Memovelo

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Gilles CANOUET

 

 

 

 "... comme le désir la mémoire ne s'arrête jamais. Elle apparie les morts aux vivants, les êtres réels aux imaginaires, le rêve à l'histoire. Tout s'effacera en une seconde. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire, de la bouche ouverte il ne sortira rien, ni je, ni moi..." (repris de Annie Ernaux, "Les années", 2008, dans le film d'Alex Lutz "Guy").

Annie Ernaux écrit : "Elles s'évanouiront toutes d'un seul coup comme l'ont fait les millions d'images qui étaient derrière les fronts des grands-parents morts il y a un demi-siècle, des parents morts eux aussi. Des images où l'on figurait en gamine au milieu d'autres êtres déjà disparus avant qu'on soit né, de même que dans notre mémoire sont présents nos enfants petits à côté de nos parents et de nos camarades d'école. Et l'on sera un jour dans le souvenir de nos enfants au milieu de petits-enfants et de gens qui ne sont pas encore nés."

 

 

 

 

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 2003 : Après deux très belles saisons (2000 et 2001), Gilles Canouet, bien que déçu de n'avoir pas trouvé une place chez les "pros", a été embauché par M. Jean Floc'h dans son équipe de D.N.1

 

 

 

Pourquoi s’intéresser à Gilles Canouet dans cet espace nommé « memovelo », lequel – au commencement – se focalisait sur les courses et les coureurs des années 1950 et 1960 ? Y aurait-il un lien entre Jiel-Laval (5ème de Bordeaux-Paris et 2ème de Paris-Brest-Paris en 1891), mort en 1917, et Gilles Canouet (vainqueur de la Route Tourangelle en 2006), né en 1976 ?

Gilles Zech (né en 1971), qui fut un des premiers « jeunes » à intégrer la liste (non-exhaustive) des coureurs régionaux dressée par « memovelo », s’inquiétait alors de savoir si son tour ne venait pas trop tôt. Mais, il y a bien d’autres raisons pour lesquelles un « passionné de vélo » cherche à connaître un coureur en particulier.
Avec ces garçons (Zech, Canouet), on commence à avoir à faire avec des coureurs qui viennent au cyclisme de compétition par la voie d’une fédération affinitaire, parce que, le dimanche, ils suivent leur père (qui court encore) sur les courses.
Des garçons qui ont une scolarité normale avec quelques diplômes, qui sont déjà entrés dans une autre existence (métier, famille) et qui témoignent à propos de quelques situations que le temps (ou les réformes... ?) n’a pas vraiment changées : avec quel club pouvoir participer à de « grandes courses » ? quand faut-il passer « pro » ? comment envisager l’ « après-coureur cycliste » ?
Surtout, si le « passionné de vélo » a lui-même un fils de cet âge et qu’il est tenté de reprendre à son compte cette formule de Pascal Labadie (rencontré sur le compte « facebook » de G. Canouet) : « Vous y comprendrez comment et pourquoi je voulais être mais ne suis pas devenu un champion ». Cette formule est à rapporter à un spectacle, dont Pascal Labadie est l’auteur-acteur : « Messieurs les coureurs », montré par la « Compagnie des kilomètres de vie en rose ».

 

 

Le Grand Prix de Lagorce-Laguirande 2000

 

 

Le 3 avril 2000 a lieu le Grand Prix cycliste de Lagorce-Laguirande, comme chaque année, le lundi des Rameaux. Personne (ou presque) ne le sait déjà, mais, en ce début de XXI ème siècle, c’est la dernière fois que cette « grande course » a lieu sur le circuit traditionnel (Arthus puis Dizet). Et, un peu plus de dix ans plus tard, la course n’existera plus (voir dans « memovelo » : « histoire des courses »).
Ainsi que l’énonce fort justement Alain Douaud dans « sud-ouest » : « Avec Gilles Canouet, l’édition 2000 ne dérogera pas à la règle (…) depuis 1936, la Grand Prix de Laguirande s’est le plus souvent donné des vainqueurs de qualité ».
Nous sommes alors dans cette période où le Cyclo Club Marmandais est encore le club phare de l’Aquitaine. Un passé relativement récent permet d’aligner depuis 1974 et Francis Castaing, une belle brochette de champions : Bernard Pineau, Michel Fedrigo, Armand de Las Cuevas, Anthony Langella (entre autres…). En 1998, Alain Lagière, un autre porteur du maillot jaune et noir a, lui aussi, gagné cette course, comme avant lui : Ronc (1983), Marino Verardo (1984 et 1988), Prioleau (1986).
Lors de cette 54ème édition, Gilles Canouet s’est détaché d’un groupe d’échappés dans l’avant-dernière ascension de la côte de Dizet et a fini en solitaire. Témoin de son exploit, j’observe (de loin) le jeune homme (24 ans) et visionne son environnement familial. A ce moment, j’ignore que son début de saison a été très bon : victoires au Prix Pinel à Montastruc, au Tour d’Emeraude, 3ème au circuit des Lacs à Hossegor… nous ne sommes qu’au début avril. Cependant, ayant grandi à l’écoute des palabres sous le béret que tiennent les « autochtones de la campagne du nord-Libournais », je me surprends en la circonstance à évaluer la probabilité de « passer pro » pour ce nouvel élu. Comme avant lui, dans ces mêmes lieux, Fernand Delort ou Michel Larpe, par exemple.

 

 

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 Début de la saison 2000 : Gilles s'impose dans la grande course d'ouverture, le Prix Pinel à Montastruc, devant Sobinski et Marcoux.

 

Les années 2000 et 2001 seront les meilleurs pour Gilles Canouet, mais il ne deviendra coureur cycliste professionnel que plus tard, en 2005.

 

 

Initiation

 

 

Gilles Canouet est né le 20 jnvier 1976 à Rueil-Malmaison. Ses parents, Lucien et Marie-Thérèse, qui sont du même village, Caudecoste (47), montent tous les deux à Paris après le concours des P.T.T. Lucien Canouet, longtemps licencié à l’Avenir Cycliste de Bon-Encontre – il a été « indé » 1ère catégorie – continue à courir en région parisienne.

 

 

 

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 Fils de coureur  cycliste : Lucien Canouet, le père de Gilles a été "indé" 1ère catégorie.

 


La question sur « l’école de cyclisme », Gilles l’écarte et raconte : « mon père a construit la maison de telle sorte que… » et « j’ai toujours fait du vélo, avec le cuissard, le maillot… ». C’est ainsi que tout a commencé. « Mon père ne m’a jamais demandé si je voulais… » et, d’ailleurs, « moi non plus… ». Selon Gilles, tout s’est passé comme s’il était « inconcevable qu’il en soit autrement ».
Puis, il montre cette photo où on le voit, encore très jeune (6/7 ans), juché sur un magnifique vélo de course. Son commentaire, il l’intitule : « Miracle sur la R.N. 113 ». En traversant cette voie à grande circulation, il se fait renverser et le beau vélo est cassé en deux. « Je suis resté une journée sans marcher et je n’arrêtais pas de pleurer ».

 

 

 

 

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 Le premier vélo de course : qu'il était beau le vélo du petit Gilles avant l'accident sur la 113 !

 

 


A l’entrée en classe de sixième au collège de Bon-Encontre, les parents qui trouvent leur fils timide et introverti (il a un an d’avance dans sa scolarité) l’inscrivent au Judo Club de Boé.
Mais, à 14 ans, il commence les courses de vélo, en Ufolep, « comme papa ». Et, à 15 ans, il remporte le titre national chez les cadets.

 

 

1ère licence F.F.C. : Junior au Guidon Agenais (1993-1995)

 

 

L’histoire du cyclisme en Lot-et-Garonne peut se dessiner comme l’on fait le profil d’une étape du Tour de France. Sans vouloir faire injure aux autres acteurs – et ils sont nombreux – il est possible d’isoler trois sommets. Un peu comme sont figurés les cols dans le profil d’une étape, ils correspondent à ces trois moments :


1 – les débuts, précoces, du temps où « la route n’a pas encore rattrapé la piste » (S. Laget, 2002). A ces débuts, s’attachent deux figures de champions : Paul Bourillon (champion du monde de vitesse en 1896) et Paul Dangla (recordman de l’heure derrière moto, décédé en Allemagne en 1904), soit un Marmandais et un Agenais.
2 – l’une des premières sociétés cyclistes en France : le Sport Vélocipédique Agenais, fondé en 1877 (donc avant l’existence de l’U.V.F. en 1881), qui devient le Guidon Agenais en 1945, lequel est le club-phare de l’Aquitaine dans les années 1950.
3 – à partir des années 1970, le Cyclo Club Marmandais devient à son tour le porte-drapeau du cyclisme lot-et-garonnais, mais aussi aquitain.


A ces trois moments-clés du cyclisme dans le département 47, il faudrait, évidemment, faire correspondre quelques noms de coureurs qui iraient de : Roger Durand à Pierre Barrière, d’Henri Prouzet à André Lesca, des frères Pineau aux frères Bianco ou encore de Mario Ragagnin à Settino Perrin. Cette dernière lignée permet d’évoquer, ici, l’importance du rôle joué dans cette pratique sportive par l’immigration italienne, ainsi que le note fort justement Bernard Peccabin dans sa majestueuse « Odyssée du Guidon Agenais » : « …des jeunes issus de couples de métayers originaires pour la plupart de Vénétie et du Frioul ».
En 1955, alors que Roger Durand gagne une nouvelle fois le circuit de la Chalosse et qu’André Lesca remporte un deuxième titre de champion de France des « indés » (succédant ainsi à Jacques Bianco), il y a parmi les licenciés du Guidon Agenais un certain Jean Canouet.
Voici qu’en 1993, c’est au tour de Gilles Canouet de signer sa première licence F.F.C. en junior au Guidon Agenais. Cette année-là (junior 1), Gilles gagne à Lannes (47) en 3ème catégorie. En 1994, sa mémoire retient surtout son titre de champion d’Aquitaine junior sur route et la deuxième place avec l’équipe d’Aquitaine sur le podium de la poursuite olympique, acquise derrière l’Orléanais en 4’29’’450 sur la piste du Stadium à Bordeaux en compagnie de Bordin, Ducloux et Garineau. Dans « Vélo Magazine » (n°304, nov.1994), un classement national des juniors fait figurer Gilles Canouet à la 44ème place (les trois premiers sont L. Lefèvre, G. Auger et F. Brard).
En 1995, il monte en 2ème catégorie après « 4 victoires en 3ème ». Il se souvient avoir gagné à Saint-Romain-le-Noble (là où il habite), où son père et « un certain Louis Ocana » ont gagné quelques années auparavant. Il termine 3ème du championnat d’Aquitaine espoirs.
Elève au lycée Jean Baptiste de Paudre à Agen, Gilles a obtenu un B.T.S. Electrotechnique. En 1996, il poursuit ses études à l’université Bordeaux 1 et obtient une licence « Electrotechnique Electronique Automatique » (E.E.A.). Pour cette raison, il signe au CAM de Bordeaux qui est alors un club de D.N. 3. De cette saison, Gilles se souvient juste de sa victoire dans le Tour du Médoc.

 

 

Les années « Marmande » (1997-2002)

 

 

Le CAM de Bordeaux perd sa place en DN 3 pour la saison 1997, « victime des modes d’attribution des subventions », lit-on dans « Vélo-Magazine ». Ceci entraîne le retrait du sponsor « Iveco ». Alors, Gilles Canouet signe au Cyclo Club Marmandais, club auquel le président Marchi, « ambitieux et compétent », a donné un nouvel élan depuis 1972, au point d’en faire bientôt le premier club du sud-ouest.
Christian Terrier, dans un article du «Petit Bleu » intitulé « Le porte-drapeau », après avoir rappelé la date de création du club (1923) et les glorieux antécédents de Paul Bourrillon d’abord puis des Ragagnin (Dominique et son fils Mario), de Nadaï, Lafargue et autres Covre ou Manfé, semble faire démarrer la période plus contemporaine avec Francis Castaing, lequel est incontestablement l’une des premières gloires des «jaune et noir ». Cependant, il convient ici de citer Michel Fedrigo (le père de Pierrick), lequel – après quelques hésitations miramontaises et/ou tonneinquaises – est le meilleur coureur du sud-ouest dans les années 1970. Et, si Francis Castaing passe « pro » en 1980, c’est un peu sous la férule de maître Claude Magni, revenu au CC Marmande après son aventure chez les « pros » (1973-76). Une photo (présentée ici dans l’article consacré à M. Fedrigo) montre une belle rangée de champions du CC Marmande avec leur entraîneur de ces années-là, Victor Caneiro. On y reconnaît : A. Bernard, Marino Verardo, Bernard Pineau, C. Magni, A. de las Cuevas, M. Fedrigo… Cela avant l’un des derniers fleurons de la réussite du CC Marmande : Anthony Langella, qui passe «pro » en 1997.

C’est dans cette « ruche où certains naissent et où d’autres s’envolent » que Gilles Canouet entre en 1997, justement. Il a 21 ans et le « classement national des Espoirs », qui consacre : 1. G. Auger 2. F. Brard, lui donne la 47ème place…
Dans le Tour de la Dordogne remporté par Denis Leproux, Gilles gagne une étape. Il remporte aussi le Prix de Bujaleuf devant Pozak et Herminet et, surtout, le Tour du canton de Mareuil-Verteillac (2. Renaud (Loire Atlantique), 3. S. Larrère (Landes)).

En 1998, alors que chez les Espoirs s’affirment au plan national Florent Brard, Gaël Moreau et Franck Pencolé, Gilles classé 16ème en juillet se voit dépassé par un certain Pierrick Fedrigo. Cependant, il gagne le Tour du canton de Gémozac en déjouant « les pièges de l’équipe région Poitou-Charentes » (J.P. Bigeon) et, aussi, le Tour du Haut-Béarn (devant 2. P. Fedrigo 3. S. Chavanel .. !), dont il remporte la 1ère étape et termine deux fois 2ème dans les deux autres.
Aux championnats de France Espoirs, Gilles se classe 9ème du contre-la-montre remporté par F. Brard et, sur la route, 4ème d’une course remportée par Stéphane Cougé devant F. Brard et L. Martin.
Au classement « Elite » publié par « Vélo-Magazine », G. Canouet figure avec le n°223 en compagnie d’autres Aquitains : Philippe Bordenave, Armand de las Cuevas, Sébastien Dulucq, Christophe Dupèbe, Pierrick Fedrigo, Alain Lagière et Anthony Langella. Dans cette publication on peut lire : « Gilles Canouet (CC Marmande) qui figure à 22 ans parmi les tout meilleurs Espoirs français est un exemple dans un autre domaine, puisqu’il a le niveau « électronique électrotechnique automatique ».

En 1999, alors que « l’UCI rassemble 20 nations et 152 « pros », Sylvain Chavanel, qui a vingt ans, est annoncé comme stagiaire chez « Madiot ». Le 16 mai, le « Souvenir Claude Magni » à Langon donne le classement suivant : 1. P. Fedrigo, 156 km en 3h 38’ 2. Reimherr à 10’’ 3. G. Canouet à 49’’… Mais, la veille, on a enregistré « le retour victorieux de Canouet au Grand Prix de St. Seurin/l’Isle (2. G. Dubois 3. Lagière 4. Dedieu 5. Grechi), lequel « n’avait rien gagné depuis le Tour du Haut-Béarn, fin août 1998 (…), mais  il avait – quand même – fini 2ème du G. Px. d’Antibes et 5ème à Peymeinade avec le Bataillon de Joinville, avec l’équipe duquel il participe aux Jeux mondiaux militaires en Croatie. Le 25 septembre, il remporte le 38ème Prix de la municipalité de St. Astier devant Dulucq. Le classement national qui place aux trois premières places : 1. J.C. Robin 2. S. Heulot 3. C. Moreau, attribue la 61ème place à Langella, la 133ème à P. Fedrigo et la 194ème à G. Canouet.

L’année 2000 commence avec « les courses au soleil », début février. Gilles se classe 3ème de la « Ronde des Pyrénées » (1. Delalande 2. Marcoux). Suit « l’Essor Basque » où Gilles se classe encore 3ème du Circuit de la Nive à Cambo-les-Bains (1. Petilleau 2. Delalande) et, le 27 février, à Montastruc, G. Canouet gagne le Prix Pinel devant Sobinski et Marcoux. Une semaine plus tard, à Plancoët, il remporte le Tour d’Emeraude devant un Irlandais, Duff et Plouhinec. En avril, il est vainqueur du G. Px. de Coux-et-Bigarroque (2. Bellicaud 3. Kaszuba) et il termine 3ème du « Loire Atlantique Classic » à Basse Goulaine (1. Delalande 2. Mallet). En mai, au Tour de la Corrèze (1. F. Champeymont), il gagne la 3ème étape.

 

 

 

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A Saint-André de Cubzac, il devient champion d’Aquitaine sur route, devant J. Roy et P. Peyencet, tous les deux du CC Périgueux. Puis, il remporte le Tour de la Dordogne en juillet.

 

 

 

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 Quand le champion d'Aquitaine gagne aussi bien le Tour d'Emeraude que celui de Dordogne...

 

 

Fin août, dans le Tour du Limousin (1. F. Bouyer) il prend la 27ème place du classement général. En septembre, dans une équipe de France composée de : Auroux-Chotard-Jeune-Mary-Testa et lui-même, il participe au Tour de l’Avenir. L’épreuve est gagnée par le Colombien I. Florès devant D. Moncoutié, Gilles Canouet termine 48ème. Ensuite, à Marmande, il prend la 3ème place du G. Px. de la Tomate derrière : 1. Vanacker (LUX. Dinan) et Krivstov (UKR, Nantes).
Le classement national F.F.C . des « Elite 2 » établit :
1. D. Mac Cann (IRL, Perpignan) 2. F. Delalande (Jean Floc’h) 3. Pétilleau (Jean Floc’h) et… 10. G. Canouet (CC Marmande).

En 2001, Gilles, 25 ans depuis le 20 janvier, commence la saison en Roussillon et gagne la « Ronde des Pyrénées » devant Leblacher (B.J.) et Kocianski (CR4C Roanne). Une semaine plus tard, à Cambo, il remporte aussi le Circuit de la Nive (2. Judas (Jean Floc’h) 3. Dupouey (GSC Blagnac). Début avril, il termine « en solitaire » (Douaud) le G. Px. de Lagorce-Lagjuirande, laissant son second B. Guerry à 25’’, 3. Kaszuba. Fin mai-début juin, il remporte le Tour de Gironde (2. C. Laurent 3. D. Kluck), dont il gagne une étape. Le 30 juin, à Argenton/Creuse, pour le championnat de France Elite sur route, échappé, il est repris à proximité de l’arrivée et se classe finalement 5ème d’une course enlevée par Nicolas André (CC Etupes) devant Lejeune (CR4C Roanne) et Lavergne (AVC Aix-en-Provence).
Pendant l’été, bien qu’il ne soit pas un « habitué de ce genre de course », profitant d’un « coup de pédale plutôt véloce », il gagne coup sur coup les nocturnes d’Agen et de Bruch.
Au Tour des Landes (1. A. Gagala (POL.), il remporte la dernière étape. Début septembre, il est le vainqueur du G. Px. de la Palombe entre Abos et Iraty.

En janvier 2002, le retrait d’Ernest Marchi (président depuis 30 ans du CC Marmande) de la tête d’un club « qu’il a conduit (…) jusqu’au plus haut niveau national » est officialisé (A. Douaud, « Cyclisme » n°1338 du 11 janvier). Le haut niveau amateur est devenu trop coûteux : « Nous sommes en deuxième division et nous pouvons seulement prétendre y rester »(E. Marchi). Ce constat réaliste s’accompagne d’un trait d’amertume. Ainsi, la « poutre maîtresse » du CCM confie : « Je ne comprends pas comment aucun directeur sportif n’a proposé la même chose (réf. à Magni, de las Cuevas, Langella et P. Fedrigo) à Gilles Canouet après les deux saisons qu’il vient de réussir ».
Une première grande déception pour Gilles (« J’ai pris un coup au moral et j’ai coupé beaucoup plus longtemps que d’habitude ») dont le retentissement n’est pas étranger aux pépins qui surviennent alors : fracture du métatarse en janvier, puis trois côtes cassées dans une chute lors du Tour du Blayais. Et, G. Canouet ajoute : « en plus le CC Marmande venait de changer de président et le nouveau bureau avait décidé de ne plus payer les « primes de victoire ». Je n’ai donc pas gagné de course cette année-là ! ». A ceci près que, le 4 août, il gagne à Creyssac devant Stéphane Reimherr.
Mais, la déception de Gilles de n’avoir reçu aucune proposition pour passer dans les rangs professionnels, s’exprime encore crûment. En particulier, quand il raconte son coup de fil à l’un des directeurs sportifs français (encore en activité aujourd’hui), dont il savait – pour avoir fait passer un C.V. par un mécano – qu’il devait être informé. La réponse qui lui est faite alors (« Jeune homme, il faut d’abord gagner des courses ! ») laisse Gilles encore désabusé. Les propos qu’il tient à ce sujet nous rappellent ceux tenus en son temps par Roger Legeay : « Je n’ai jamais été dupe là-dessus. Les gens ont fini par croire que ça n’allait jamais s’arrêter en oubliant que nous avons vécu un truc complétement aléatoire ».

 

 

 

 

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 Serge, le "petit frère" (1,88 m..!):  Quand il parle de son frère, Serge (de 5 ans plus jeune), une ombre glisse sur le visage de Gilles. A 20 ans, Serge Canouet a gagné une épreuve de D.N.2 à Remiremont et, aussi, Paris-Mantes... sans attirer l'attention plus que cela...

 

 


Plus de 100 ans après le début des compétitions cyclistes sur la route, malgré de nombreuses réformes, la coupure entre un monde dit « amateur » (qui s’amuse en quelque sorte) et un autre qualifié de «professionnel » (plus sérieux ?) reste largement ouverte, comme si la destinée de jeunes gens qui ont grandi ensemble se fracturait soudain pour des raisons aussi mystérieuses qu’imprévisibles. Il y a, ici, quelque chose qui échappe au rationnel et que l’emprunt aux méthodes du football professionnel (détection précoce, enrôlement dès le plus jeune âge) ne peut résoudre tant le cyclisme conjugue sur une durée assez longue chance, mérite et capacités.

 

 

« Jean Floc’h » et « Agritubel », marchepieds vers le professionnalisme ?

 

 

Après une année 2002 décevante pour toutes les raisons énoncées (…ne pas être passé « pro », chutes, perte de motivation…), Gilles Canouet intègre une équipe « continentale » avant l’heure : Jean Floc’h – Moreac 56.
Début juillet 2002, G. Canouet est parti à la recherche d’une nouvelle équipe. « M. Jean Floch a été le plus réactif et le plus intérsssé… Il m’a appelé de suite après avoir lu mon courrier et avant même d’en avoir parlé avec son directeur sportif ».
Jean Floc’h (1938-2007), industriel breton, parti de presque rien, a créé un groupe agro-alimentaire, spécialisé dans la production et le conditionnement de viande de porc et de charcuterie. Mais, depuis son plus jeune âge, c’est un passionné de vélo. En 1994, il fonde une première équipe de cyclisme : Bernard Sport. Au-delà de l’aspect de publicité extra-sportive, le groupe « Jean Floc’h – Moreac 56 » est exemplaire du cyclisme breton et d’une « philosophie » qui s’appuie sur « le pouvoir unificateur du sport » et sur le rôle joué dans la diffusion d’une « identité régionale » (ainsi le F.C. Lorient et, peut-être, aujourd’hui, « Arkéa-Sansic»).
Pour la saison 2003, Gilles se retrouve en compagnie de : Cantero, Delalande, Duret, Gicquel, Judas, Lecrosnier, Michot, Mondory L., Nari, Presse, Rault D., Thibaut, Urbain, Vaillant PB. et Vaillant JB. Le directeur sportif est Philippe Dalibard.
Après un début de saison du côté du pays basque (3ème des Boucles de la Soule, 9ème de l’étape Ciboure-Ibardin du criterium des Espoirs), on le retrouve 9ème au Mont Pujols, gagné par Estadieu. Enfin, au début du mois de mars, Gilles Canouet gagne le Tour du canton de Champagnac de Belair devant Asmaker. Alain Douaud écrit : « à 27 ans (…) avec une seule victoire (Creyssac) l’an dernier, le goût de pédaler il l’a retrouvé quand il a intégré la formation « Jean Floc’h », un véritable petit groupe sportif qui évolue en D.N. 1 ».
3ème du championnat de Bretagne, disputé à Plérin, Gilles remporte, sous ce nouveau maillot, un beau succès dans le Trophée Jean-Jacques Quéré disputé entre Cléder et Santec (29) devant Frédéric Delalande (J.Floc’h) et Mathieu Claude (Vendée U). En septembre, il se classe encore 7ème des Boucles Allassacoises, gagnées par Olivier Asmaker.

 

 

 

La saison 2004, Gilles C. la fait sous le maillot d’« Agritubel – Loudun 86 » qui est, comme l’équipe précédente, une équipe de D.N.1. Gilles explique : « à la fin de la saison chez Jean Floc'h, la FFC mettant en place des quotas pour la coupe de France en limitant le nombre de coureurs de 25 ans dans les divisions nationales, l’équipe Jean Floc'h devait libérer un « vieux ». Etant le dernier arrivé et non-breton, c’est léquipe Jean Floc'h qui a fait la démarche pour me recaser dans une autre équipe ».
La marque « Agritubel » désigne du matériel d’élevage pour les bovins. Et, comme dans la situation précédente (Jean Floc’h), l’équipe repose sur la passion d’un homme, à la fois chef d’entreprise et passionné de cyclisme : José Fornes.
Dispensé de Coupe de France, le 11 avril, Gilles gagne le 57èeme circuit des vins du Blayais : 1er, les 160 km en 3h 53’ 18’’ 2. Mandri m.t. 3. Bonnace à 1’40’’ 4. Lacourt 5. Kudashev. Le lendemain, lors du « Mont Pujols », Canouet fait les neuf derniers kilomètres, seul dans le vent défavorable, pour l’emporter (116 km. En 2h 48’ 23’’) devant Costedoat et Meneiro.

 

 

 

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Arrivée de la 1ère étape du Tour de la Dordogne 2004 : 1. Gilles Canouet 2. Denis Robin 3.Stéphane Bonsergent


En juin, il devient champion du Poitou après avoir lancé le sprint de loin. C’est son 4ème succès après le gain d’une étape lors du Tour de Franche-Comté. A côté de cela, il collectionne de nombreuses places d’honneur :
2ème d’une étape du Tour de Tarn-et-Garonne
2ème du tour du canton d’Hautefort
2ème du classement final du Tour de la Dordogne
2ème d’une étape du Tour de la Dordogne
2ème d’une étape du Tour des Deux-Sèvres
3ème du classement final du Tour du Nord Isère
4ème d’une étape des Boucles de la Mayenne
4ème d’une étape des 3 jours de Cherbourg
6ème d’une étape du Tour de Tarn-et-Garonne
7ème d’une étape du Tour des Landes
8ème du classement final du Tour de Tarn-et-Garonne
9ème du souvenir Jean Masse
9ème du classement final des Boucles de la Mayenne

La classification des coureurs pour 2005 retient en « Elite » 12 coureurs pour l’Aquitaine (1. Reimherr 2. Mespoulède 3. Huguet) et 23 en Poitou-Charentes dont (outre G. Canouet) : Belgy, Bellicaud, Coutouly, J.C. Currit, R. Feillu, L. Herbreteau, A. Labbe, Mainguenaud, C. Naïbo, D. Robin, entre autres…


Coureur cycliste professionnel, deux ans (2005-2006)


A 29 ans, Gilles Canouet devient coureur cycliste professionnel dans l’équipe dénommée : « Agritubel ». Soit une vingtaine de coureurs sous la direction d’E. Hubert et D. Leproux : Agnolutto – Balciaunas – Baranauskas – Bergès – Brard – Buffaz – C. Laurent – D. Robin – B. Salmon et un stagiaire nommé Romain Feillu.

 

 

 

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 Le directeur sportif  (E. Hubert, aujourd'hui manager de "Arkéa-Samsic") et ses deux "poulains" : G. Canouet (à gauche) et D. Robin (à droite)

 

 


Le 6 mars, dans les « Monts du Lubéron » (Pertuis-Pertuis), Gilles Canouet émarge à la 3ème place derrière : 1. F. Brard 2. C. Coutouly et, quelques jours plus tard, il participe au Tour méditerranéen (5 étapes) remporté au final par Jens Voigt, qu’il termine à la 77ème place sur 119 classés. Une semaine après, il gagne sa première course chez les « pros », la « Route Tourangelle » devant : 2. Julien Belgy 3. Tim Cassidy (Irl).

 

 

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 "La Route Tourangelle" que Gilles remporte en 2005 est la grande course en région Centre au palmarès de la quelle Gilles figure en compagnie de quelques Russes et Ukrainiens, mais aussi V Veilleux, Delage, Tulik, Manzin, Dassonville, Sarreau...

 

 

 

A la fin du mois de mars, il est présent au Tour de Normandie (1. Reus, Holl.) où il se classe 11ème au final, après avoir pris la 3ème place dans l’étape qui arrive à Avranches. Début avril, il se classe 8ème du Grand Prix de Rennes (1. Ludovic Turpin).
De bons débuts, malgré un abandon dans le Tour du Haut-Var (1. P. Gilbert) et, aussi, dans le « Het Volk » où il a, malgré tout, découvert avec joie les pavés lors de « sa » première classique belge.
Dans une interview accordée au «Petit Bleu»(2006), il avoue avoir souffert lors d’une « série de courses enchaînées au mois d’août » (cependant, il gagne aussi une épreuve de la mi-août bretonne, à Plérin). Il a eu « vraiment du mal à (se) remettre dans le bain. Trois ou quatre compétitions en suivant, la grosse chaleur : pas beaucoup de temps pour récupérer. Ma tête a un peu lâché et je suis passé à côté de ma fin de saison ».
Le même article fournit d’autres informations : « sur quatre-vingt jours de course, on ne s’amuse que cinq ou six fois ». Ce qui surprend chez les « pros », c’est la vitesse : « même à l’entraînement derrière une mobylette, je n’arrive pas à rouler aussi vite que quand on est dans le paquet ». Et, il faut « trois ou quatre ans pour se montrer au devant des pelotons ».

 

 

 

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 la deuxième victoire de G. Canouet, professionnel, à Plérin lors de la mi-aoput bretonne 2005.

 

 

 

2006 :

 

Le tableau des résultats obtenus par Gilles au cours de cette saison 2006 dessine l’activité du vrai professionnel qu’il est devenu :
Après les « Monts du Luberon » (1. Mandri) où il est classé 55ème, Gilles obtient une bonne 14ème place dans « Kuurne-Bruxelles-Kuurne » (1. Nick Nuyens). Pour sa deuxième participation à Paris-Roubaix (1. Tom Boonen), il termine à la 101ème place.
Retour dans le cadre d’épreuves plutôt nationales, il est :
- 77ème du Grand Prix de Rennes (1.R. Grillo)
- 54ème de Paris-Camenbert (1. A. Geslin)
- 15ème du G. Px. Cristal Energie (1. C. Torrent)
- 9ème de la Polymultipliée-Trophée des grimpeurs (1. D. Rous)
Plus avant dans la saison, il termine :
- 7ème du Tour du Limousin (1.L. Duque 2. P. Fedrigo), 4ème de la 1ère étape,
- 71ème de Paris-Corrèze (1. D. Rous)
- 70ème du Tour du Poitou-Charentes (1. S. Chavanel)

Gilles Canouet avait commencé la saison au Tour du Quatar (108ème au final d’une épreuve gagnée par Tom Boonen devant Erik Zabel) et il la termine au Mexique lors de la Vuelta Chihuahua (dont il est 2ème de la première étape, 5ème de la deuxième et 7ème de la dernière, 9ème au classement final (1. Perez-Romero).
A son retour, « tout lui tombe sur la tête » : coup sur coup, il apprend qu’il n’a plus de contrat avec Agritubel, son divorce avec Marie-José, la sœur de son copain Jean Mella et, surtout, la prise en charge de Margot, leur petit fille née en 2004, dont la maladie, dite « maladie indéterminée de la substance blanche avec micro-céphalie », est une maladie rare, orpheline et congénitale. Gilles énonce clairement : « Nous avons fait comme tous les parents d’enfants handicapés, nous avons mis du temps avant d’en prendre réellement conscience ».

 

 

 

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 Gilles et Margot.

 

 

 

La suite : quelle suite ?

 

 

 

« Quand on est coureur, on ne pense qu’au vélo » dit Gilles, mais quand « ce n’est pas loin d’être terminé », comment y penser sereinement ?
En 2007, Gilles Canouet, la trentaine passée, voit s’avancer « la vraie vie active ».
La brutalité des événements qui, à la fin de la saison 2006, l’amènent à « faire face à une nécessité », lui font éprouver le « besoin de tourner la page ». Mais, cela ne se fait pas comme ça, d’un coup de baguette magique. « Il a fallu faire face et mettre en place la prise en charge de Margot (…), j’ai donc rempilé chez les amateurs à Montauban ».

 

 

 

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 Fin de carrière : à 36 ans, Gilles Canouet court sous le maillot de Montauban.

 

 

 


En 2007 et 2008, Gilles cueille encore quelques bouquets comme ces « Boucles de printemps » (Tour du canton de Gémozac et Tour du canton de Pons). Mais, une chute lors du Tour de Gironde 2007 lui occasionne la fracture d’une vertèbre. Il s’en suit trois mois d’arrêt et le port d’un corset rigide.
En 2008, pour ne pas « s’arrêter sur une chute », il recourt et gagne le Tour du Fumelois-Lemance (2. Loïc Desriac 3. Sébastien Morvan 4. Mickaël Szkolnik 5. Grezgorz Kwiatkowski).
Cependant, il arrête sa saison en juin : « je n’y étais pas du tout ».
Il s’en suit une coupure d’un peu plus de trois ans. Soudain, « j’avais besoin d’être très loin du vélo ». Le garçon, qui avait fait de bonnes études en électrotechnique et qui avait, ensuite, passé son Brevet d’état d’éducateur sportif des activités du cyclisme (BEESAC), se dirige vers le « milieu du handicap » et celui des maisons de retraite. Successivement, il sera « Aide Médico-Psychologique » (A.M.P., il a obtenu le diplôme d’état à l’AFIP d’Agen) puis « Assistant de soins en gérontologie ». Cela peut (peut-être) se comprendre en observant sa situation (une enfant handicapée à charge, une grande sœur, Fabienne, elle-même A.M.P.). Gilles ajoute : « c’était la découverte du monde du Handicap mais cette fois-ci pas du côté des parents. Ce fut aussi un vrai travail sur soi-même et la rencontre avec un autre milieu très loin du cyclisme » (…) « j’ai bossé dans le milieu du handicap et dans les maisons de retraite. Les maisons de retraite, c’est des conditions de travail impossible. Le vélo à côté, c’était facile ». Mais, « 7 ans d’expérience riche de rencontres avec des personnes géniales dont la vie se terminait ».

 

 

C.T.D. du 47

 

 

En 2012, Gilles Canouet, toujours licencié à l’U.S. Montauban entame une dernière saison qu’il arrête après le Tour de Gironde à la fin mai. Voici les quelques résultats que nous avons pu relever et qui attestent – s’il le fallait encore – de la valeur de ce coureur « amateur » de 36 ans :
. le 3/3 : St. Pierre de Mons – Mazères = 9ème (1. Malbert M.)
. le 18/3 : Sainte Livrade = 18ème (1. Patanchon)
. le 9/4 : le Mont Pujols = 4ème (1. Fraissignes)
. le 1/5 : Saint Astier, Prix du Muguet = 1er (2. Bentz 3. Laborde)
. le 7/5 : Périgueux, quartier Saint- Georges = 3ème (1. Dhinnin)
. le 19/5 : 6ème Tour du Gabardan : 1er (2. Morvan 3. Fritschmann)
. 26-28/5 : Tour de Gironde : 5ème (1. Van der Lijke HOL.), 4ème de la 1ère étape à Cenon.

 

 

 

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 Dernière victoire : le Tour du Gabardan, le 19/5/ 2012.

 

 

 

 

Dans une interview menée par le vice-président du 47, Alex Lesca, publiée dans le journal Cyclisme n°1837 du 23/3/2018, Gilles est amené à répondre à la question suivante : « C.T.D. : opportunité ou souhait prioritaire de rester dans le milieu du cyclisme… ? » La réponse fuse : « opportunité ! »
En réalité, cela est sans doute plus complexe qu’il n’y paraît. Auparavant, Gilles avait bien expliqué : « Quand j’ai fini par passer « pro », ce n’était plus un rêve mais c’était une reconnaissance » et il ajoutait : « Plus jeune, Victor Caneiro, mon directeur sportif à Marmande, m’avait dit que je ne ferai pas carrière chez les «pros » parce que j’étais trop « gentil ». Avec le recul, il avait raison ».
Ensuite, Gilles a dû « faire face » et il a fini par rompre avec le milieu du vélo, alors qu’il était fortement mobilisé par ailleurs. Les démarches faites pour se former, le milieu du handicap et le travail d’aide aux personnes âgées ont accaparé le papa de Margot pendant sept années.
Le poste de C.T.D. du 47 (Conseiller Technique Départemental F.F.C du Lot-et-Garonne) est arrivé « au bon moment ». C’est un « travail très varié » et, même si « je reviens dans « le vélo » qui est ma première passion (…) je n’ai pas de patron sur le dos (…), c’est « l’indépendance comme le coureur ou l’agriculteur : je fais mes horaires selon les besoins au risque d’en faire trop ».
A 40 ans, soit 4 ans après la fin de sa carrière, « Gilles Canouet a revitalisé l’hiver » (A. Douaud) en «relookant » l’idée des anciens qui avaient créé les samedis cyclistes dans les années 80 sur le vélodrome de Damazan. Inauguré en 1922, le stade vélodrome du « Betbèze », doté d’une piste en bitume de 372m de long, accueille désormais les « 6 jours de Damazan » de fin décembre à fin février. Le concept de base est très sain : « mettre en situation de manière ludique nos coureurs pour leur permettre d’acquérir (des) automatismes », parmi lesquels celui de « savoir se déplacer en peloton » et son complément qui est de ne pas « freiner brutalement devant un danger ».

 

 

 

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 "savoir se déplacer en peloton"... et redonner vie au vélodrome du Betbèze... et prendre de bonnes habitudes pour préparer la saison... ici, le peuple des "6 jours de Damazan".

  

 

 

En pleine crise ouverte par les missions assignées au Ministère des Sports en matière de réforme de l’encadrement technique du sport français, Gilles Canouet, l’homme et son parcours, répondent parfaitement à ce que propose Lucien Bailly, ancien D.T.N. du cyclisme français : « recruter prioritairement les cadres techniques parmi les sportifs de haut-niveau dans chaque discipline » (16/5/2019).
Cependant, en guise d’au revoir, à la question pré-formatée sur son avenir, Gilles nous fait partager sa lucidité : dans l’immédiat, consolider voire pérenniser cet emploi de C.T.D., mais les comités sportifs comme toutes les associations ne sont pas riches, les subventions s’amenuisent ou disparaissent. Le sport français n’est peut-être pas prêt pour une privatisation de ses ressources comme cela se passe en Angleterre ou aux Etats-Unis et, surtout, « le sport tel que nous le faisons pratiquer (le sport de compétition voire le haut-niveau) n’est pas le sport pratiqué par la majorité des Français ». Nous ajouterons : pas le plus rentable, non plus. Mais, cela dépend pour qui…

 

 

 

 

 Palmarès en abrégé

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samedi 31 août 2019, G. Canouet, dans un Sms où il me donne son aval pour la publication de cet article, m'informe : " Mon père dont on avait un peu parlé pendant notre entretien est décédé ce matin". 

 

 



01/09/2019
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