieu-la-Garde-Chepniers-Montendre-Bussac-Chieuzac-Orignolles-Montguyon-Chevanceaux-Pouillac…

 

Si, en 1947, le Grand Prix Le Fur se court sur 150 km, petit à petit, la distance se réduit à 120-110 km. Dès le début, les organisateurs ont le souci de « tous les sportifs des villages traversés », ce qui se traduit aussi par l’existence d’une caravane publicitaire et, outre le patronage de « Sud-ouest » et de « l’Athlète », on relève la présence de grandes marques : Pernod, Masset, Ricard, Spathalter, Byrrh…

 

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 1954, quatre personnalités (de gauche à droite) : G. Le Fur (les mains dans les poches), Louis Rigon (maillot Tendil et bouquet à la main, Joseph Cigano (maillot Thomann) et Armand Gaujean, le micro à la main. 

 

 

En 1955, M. Ulysse Suant, président du comité du Poitou est présent. En 1956, M. Alix, maire de Montguyon donne le départ à 70 coureurs et la course connaît un gros succès populaire. En 1958, le départ a lieu à 14h30 face à la « maison Le Fur » et l’après-course coïncide avec la remise des coupes : Tournier Sports, Martini, Vitteloise, Vittel délices…

 

 

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Les meilleurs des Charentes, chacun sa coupe : Gabard-Perrotin-Gestraud-A. Delort-Ricou-Joubert.

 


A cette occasion, on peut lire : « le nom du maritime Ricou restera (…) gravé en lettres capitales dans « l’histoire du cyclisme charentais ».
Pour « tirer le rideau de la saison », au Fouilloux – « petit hameau, grande course » - près du lieu-dit « Le Gibeau », il y a encore 34 coureurs au départ de l’épreuve organisée par le V.C. Cercoux. A Montlieu, « le public se presse en haut de la côte chez Gontier pour voir les coureurs en plein effort (…presque) comme dans les Alpes et les Pyrénées ». En 1959, à Montguyon, les spectateurs sont « comblés d’aise à la vue de la classe affichée par le Marocain El Gourch ». De son côté, André Delort se souvient autrement : « il a failli nous foutre en l’air… » (lui et son frère dans un sprint très enlevé de 15 coureurs).

Un temps séduits par l’appellation « internationale », les organisateurs ont ouvert leur épreuve aux « pros. 2ème » (St. Martin d’Ary et Montlieu). Cependant, ce qui a fait le succès de ces courses, c’est leur dotation :
- 1950, Saint-Martin d’Ary : 43 000 fcs. dont 15 000 au 1er
- 1951, Montlieu-la-Garde : 18 000 fcs. dont 5 000 au 1er
- 1951, Grand Prix Le Fur : 50 000 fcs. dont 15 000 au 1er
- 1952, Montguyon : 60 000 fces dont 18 000 au 1er

 

En 1967, il y a 1500 F. de prix au Fouilloux (300, 250, 200…) et, partout des prix spéciaux pour les « 3 et 4 ». Des primes sont mises en jeu à tous les passages sur la ligne par un speaker. Au commencement, le rôle est tenu par Armand Gaujean, mais dès le début des années « 60 » apparaissent les « grands premiers rôles » : à Montlieu, Jean Francis en 1961 et, la même année, Jean Tamain à Saint Martin d’Ary, puis, Robert Monlong au Gibeau.

 

 

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 Venu de Corrèze, l'un des trois ou quatre grands speakers du cyclisme : Jean Tamain est à St. Martin d'Ary en 1963 et, sous le regard bienveillant de Gustave Le Fur, il interroge le regretté Claude Castel. 

 

 

C’est ici qu’interviennent les « seconds rôles » (ô combien importants !), des bénévoles dont l’une des figures les plus populaires semble avoir été Raymond Blut.

 

 

 

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Il n'y a pas de grand speaker sans de super collecteurs de primes. Son sourire  sur ce col blanc bien ouvert déjà se reflète sur le visage des spectateurs présents derrière la ganivelle et les pièces sonnent en tombant dans le seau de Raymond Blut.    

 

 

En 1967, 200 F. de primes sont assurés au départ par la commune. Mais, déjà à Montlieu en 1950, on offre 400 fcs. à tout coureur non-classé terminant dans la demi-heure suivant l’arrivée du premier.
Rapportées au salaire moyen d’un ouvrier dans ces années, les sommes distribuées sont alléchantes.

 

En cyclisme, la fin des années « 60 » est marquée par le changement voulu par le D.T.N. d’alors, le commandant Richard Marillier, qui obtient la suppression des « indépendants ». Le problème de la classification des coureurs s’est très vite posé dès le début des compétitions sur route. Plus qu’un problème de niveau (il y a déjà les catégories 1-2-3-4), il s’est agi d’abord du rapport à l’argent. Or, le cyclisme est très tôt un sport où les gains sont affichés et recherchés, alors que d’autres sports (et longtemps encore) se parent de la vertu de l’amateurisme. Théoriquement, le qualificatif de « professionnel » désigne le coureur qui gagne sa vie en participant à des courses cyclistes Mais, il y a une existence locale et sociale du cyclisme en régions grâce à l’organisation de courses qui constituent le moment diurne le plus important des fêtes.
Le soutien financier de cette organisation et son inscription sociale se lisent déjà dans l’intitulé de nombreuses courses : « Grand Prix des commerçants et artisans de… » ou « Grand Prix du commerce et de l’industrie… ». Les quatre courses étudiées étaient richement dotées, ce qui attirait les meilleurs coureurs de la région et, le plus souvent, donnait lieu à une lutte « sérieuse » entre les différents leaders et/ou les coalitions.

 

Le retour à un cyclisme « amateur » - outre le fait qu’il renouait avec une certaine hypocrisie et qu’un temps il ne proposait aucune solution à un « ex-pro » pour continuer à courir – était plus motivé par la coexistence (alors difficile) de deux cyclismes à l’échelle mondiale : celui des pays de l’Est et celui de l’Europe (personne – semble-t-il – n‘avait encore affirmé qu’elle était « vieille »).

 

Les quatre courses étudiées furent dès lors des « interrégionales J. S. amateurs toutes catégories ». Pure coïncidence, le R.O.C. (Royan Océan Club), club devenu « phare » sous l’impulsion de son dynamique secrétaire, Jacques Péraudeau (bientôt membre du bureau fédéral) devint l’organisateur de ces courses. Les changements introduits ne sont plus dans toutes les mémoires, mais qui se soucie aujourd’hui des conséquences à venir de la mondialisation du cyclisme et de la multiplication des « jeunes talents » ?

 

4 . le palmarès :

 

Rappelant dans l’Athlète du 1er novembre 1961 le « magnifique succès du IIème Grand Rallye des Vétérans » à Montlieu, Charles Bidon écrit : « un pays que nous aimons bien, cette Charente maritime où ce sport compte tant de supporters ». En fait, il convient de se centrer sur une sorte de losange, dont les sommets pourraient être Baignes-Chalais au Nord et, au Sud, La Clotte-Cercoux-Bédenac, que traverse la D.730 dans le « canton des trois monts » : Montendre, Montlieu, Montguyon. C’est un pays qui a connu l’éclosion voire l’accomplissement de quelques beaux talents. Citons-en quelques-uns : Philippe Decima-Roland Delaunay-Guy Epaud-Patrick Gagnier-Gérard Mauget-Christian Pailler-Jacky Villeneuve…

 

 

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Losange ou trapèze, peu importe, il n'y pas de frontières. Mais, un creuset de courses et de coureurs à une époque où les parcours sur la voie publique ne sont pas hyper-règlementés ou, bientôt, interdits.

 

Nous avons pu établir un palmarès presque complet de ces quatre épreuves entre 1946 et 1968. Un espace-temps qui correspond à la deuxième vie du journal « l’Athlète » (le premier numéro date de 1917 !), donc du lendemain de la Libération jusqu’à la cessation de sa parution après les décès de M.M. Bidon et Lemoine, et à la reprise de la publication par C. Ménard (cf. ici, l’histoire du journal « l’Athlète »). En mars 2021, nous avons acheté la collection à B. Peccabin (velodordogne.canalblog.com), disposant ainsi d’une source d’information considérable, pourtant fragilisée par l’absence de certains résultats, faute d’avoir été communiqués au journal.

 

 

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Source : "l'Athlète" de 1946 à 1968. De Bramard et Pras (1946) à Beuffeuil et Brux (1968), des trajectoires semblables entre indépendants et pros, parfois vainqueurs d'étapes sur le Tour, puis "revenus dans leur région" pour gagner leur vie.
 N.B. le tableau a été complété et rectifié grâce aux informations communiquées par A. Rattat (Quercycles). Il y a encore quelques cases vides.... à vos' bon coeur, M'sieuDames ! Merci d'avance !                             

 

 

La plupart des coureurs qui figurent dans ce palmarès constitue la trame du cyclisme régional. Six coureurs se détachent de ce lot de plus d’une centaine de concurrents. Maurice Bertrand, Michel Brux, André Delort, Robert Desbats, Michel Gonzalez et Jean Ricou. André Delort qui gagne 8 fois, originaire d’Andernos sur le bassin d’Arcachon, est presque devenu un enfant du pays. Entre lui et Jean Ricou se tend un fil entre l’huître du Bassin et l’huître de Marennes-Oléron pour esquisser la « traditionnelle confrontation entre Girondins et Charentais ». Cependant, la situation géographique de ces quatre épreuves n’empêche pas les victoires de représentants du sud de l’Aquitaine : Brux – R. Darrigade – Leduc.

 

 

 

 

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Les quatre courses étudiées (St. Martin d'Ary-Montguyon-Montlieu-Le Gibeau) font l'objet d'articles dans la presse et "l'Athlète" affiche souvent le résultat à la "Une". 

  

 

L’étendue temporelle retenue : 1946 – 1968 prend certes en compte quelques moments privilégiés, au cours desquels le cyclisme du sud-ouest est assez riche en routiers-sprinters, notamment les 3 « D » : Darrigade-Desbats-Dolhats. Tout ne se résume pas à une opposition entre Charentais et Bordelais. D’autres noms sont bien là : P. Beuffeuil, R. Delaunay, F. Delort, A. Dupré, A. Lesca, L. Rigon, J. Rinc o, D.Walryck. Une lecture plus approfondie des classements de chaque épreuve et la compréhension du profil du parcours de ces courses nous invite à une meilleure définition du « routier-sprinter ».
A une époque où la spécialisation n’est pas encore ce qu’elle est aujourd’hui, les qualités de force et de vitesse tout comme celles d’endurance et de résistance ne désignent pas forcément un coureur-type entre l’école de la piste bordelaise et celle des chevauchées vallonnées entre Charente et Double.

 

 

 

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Il y a eu El Gourch, dont les pédalées en côte étaient impressionnantes, mais, avant lui, il y a eu d'abord Mohamed Ben Brahim, dont le sourire et la gentillesse ont peut-être facilité l'intégration, mais qui était un sacré bon coureur. Ici, en 1963, vainqueur à Montguyon sous une pluie diluvienne.  

 


5. course cycliste et désertification des campagnes :


Au début des années 2000, après avoir été longtemps un spectateur assidu, j’ai entrepris de rédiger « Attention ! course cycliste – Histoire du Grand Prix de Lagorce-Laguirande (1922-2002) ». Le titre donné à cette recherche combinait volontairement l’intitulé du panneau obligatoire affiché sur la voiture qui précède la course et les signes annonciateurs d’un phénomène prévisible : la disparition progressive des courses de village.

 

Aujourd’hui, en 2021, il n’y a plus de course cycliste pour la fête annuelle à Laguirande. Déjà, dans cette recherche (publiée dans la « Revue historique et archéologique du Libournais et de la vallée de la Dordogne », n°277, 3ème trim. 2005), nous faisions état des statistiques fédérales publiées par la F.F.C. en 2003 : de 18 068 épreuves organisées en 1992 on passait à 12 710 en 2002, à quoi faisait écho les paroles de Patrick Vermeulen, président du comité d’Aquitaine de la F.F.C. : « Nous avons perdu 250 courses en 10 ans » (A.G. de Langon, 25/12/2004).

 

Quelques années auparavant, revenu à proximité de la ligne d’arrivée à Laguirande pour assister au dénouement de la course, j’avais subitement fait le constat que la moyenne d’âge des spectateurs rassemblés était peut-être supérieure à la soixantaine. La suite nous a confirmé ce pressentiment d’une disparition prochaine. Or, nous assistions à une fête de village dans un milieu rural, qui avait déjà - bien avant la seconde guerre mondiale – manifesté son enthousiasme pour le sport cycliste.

« Montguyon, fin de saison » ne se veut pas être une oraison funèbre. En effet, ce texte et cette enquête tentent de faire revivre quatre courses cyclistes dans leur contexte : la Haute-Saintonge au début de l’automne, la course cycliste le lundi dans quelques bourgs d’un milieu surtout rural et son rôle dans l’animation et la vie sociale du pays.
Charles Bidon écrit : « Quelle région – et réduisant même le cercle, dans quel secteur aux confins de la Gironde et des Charentes – pourrait se réclamer d’être plus sportive que celle dont l’agglomération La Garde-Montlieu est le centre ? » (« l’Athlète du 19/10/1933).

 

En 1961, l’organe du cyclisme dans le sud-ouest publie « les dernières images du Rallye concentration des vétérans-ancêtres organisé par l’Union Sportive Montlieunaise ». A nouveau, Ch. Bidon s’enflamme : « Au mois d’octobre, les grandes chaleurs sont passées, quelques pluies ont déjà rafraîchi l’atmosphère, les compétitions du cyclisme sont alors moins pénibles… tous les habitants des cités et villages environnants étaient là… (la course) est présidée avec distinction par M. Hemel, sous-préfet de Jonzac, qui eut à connaître cette année 84 organisations d’épreuves routières dans son arrondissement… (à Montlieu,le) distingué et compétent maire de la ville, M. Gaujean, l’un des commissaires d’ailleurs cette année du Tour de France ; de M. Moizant, président… de M. Gustave Le Fur, conseiller… (et la) fin de course extraordinaire, à 46 ans, de l’ex-champion Bramard (et enfin) un endroit d’une saveur toute particulière (…) la coquette piste de Montendre, lieu d’arrivée de la troisième étape où précédée des reines élégamment vêtues de blanc et qui avait pris place à bord d’une torpedo, les vétérans, après leur arrivée, défilent ».

 

 

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Tous les convives n'ont pas l'air de s'ennuyer . La Cène (cf. Léonard de Vinci, 1498), ici, célèbre l'un des tout derniers moments de la fête, après que la course cycliste ait réuni sur son parcours la plupart des habitants de la cité. 

 

Ce texte est étayé par un photomontage qui montre les convives, les tables et les bouteilles, où une assemblée joyeuse clôture la manifestation. Soixante ans plus tard, pouvons-nous sourire ou ironiser sur ces témoignages, qui font état d’une vie sociale paisible et d’une société réunie à l’occasion d’un événement sportif, lequel – à cette époque – fait coïncider saison-tradition-communion et exercices du corps dans une atmosphère de fête ?
Michel Pinaud – ex-commissaire FFC durant plusieurs années – nous a confié les feuilles d’émargement et le tableau du classement du Grand Prix de Saint Martin d’Ary en 2018.
Le vainqueur, cette année-là, s’appelle Langella Lilian. Depuis longtemps, le milieu cycliste est coutumier de la filiation père-fils et, bien sûr, nous la respectons.

 

Alors, « la vie continue », mais il y a de moins en moins de courses, la campagne se désertifie, la France s’est désindustrialisée… et (changement climatique oblige ?) les talents fleurissent de plus en plus tôt.

 

 

 

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Le Gibeau - " tout le monde descend !"

 

Mes remerciements vont à Christiane et André Delort pour leur contribution (Andernos, le 21/10/2021)

et

à Jean-Louis Rouzeau pour sa large contribution et l'organisation d'un rendez-vous à la mairie du Fouilloux, le 27 octobre 2021, en compagnie de Mme et M. Pinaud, Michel Maurice et Guy Epaud.



22/11/2021
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