Memovelo

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Victor FONTAN (1892-1982)

 

                                               

 

 

                                               

 

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      " Ce pyrénéen a du sang de montagnard dans les veines. Petit, râblé, tout en muscles, ce qui frappe le plus en lui, c'est le contraste qui existe entre l'impression calme et tranquille de son regard et le rude modelé de son visage . "      (Alex Virot, dans "match l'intran")                 

 

 

 

                        . « la légende est volage » (J. Eimer)

 

 

                        . « le fils du sabotier »

 

 

                        . Basile-Victor Fontan, soldat

 

 

                        . un très bon coureur régional (1921-1926)

 

 

                        . le « roi des grimpeurs » (1927)

 

 

                        . 1928 : deux grands Tours, la même année

 

 

                        . les 3 sommets de sa carrière : les Tours de France 1928-1929-1930

 

 

                        . pas seulement un « Tour de France », un grimpeur ou un très bon régional

 

 

                        . les cycles « Elvish »

 

 

                        . citoyen de Nay, père de famille et entrepreneur

 

 

 


 

 

 

« La légende est volage »

 

 

 

En juin 1996, le journal « Sud-Ouest » consacre une publication au Tour de France sous le titre « 6 jours dans le sud-ouest ». Dans ce numéro spécial, Jean Eimer écrit un très bel article sur « Victor Fontan - Le fils du sabotier de Nay ». Son introduction est lumineuse. En quatre mots, il assène une évidence : « La légende est volage ».

 

En effet, tout le monde (ou presque – selon la formule) sait : « Eugène Christophe, sa fourche cassée et la forge à Sainte-Marie de Campan (1913) ». Ou, encore, beaucoup de ceux qui sont nés après la seconde guerre mondiale ont vu cette photo de René Vietto, en pleurs et assis sur un mur de pierres à côté de son vélo démonté, alors qu’il vient de se « sacrifier » en donnant sa roue à son leader, Antonin Magne (1934, cf, commentaires). Mais, concernant Victor Fontan, les récits et les images sont moins nombreux pour nous entretenir dans cette histoire qui est celle d’un Béarnais héros de la grande étape des Pyrénées (1929), qui conquiert le maillot jaune pour le perdre le lendemain matin, lui aussi, sur un bris de fourche.

 

Dans « Pyrène et les vélos » (Le Tour de France dans les Pyrénées, 1993), Christian Laborde a bien tenté, avec sa fougue incomparable, d’en appeler à l’enquête policière :

« - Comment pas sûr ? Une fourche cassée, comme celle de Christophe !

  - Qui parle de fourche cassée ?

  - Ce sont les faits, non !

  - Les faits ? Mais on parle aussi de fourche sciée, à Luchon ! »

Et, Laborde – avec l’assentiment de Pyrène – d’en référer à l’inspecteur Colombo…

 

Cependant, rien n’y fait. En 2010, un autre hors-série de « Sud-Ouest », cette fois-ci titré « 100 ans de Tour dans les Pyrénées » est préfacé par Jean-Marie Leblanc qui, lui, a été tour à tour, coureur cycliste professionnel, journaliste puis directeur du Tour de France. Dans ce texte court, J.M. Leblanc passe en revue les cols, les coureurs et les épisodes fameux. A ce titre, les noms de Ocana et Casartelli arrivent en premier, mais l’auteur s’en tient à cette trilogie : Eddy Merckx (1969), René Vietto (1934) et Eugène Christophe (1913).

Qu’à cela ne tienne, Victor Fontan fut bien une « légende vivante » dans sa ville de Nay (64), où il vécut jusqu’à presque 90 ans.

 

 

« Le fils du sabotier » (Jean Eimer)

 

 

 

« Enfant de Nay, dans les Pyrénées », où il naît en juin 1892, le dernier d’une famille de six enfants, Victor Fontan a un père sabotier. A la maison, « il n’y a pas d’argent » et, passé le certificat d’études, il commence son apprentissage dans une entreprise nayaise d’ébénisterie, où il apprend la sculpture sur bois. Ses collègues de travail, avec lesquels il a des conversations passionnées sur les courses et les coureurs cyclistes, lui offrent alors un vélo. Selon Jean Eimer (« Sud-Ouest », 1996), il se révèle « surdoué » et, pour ce même auteur, il est à Bordeaux à 17 ans pour, déjà, y tenter de «  gagner sa vie en gagnant des courses ».

A 18 ans, il semble prendre part au « Tour de France des indépendants » entre août et septembre 1910. Il s’agit d’une épreuve en 14 étapes (une étape tous les deux jours), avec 526 participants ! Parmi eux, outre le vainqueur René Guénot, on relève les noms suivants : Henri Pélissier, Emile Engel, Oscar Egg, André Huret… Baptisé « Tour de France Peugeot-Wolber », cette course est considérée come « l’épreuve la plus fantastique qui ait jamais été organisée en faveur des jeunes ». Mais, comme nous l’a confié son fils, Francis : « cela n’a pas marché »…

Les indépendants constituent une catégorie de coureurs, créée au début du XXème siècle par l’UVF, qui se différencie de celle des amateurs « en ceci que ces coureurs peuvent courir pour des prix en nature ou en espèces, recevoir l’aide d’une maison de cycles, de pneumatiques ou d’accessoires, et participer – quand cela est spécifié – à des courses avec les amateurs ou avec les professionnels ».

 

 

Basile Victor Fontan, soldat

 

 

Ce qu’il est convenu d’appeler « la Grande Guerre », celle de 1914-1918, « rappelle à l’activité » Basile-Victor Fontan, le 14 juin 1914. La fiche du soldat Fontan (numéro  matricule 1720), consultable sur le site des « Archives départementales des Pyrénées Atlantiques » donne le signalement suivant : «cheveux chatains, yeux bleu foncé, taille : 1 ,62 m ». Le « détail des services et mutations diverses » fait apparaître que B.V. Fontan a d’abord été « réformé temporairement »…  « pour rhumatisme récent » par la commisssion de réforme de Pau, le 30 septembre 1913. Ceci explique que le coureur cycliste Victor Fontan est encore dans les pelotons au début de la saison 1914.

Le 30 juin 1914, il est au 38ème R.I.  Il part alors au front contre l’Allemagne du 1/10/1914 au 20/O3/1917. Mais, le 20 mai 1916, il est blessé au combat. Après sa convalescence, il est envoyé avec l’Armée d’Orient vers Salonique. Il manque de se noyer et traverse la Hongrie à pied. Puis, il est nommé caporal le 1er juin 1918. L’état des services porte la mention suivante : « bon soldat ayant toujours accompli son devoir – a été blessé deux fois – croix de guerre avec une étoile de bronze ».

Au total, entre 22 et 27 ans, le coureur V. Fontan passe près de 5 ans « à la guerre ». Il n’est pas encore professionnel et n’a jamais participé au Tour de France. Pour avoir recueilli les regrets de ceux qui ont dû interrompre leur activité pendant la « seconde guerre mondiale » (ainsi, Guy Lapébie) voire ceux – plus nombreux encore – qui ont subi la « guerre d’Algérie », parfois plus de 28 mois, la suite de la carrière du coureur cycliste V. Fontan paraît encore plus extraordinaire.

 

 

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1980 : Victor Fontan , son béret, son vélo, devant le monument aux morts, place de la république à Nay.

 

 

« L’Equipe-magazine » du 28 août 2014 est tout entier consacré au centenaire de la « Grande Guerre ». Après le travail de Michel Merkel (« 14-18, le sport sort des tranchées », « le Pas d’oiseau », édit.), le quotidien national et sportif français reprend ce que cet auteur a mis en lumière : « un héritage inattendu de la Grande Guerre ». Et, les chiffres s’ajoutent aux chiffres, supprimant paroles et mots :

 - en 51 mois de combat, le « Grande abattoir » (L.F. Céline) a fait 9 millions de morts et 21 millions de blessés

 - la jeunesse mobilisable, c’est aussi l’âge du sport (19-27 ans). Et, en août 1914, on compte (déjà) 1 585 496 sportifs licenciés. Certes, ils sont aujourd’hui 10 fois plus nombreux pour une population qui a été multipliée par 1,6. Cependant, 27% des jeunes Français de cette tranche d’âge vont disparaître pendant cette guerre (10,5 % de la population active de l’époque),

 - ainsi, sont morts 48 coureurs ayant pris part au Tour de France (qui existe depuis 1903) et, parmi eux, trois vainqueurs (Faber, Lapize, Petit-Breton),

 - 23 joueurs de l’équipe de France de rugby à XV,

 - 7 joueurs de l’équipe de l’Aviron Bayonnais, champion de France de rugby en 1913,

 - 81 licenciés du Stade Toulousain…

Mais, à la « Une » de « L’Auto » (3/8/1914), Henri Desgrange, sous le titre « Le Grand Match », avait lancé son « appel » : « Mes petits gars ! Mes petits gars chéris ! Mes petits gars français ! »

 

 

Un très bon coureur régional (1921- 1926)

 

 

 

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" Un gars solide un peu voûté sur sa selle, une tête intelligente et rude de torreador, un coeur brave et modeste, une volonté de fer. Et quel grimpeur !"

  (Lehmann, "match l'intran")

 

 

 

 1921

Pendant que le Girondin Luguet est parti disputer le « Giro d’Italia », les cycles FARET (59, cours Pasteur à Bordeaux) équipent les trois « as » du sud-ouest : Cantou – Fontan – Piquemal.

Lors du circuit du Marensin, ces trois coureurs arrivent détachés et se classent ainsi :

 1. Cantou  2. Piquemal  3. Fontan

Cantou part au Danemark disputer les championnats du monde « amateurs » (1. Sköld ) et il se classe 15ème. Piquemal, de son côté, gagne le circuit de la Chalosse. Victor Fontan, quant à lui, est le vainqueur du circuit du sud-ouest pyrénéen.

 

 1922

Au sein du team « FARET-RUSSEL », Victor Fontan collectionne les bouquets , suivis des éloges de « la Petite Gironde » :

 - Trophée des Provinces (2 . Cantou à 5’) : « que la juste récompense des vaillants efforts faits par ce coureur depuis le début de la saison »

 - Circuit de Gaspard (Tarbes-Lourdes-Bagnères-Lannemezan-Trie-Tarbes, 120 km en 4h 50’)

 - Circuit du Gers (450 frcs. au 1er, 250 km. « la Petite Gironde » coûte 15 c.) « Fontan… d’une souplesse et d’une énergie extraordinaires, le champion des Pyrénées a fait une course tout à fait digne d’éloges »… « souple, régulier, dans un rythme toujours harmonieux, Fontan fonce vers le but sans être inquiété. C’est bien le meilleur qui gagne notre circuit ».

 - Criterium de Bigorre (2. Cantou à 4’), « au sommet de l’Aspin, Fontan, suite à un accident, avait perdu un quart d’heure… reprend les hommes de tête après un effort merveilleux, les lâche à Soumoulou et termine à Tarbes 1er »

Et, aussi, les places d’honneur :

 - 2ème du Grand Prix des Routiers (1. Cosse)

 - 2ème du circuit des Landes Girondines (1. Piquemal)

 - 3ème du Grand Prix de Villeneuve/Lot (1. Piquemal)

 - 3ème du circuit de Bramsford (1. Cantou)

 - 4ème du circuit de Chalosse (1. Cailley)

 - 4ème du circuit de l’Hérault (1. Godard (Paris)

 - 5ème  de la finale du Trophée des Provinces (1. Rivolle (Saumur)…4. A. Leducq (Paris)

 

 1923

Victor Fontan augmente son emprise sur les courses par étapes :

 

 - 1er  Vuelta Guipuzcoa (2. Massal  3. Mourguiat, tous les trois de « Boucau Sport »)

 - 1er Tour du Sud-Ouest (2. A. Cosse 3. Piquemal)

 - 1er Tour de la Corrèze (2. Massal  3. Wezemael)

 

 - 3ème Gard-Hérault (1. Gobillot  2. Maurel)

 - 5ème Bordeaux-Marseille (1. Ch. Juseret  2. A. Lesnier)

 

 1924

L’emprise est peut-être moins forte mais le rayon d’activité s’élargit :

 

 - 2ème Tour du Sud-Ouest (1. S. Tequi .. 3. Govaert)

 - 3ème du Mont-Faron en ligne (1. Fichot  2. Normand)

 - 3ème du circuit du Midi (1. Benoit  2. Curtel)

 - 4ème Tour du Pays Basque

 Abandon dans  la 5ème étape du Tour de France (7ème de la 4ème  étape Brest-les Sables d’Olonne). Ce Tour de France est dominé par O. Bottechia (maillot jaune de bout en bout) et marqué par l’article d’Albert Londres, lequel reçoit les confidences des Pélissier dans un café de Coutances (peut-être à l’origine de l’expression « les forçats de la route »).

 

 

 

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"l'Athlète moderne" du 5 mai 1927 publie en première page la liste des engagés du Circuit des Dames de France à Libourne. Parmi tous ces noms, dont certains attestent la filiation "père-fils" chez les coureurs cyclistes, avec les dossards n°7 et n°8, les deux meilleurs coureurs du sud-ouest (à l'époque) : Victor Fontan qui réalise une grande saison et Simon Tequi, "le taureau de St. Juery", vainqueur du Tour du sud-ouest en 1925.

 

 

 1925

A 33 ans, Victor Fontan et Simon Tequi  sont les deux meilleurs « routiers » du sud-ouest :

 - 1er Prix de la ville de Bagnères (2. Iranza  3. Autaa  4. Mourguiat)

 - 1er G.Px. de Labenne-Olympique (2. Pagès 3. Sarraud 4 . Michelena)

 - 1er Criterium cycliste de l’Adour (2. Riera  3. Bezin)

 - 1er Circuit de Monein  (2. Autaa 3. Barrère  4. Abadie)

 - 2ème Circuit des Charentes (1. R. Reboul … 3. Wezemael  4. Lerme)

 - 2ème Tour de la Guipuzcoa (1. D. Guttierez… 3. S. Tequi)

 - 3ème Tour du Sud-Ouest ( 1. S. Tequi  2.Devos… 4. Reboul  5. Cosse)

 

 1926

Désormais présent des deux côtés des Pyrénées face à des participations étrangères :

 - 1er Tour de Catalogne (vainqueur de 3 étapes, 2. Miguel Murio  3. Mariano Canardo)

 - 2ème Circuit du Midi (1. M. Dewaele (Belg.)… 3. Curtel)

 - 3ème Tour du Pays Basque (1. N. Frantz  2. O. Bottechia)

 - 1er Bordeaux-La Rochelle (2. S. Tequi  3. Ferrand)

 - 1er San Pedro à Irun

 

 

 

« Le roi des grimpeurs »

 

 

 

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"Je ne grimpais jamais en danseuse, mais toujours assis. J'avais toute la force dans les reins" (cité par C. Barbé dans "Sud-Ouest Dimanche, 07/1981)

 

 

En 1927, c’est ainsi que Charles Bidon dans « l’Athlète moderne » qualifie Victor Fontan à la suite de sa victoire dans le Tour de Catalogne, « sa troisième grande victoire internationale ». Au point d’écrire : « le cyclisme français nous a rarement fourni l’exemple de résultats aussi beaux que celui que vient de lui donner Fontan ».

Au cours des huit étapes du Tour de Catalogne, V. Fontan fut « admirable de régularité », enlevant  trois étapes (3ème,7ème et 8ème ). Il eut à faire avec les hommes de « Dilecta-Wolber » avec à leur tête F. Le Drogo et Cuvelier et quelques bons coureurs espagnols et italiens : Villa, Canero, Pancera…

André Sans conclut ainsi son article intitulé  « Ce que dit Paris-Soir » : « Que Fontan fasse l’an prochain le Tour de France, voilà notre vœu le plus cher ! Peut-être aurons-nous alors une victoire française ! »

Lors de cette saison 1927, Victor Fontan collectionne 5 grands succès. Avant sa victoire dans le Tour de Catalogne en septembre, il y avait eu successivement :

 

 - le Circuit du Béarn ( 2ème Maurel, 3ème Mourguiat), en juin, entre Oloron et Pau en deux étapes, qu’il remporte toutes les deux. « L’Indépendant des Basses-Pyrénées » décrit : « V. Fontan, appuyant sur les pédales lâcha tout le monde et ne fut plus revu qu’à l’arrivée… »

 

 - le Criterium du Midi, en juillet, en 3 étapes (Toulouse, Pau, Montauban, Toulouse). Au classement final, il précède le Belge Lucien Buysse. Charles Bidon souligne cette « victoire individuelle remportée contre la coalition la plus acharnée » et adresse ses « éloges au vaillant coureur français ».

 

 - le IVème Tour du Pays Basque, en août : « L’as français fait triompher les couleurs d ’Elvish dans le Tour du Pays Basque (…) après avoir usé, dans les cols pyrénéens, les uns après les autres, tous les grands as internationaux qui étaient en course avec lui ». Lors de la 3ème étape, Pampelune-San Sebastien, après le passage de la frontière, (il) lâche Lucien Buysse avant Mauléon et finit avec plus de 20’ d’avance. Le lendemain, malgré deux bris de rayons, il revient sur les deux échappés, Buysse et Hamerlynck, pour finir 3ème à Bilbao.

 

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Dans "la Petite Gironde", au cours de l'année 1927, les publicités pour les cycles Elvish et, aussi, Fontan pleuvent !  Mais, déjà en 1914 dans le journal "Sports", on pouvait lire : "Si deux coureurs sont de force égale… celui qui montera une Elvish battra l'autre à chaque rencontre, ce résultat est absolument garanti sans discussion par la Compagnie Elvish…" 

 

 

A cela, il convient d’ajouter deux autres victoires en Espagne, à Taffala et au Tour de l’Estella et, aussi, une troisième place dans le Circuit du Centre derrière  1. Gobillot et 2. Calmette.

 

 

1928 : Deux grands Tours, la même année

 

 

Dans sa trente-sixième année, Victor Fontan devient « coureur cycliste professionnel ». Son rayon d’action, jusque-là limité au Midi et aux provinces espagnoles proches des Pyrénées, s’élargit aux deux grands « Tours » : Giro d’Italia et Tour de France.

 

 

. le « Giro d’Italia » :

 

du 12 mai au 3 juin, soit 3 semaines de course pour 3044 km. effectués en 12 étapes (dont deux de plus de 300 km.). Au départ, ils sont 298 coureurs inscrits individuellement, mais il y a déjà la présence des marques de cycles. V. Fontan a été engagé par la marque « Legnano » dans le but d’aider son leader Alfredo Binda. Celui-ci, qui a déjà gagné le Giro en 1925 et 1927, est le coureur qui fonde, avant Gino Bartali, la réputation de cette firme installée à Milan depuis 1906. Cette année-là, il remporte son troisième Giro devant Guiseppe Pancera, que Victor avait côtoyé  lors de son Tour de Catalogne victorieux en 1927. Francis Fontan m’a clairement laissé entendre que son père aurait pu mieux faire, s’il n’avait dû s’appliquer à sa tâche de « gregario ». Au cours de l’épreuve, Victor Fontan  se classe six fois sur douze dans les dix premiers et termine 4ème au classement général.

 

 

. le Tour de France :

 

du 17 juin au 15 juillet, soit 22 étapes pour un total de 5377 km. Quatre étapes font plus de 300 km. Il y a 162 partants et 41 classés. Jamais, Victor Fontan n’occupe une place au-delà de la 24ème . Aux Sables d’Olonne et à Luchon il est le vainqueur de l’étape et, entre Perpignan et Marseille (363 km.), lors de l’étape la plus longue, il se classe 12ème.

Au Parc des Princes, où l’on célèbre le vainqueur, le Luxembourgeois Nicolas Frantz (2. André Leducq), Victor Fontan (7ème au classement général) a la joie de retrouver sa femme, Jeanne et leur petite fille, Gaby.

 

 

En huit semaines de course, entre la mi-mai et la mi-juillet, le « néo-pro » (sic) vient de parcourir 8421 km. (la plupart du temps, loin de Nay) et il a pris place parmi les tous meilleurs coureurs de l’époque.

 

 

 

Les trois sommets de sa carrière : les Tours de France 1928-1929-1930

 

 

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 La Une de "match l'intran" associe cette image de Victor Fontan "en course" à ce titre :" Le Tour de France dans les Pyrénées". Ce n'est pas encore (loin de là) "le choc des mots et le poids des photos", mais ça y ressemble...

 

 

 

1928-1929-1930, ces trois participations au Tour de France sont, à la fois, l’apogée de la carrière de coureur cycliste de V. Fontan et elles ponctuent définitivement ce long épisode de sa vie : en 1930, Victor a 38 ans.

Celui qui a été « l’un des meilleurs coureurs des années 20 » (Guilhot) est d’abord resté dans les mémoires pour ses exploits et ses mésaventures dans les Pyrénées. Henri Desgrange aurait utilisé à son sujet pour la première fois l’expression « roi de la montagne ». Mais, nous l’avons vu, dès 1927, ses succès au Tour de Catalogne, au Tour du Pays Basque et au Criterium du Midi avaient déjà été salués par ce titre  (Charles Bidon dans « l’Athlète moderne »), confirmant une « réputation justifiée de rude grimpeur ». Cependant, V. Fontan « bornait sa gloire à son pays natal, le Midi » (R. Lehmann, « Match l’Intran, 29/6/1928).

Il n’est donc pas juste de dire que « Fontan n’était pas connu avant ce 22ème Tour de France » dont il fut néanmoins « la révélation ». Il avait, d’ailleurs, pris part au Tour de France 1924 (abandonnant à Bayonne, après s’être classé 7ème de l’étape précédente aux Sables d’Olonne) et ne semblait pas décidé à y revenir.

En 1928, aux côtés des grosses équipes de marque (Alcyon-Dunlop, Louvet-Hutchinson, Alleluia-Wolber…) qui concenctrent les « favoris » (Frantz, Leducq, Dewaele, Rebry, H. Martin, A. Magne, M. Bidot…), le 17 juin, V. Fontan prend le départ au sein d’une équipe « Elvish-Wolber », rangée modestement parmi les équipes « régionales » (Lehmann). Celles-ci (les équipes régionales) n’ont pas encore été créées, mais son équipe ressemble fortement à une équipe du « sud-ouest » comme il y en aura par la suite. Il y a là, Lerme des Charentes, Laval de Périgueux, Cardona de Toulouse, Mouveroux de Piégut-Pluviers, Dupan de Bayonne, Autaa d’Artix et Calmette de la Dordogne.

Victor Fontan enlève déjà la 7ème étape (Les Sables d’Olonne-Bordeaux, 285 km). Le leader est alors Nicolas Frantz et le Luxembourgeois va remporter ce Tour 1928, après avoir gagné 5 étapes et porté le maillot jaune de bout en bout. Mais, entre Hendaye et Luchon (387 km), Frantz subit la loi de Fontan et arrive second de l’étape avec 7’44’’ de retard. Dans cette longue étape qui asse par les cols d’Osquich, de l’Aubisque et du Tourmalet, le Belge Van de Casteel mène d’abord une longue échappée. A Oloron, Fontan se présente au contrôle en compagnie d’un groupe de 12 coureurs et, dans « Match l’Intran», René Bierre décrit la suite : « il signa posément, repartit dernier de ce peloton et commença son travail : 7ème à mi-parcours de l’Aubisque, 4ème au sommet, à Argelès avec Frantz, au Tourmalet il ne l’avait pas quitté, à Montréjeau il prenait le meilleur, Van de Casteel ayant été absorbé. Ce fut mathématique, bien règlé, admirablement exécuté ».

 

 

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Victor Fontan, prophète en ses montagnes.

 

 

 

C’est évident, mais il convient toutefois de le rappeler : il n’y a pas d’images de télévision et pas encore de reportage radiophonique (le premier a lieu en 1930 par Jean Antoine et Alex VIrot). Alors, relisons ce récit de presse et le texte proposé par C.A. Gonnet (dans « Match l’Intran ») :

« La nuit passa… Le jour, matin pommelé, traînant aux monts des écharpes de gaze. La promesse du ciel pur, du soleil timide. La douceur de l’aube après le froid de la nuit.

L’Aubisque ? Toujours ce sentier rocailleux qui s’accroche avec une espèce de ténacité aux flancs du mont… il y eut beaucoup de renversements de valeurs, la course fut riche d’inattendus ; mais derrière, Frantz, Fontan, Leducq menaient la chasse… cette étape, tout le monde la trouve la plus intéressante et souhaite se l’adjuger. Hendaye-Luchon fait bien sur un palmarès.

Dépassé le cirque des feuillages, des moutons bêlants, des cabanes, des rochers, de la vie, le leader blond (Van de Casteel) se trouva, grimaçant d’efforts, face à la majesté rude des cimes. Chaque coup de pédale le haussant vers cette crête aux maigres herbes plaquées de rhododendrons, où des silhouettes, fourmis découpées sur le ciel, disaient la foule, les autos alignées.

Le Tourmalet vint ensuite plus âpre peut-être avec ses versants lépreux, où les pierrailles ont creusé des « canons », ses maigres broussailles éternellement battues des vents et ses hordes de faucons au-dessus des glaciers qui fondent ».

 

 

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 Dans la chambre d'hôtel, à l'étape, les coureurs déjà en pyjama récupèrent, chacun à sa façon. A gauche, un journaliste (?) en complet veston partage avec un coéquipier de V. Fontan des photos, peut-être. Victor, le béret toujours vissé sur la tête et très concentré voire appliqué comme un bon élève, rédige une lettre...

 

  

 

A Luchon, le grand journaliste, Gaston Bénac rend visite au « vainqueur du Tourmalet ». Dans la chambre d’hôtel où il s’est réfugié après les « ovations encombrantes qui (l’ont accueilli) à son arrivée sur les allées d’Etigny », Victor Fontan a retrouvé « le silence et fait sa toilette ». Il est « aussi calme et aussi peu éloquent que d’habitude ». Il dit avoir fait sa « course habituelle ». « J’avais mis trop grand (au bas du col d’Aubisque) : 44x20 au lieu de 44x24». Mais, « deux cols de plus : Aspin et Peyresourde n’auraient pas cassé le rythme de mon action… » G. Bénac le décrit encore : « Fontan termine sa toilette, il inaugure un beau complet sport et s’apprête à aller attendre sa sœur à la gare de Luchon ». « Ce qui m’ennuie le plus », me confie-t-il, «  c’est cette curiosité gênante dans la rue », (… hier,) dès que je m’arrêtais, cinquante mains me frappaient sur l’épaule et des cris assourdissants résonnaient à mon oreille. Mais, l’air de la montagne ne me rend pas sourd, je vous assure ».

Victor Fontan finit ce Tour de France à la 7ème place, entre Antonin Magne (6ème) et Marcel Bidot (8ème), après s’être classé 3ème de l’étape entre Nice et Grenoble (332 km) et 6ème entre Grenoble et Evian 5329 km).

 

1929

 Selon Pierre Chany (« La fabuleuse histoire du cyclisme », 1971), « à la veille du Tour 1925, H. Desgrange avait admis du bout des lèvres une certaine forme d’entente entre les coureurs d’une même marque ». En 1927, il inventa « une formule extravagante de départs séparés, fractionnés en secteurs ». «Cette formule de course par équipes contre-la-montre est bien la plus mauvaise que l’on ait appliquée depuis la création du Tour ». Et d’ajouter : «Fontan, par exemple, a perdu deux heures après les Alpes ! (…) Si Fontan avait couru pour Alcyon, et si Frantz avait appartenu à l’équipe des Pyrénées, le premier aurait battu l’autre de cinq heures ! »

En 1929, l’organisateur supprime les contre-la-montre par équipes et Victor Fontan, porteur du maillot « Elvish-Fontan-Wolber », prend le départ avec de nouveaux équipiers, belges comme Govaert, Van de Casteel, J. Aerts, Louesse ou français, tel Julien Perrain et espagnol, comme Salvador Cardona. Il se classe successivement 8ème aux Sables d’Olonne où gagne  Paul Le Drogo, puis 4ème de l’étape suivante à Bordeaux où il partage le maillot jaune  avec N. Frantz et A. Leducq.

 

 

Victor Fontan 4.jpg

 

 A Bordeaux, pour la première fois, il y eut trois porteurs du maillot jaune : André Leducq, Victor Fontan, Nicolas Frantz.

 

 

Lors de l’étape suivante qui arrive à Bayonne, le maillot jaune est repris par le Belge G. Rebry. Vient alors la grande étape pyrénéenne, au cours de laquelle, l’an passé, Fontan l’avait emporté. Il réédite l’exploit sur ses terres, passe le Tourmalet en tête, mais, à Luchon, c’est son coéquipier Cardona qui l’emporte. Les deux coureurs d’Elvish se présentent sur les allées d’Etigny avec plus de 8’ d’avance sur le Belge Dewaele, qui sera le vainqueur final de ce Tour 1929. Cependant, V. Fontan a repris le maillot de leader de la course et, le lendemain, a lieu l’étape Luchon-Perpignan (323 km). Henri Desgrange, dans «L’Auto » raconte : « Ce matin, à 9 km du départ, au village du pont de Cazaux, les phares de notre Hotchkiss nous montrent, sur le côté droit de la route, un de nos coureurs à pied. Il porte le maillot jaune. C’est Fontan, qui vient de casser sa fourche, perdant ainsi la première place du classement général si vaillamment acquise dans Bayonne-Luchon, avant-hier. Il s’en va comme un homme ivre, incapable de prendre une résolution ».

 

  VF doublent les

 

"Je l'ai vu rouler sur la route de Tarascon. Il engloutissait littéralement les "isolés" qui le précédaient." (René Abadie en 1979) (les "isolés", ici, se nomment : Ilpide, Costalorda et Petit) 

 

 

Cependant, avec un vélo d’emprunt il continue sa route, touve une autre monture qu’il bricole à sa taille. En haut du col de Portet d’Aspet, il a 36’ de retard sur le peloton de tête. A Saint-Girons, il n’en a plus que trente. Mais, à Aulos, 151 km après le départ, il met pied à terre. Il est toujours en larmes et il renonce définitivement. Francis Fontan, son fils, nous a confié que le « patron » du Tour, Henri Desgrange, n’avait peut-être pas su trouver les arguments pour le faire repartir.

Pourtant, dans « L’Auto », le « Patron » écrit : « Je nourris pour Fontan la plus vive sympathie, parce qu’il est, avant tout un homme de devoir et qu’il constitue pour ses camarades français un noble exemple, que ceux-ci devraient bien imiter un peu plus souvent. Mais, je tiens à lui dire qu’il a eu tort d’abandonner. Au revoir, mon cher Fontan, vous partez avec l’affection et aussi le respect de tous ».

C’est le Belge Dewaele, pourtant malade à Grenoble, qui l’emporte grâce à ses équipiers d’Alcyon (et aussi, « à quelques autres », selon P. Chany).

 

 

1930

 

Malgré les changements apportés (1923 : bonifications aux arrivées ou au passage des cols – 1927-28 : départs séparés – 1929 : course individuelle), H. Desgrange se trouve chaque année davantage confronté à l’influence des constructeurs de cycles, en particulier d’« Alcyon » la marque bleu ciel (7 victoires) et « Automoto » la marque violine (4 victoires), « qui essaient de profiter de la vitrine du Tour de France, des exploits de leurs champions pour coller leurs machines aux cinq ou six millions d’usagers de la bicyclette » (F. et S. Laget, Cazaban et Montgermont, « Jours de Fête », 2012). Alors, « Desgrange tape sur la table » (Chany). Il crée les équipes nationales. Celles-ci sont au nombre de 5 (Belgique, Italie, Espagne, Allemagne, France) et 9 régionales. Et, toujours deux groupes : les « as » et les « touristes-routiers ». Les bicyclettes ne sont plus de marque, mais de couleur jaune frappées du titre « L’Auto ». L’hôtel, les soins, le matériel et la nourriture sont pris en charge par l’organisateur et, pour financer le tout, Henri Desgrange invente la «caravane publicitaire ».

Desgrange affirme agir « pour le seul service du sport », mais il « s’attribue généreusement de sélectionner qui lui plaît, de laisser sur la touche ceux qui ne lui plaisent pas ! » (Chany).

 

 

Equipe de France 1930.jpg

 

L'équipe de France au départ du Tour, le 2 juillet 1930, à Paris : (de gauche à droite) Pierre Magne - Joseph Mauclair - Marcel Bidot - Antonin Magne - Jules Merviel - Charles Pelissier - Victor Fontan - André Leducq.

 

 

Pour effacer peut-être (ou en partie) la malchance qui a accablé Victor Fontan l’année précédente – voire au bénéfice de l’âge – le Béarnais est nommé capitaine de l’équipe de France. Celle-ci a belle allure : 33- Ch. Pélissier, 34- V. Fontan, 35- J. Merviel, 36- M. Bidot, 37- A. Magne, 38- A. Leducq, 39- P. Magne, 40- J. Mauclair. « Les routiers invités par H. Desgrange à porter le maillot bleu-blanc-rouge éprouvent tous un seniment de fierté (…) une mission nationale »(Chany). Au final, c’est un triomphe : André Leducq remporte le Tour, Charles Pélissier gagne 8 étapes, Antonin Magne termine 3ème et Marcel Bidot 5ème.

Victor Fontan abandonne au cours de la 9ème étape, Pau-Luchon. Avant Bordeaux, il est pris dans une chute et on le revoit alors courir le vélo sur l’épaule, puis il est victime d’une poussée de furonculose. Victor a 38 ans, c’est la fin de l’épopée cycliste. 

 

 

 

 

les fous du Tour N. Obs..jpg

 

2003 : l'année du centenaire du Tour de France, le "Nouvel Observateur" s'intéresse à "l'avalanche éditoriale" qui en résulte et c'est Jean-Louis Ezine  ("Un ténébreux", Le Seuil - 2003) qui rédige . C'est cette photo (jamais restituée à la famille) qui est choisie pour illustrer le sujet : après la chute dans laquelle il a été pris - lors de l'étape qui mène à Bordeaux en 1930 - le photographe a saisi Victor Fontan, courant avec son vélo abimé sur l'épaule. Le lendemain, il abandonne… Ailleurs, sur "internet", on peut retrouver cette photo paraphée en anglo-américain : "Strange people" ! Nous préférons, dans cette langue, retenir le mot que nous a confié son fils, Francis : "the unluckiest".

 

 

 

Pas seulement un « Tour de France », un grimpeur ou un très bon régional

 

 

S’il est vrai que la réputation de Victor Fontan, coureur cycliste, doit beaucoup à ses exploits dans le Tour de France, il convient de noter qu’au niveau national il prend part à trois Paris-Roubaix :

 - après son retour de guerre, en 1922, il termine une première fois 35ème (1. A. De Jonghe)

 - le 31 mars 1929, il se classe 14ème de la course gagnée par le Belge Ch. Meunier

 - le 30 avril 1930, il se classe 28ème de l’épreuve remportée par Julien Vervaecke devant J. Maréchal.
Son fils, Francis, a souligné qu’il n’était pas seulement un grimpeur et nous a révélé qu’échappé dans cette même course il avait été mal aiguillé sur le parcours. Il ne nous a pas été possible de retrouver mention de cet incident dans le livre de Pascal Sergent « Un siècle de Paris-Roubaix 1896-1996 ».

En 1929, il termine 7ème ex-aequo dans Paris-Tours enlevé par Nicolas Frantz, dans un petit groupe de coureurs mené par Jean Aerts. Cette même année, il se classe 6ème du championnat de France sur route disputé à Montlhéry et remporté par Marcel Bidot devant son frère Jean.

A ses débuts, où il dispute de nombreuses courses en ligne, si l’on observe son palmarès, on le retrouve :

 - 1er de Bordeaux-Toulouse en 1912 et 5ème de Bordeaux-Tartas, la même année

 - 1er de Bordeaux-Cognac et 2ème de Grand Prix Labeyrie à Dax en 1913

 - 5ème de Bordeaux-Marseille (en deux étapes) en 1923 (1. Ch. Juseret)

Certes, la plupart de ses succès sont acquis dans des course à étapes, où le relief convient mieux à ses qualités de « grimpeur endurant », comme le Tour du Sud-Ouest, le Criterium du Midi ou le Tour de la Corrèze (qu’il gagne encore en 1930) et, bien entendu, les courses pyrénéennes et espagnoles.

C’est peu dire que Victor Fontan n’est pas routier-sprinter comme beaucoup le sont dans le sud-ouest, mais plutôt rouleur-grimpeur. En effet, s’ils arrivent détachés à trois comme dans le circuit du Marensin en 1921 avec Cantou et Piquemal, il se classe 3ème, ou, encore, dans cette grande étape pyrénéenne  du Tour 1929 où, pour d’obscures raisons, il termine avec son coéquipier Salvador Cardona qui le bat sur les allées d’Etigny, à Luchon.

 

 

 

Les cycles « ELVISH »

 

 

 

C’est en Angleterre, en 1883 à Southampton, que sont fabriquées les premières machines porteuses de la marque « Elvish » (cf. « tontonvelo » et «velovintage »). La Grande-Bretagne exporte alors dans son vaste empire, vers les Indes et l’Afrique du sud.

Mais, la chaîne de fabrication est détruite lors de la première guerre mondiale. Et, en 1919, c’est à Bordeaux que les vélos sont à nouveau fabriqués : 38, rue des Terres de Bordes et 2 , rue Bac-Ninh, par un certain M. Larroque. Les cycles « Elvish » tiennent magasin cours du XXX juillet, près du Grand Théâtre, quasiment à l’emplacement aujourd’hui de ce restaurant bien connu des Bordelais, « l’Entrecôte ».

Dès le début de la vélocipédie et – a fortiori – après 1900, Bordeaux qui entretient, depuis plus d’un siècle, d’étroites relations avec les Britanniques, a ses commerces aux enseignes « british » (cf. ici, l’article sur Georges Juzan). Dans la « Petite Gironde », en 1913, on relève les publicités pour les «établissements Williams, tout pour le sport », la « Raquette Tunmer » en vente chez « A.A. Tunmer & Cie, 91, rue Sainte Catherine » et on peut se procurer une bicyclette « Raleigh-Starley » pour 255 frcs. au 7, allée de Tourny.

« Mémoire du cyclisme », dans une rubrique « Equipe-Maillots » richement illustrée, n’intégre les cycles « Elvish » qu’à partir de 1928. Or, il semble acquis que le 2ème du Tour de France 1904, J.B. Dortignacq « monte » une bicyclette « Elvish ». Tout comme Emile Friol (champion du monde de vitesse en 1907 et 1910), Albert Tournié (champion de France des indés en 1911 et1913) ou Louis Luguet d’Ambarès (3ème de l’épreuve sur route des J.O. en  1906) …

En 1928, une équipe « Elvish » de 4 coureurs participe au Tour de France avec, semble-t-il,

Victor Fontan (7ème au final et vainqueur d’une étape). Et, en 1929, c’est une équipe « Elvish-Fontan-Wolber » composée par Jean Aerts (Belg.), Salvador Cardona (Esp.), Victor Fontan, Jean Mouveroux (21ème au final) et Julien Perrain, qui est alignée. Le patron des cycles « Elvish » est alors Auguste Crosnier, lequel s’est associé avec le champion béarnais, Victor Fontan, qui a sa propre marque de cycles.

Cependant, il s’agit de deux vieilles connaissances. Ainsi, le 17 août 1912, le classement de la course « Toulouse-Bordeaux » donne : 1. Fontan  2. Crosnier… En 1913, pour le Grand Circuit « Automoto-Continental », course en deux étapes (Bordeaux-Angoulême-Bordeaux), la liste des engagés fait apparaître : n°47 – Fontan (Nay) Victor indé.UVF, n°48 – Crosnier Auguste (Nay) indé. UVF.

 

 

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Au sommet du Tourmalet, Victor est encouragé par Auguste Crosnier (devant à droite)... 

 

 

 

Auguste Crosnier décède le 7 décembre 1964 et, à cette occasion, le journal « l’Athlète » publie un  « Hommage à Auguste Crosnier disparu, ancien champion cycliste, capitaine d’industrie ». La lecture de ce texte nous apprend qu’ « après la guerre…la marque « Elvish »… sise cours du 30 juillet à Bordeaux… éprouve quelques difficultés. Alors, avec ses amis Fontan et Lignon, il (Crosnier) l’acquiert et en transporte l’usine et le siège à Pau ».

Sous son impulsion, « la  production va croissant » et, en 1923, dans le 1er Tour du sud-ouest, les exploits de Fontan (montée de l’Aubisque en 1h 3’) assurent une solide publicité, laquelle sera décuplée par les victoires de ce même coureur en 1927 (Criterium du Midi, Circuit du Béarn, Tour du Pays basque, Tour de Catalogne…), puis la participation d’une équipe à caractère régional au Tour de France 1928 (Fontan, 7ème au final) ;

En 1930, Henri Desgrange qui a décidé de faire disputer le Tour de France par équipes nationales – pour « contrer le pouvoir des marques » (Alcyon, entre autres) – sur des vélos jaunes, propriété de « L’Auto » (le journal organisateur), confie « la fabrication des machines » à Auguste Crosnier qui « va développer encore à Pau l’industrie du vélo ». Il fonde la « Société française des cycles et motos » qui réunit avec « Elvish » d’autres marques : Alleluia, De Dion Bouton, JB Louvet, Rochet… dont les maillots sont portés tour à tour par quelques grands champions de l’époque. En 1931, H. Oppermann remporte Paris-Brest-Paris avec le maillot « Elvish ».

Lorsque nous avons rendu visite à son fils, M. Francis Fontan, celui-ci nous a précisé clairement qu’après 1930 son père – bien qu’ayant conservé son magasin de cycles à Nay – avait cessé toute collaboration avec « Elvish ». Comment faut-il alors interpréter cette information contenue dans l’article suscité : « Déçu par son entourage, il (Crosnier) abandonne durant quelque temps la direction de cette entreprise et la reprend en 1936, en collaboration avec son gendre M. Bordenave » ... ?  Les cycles « Elvish » restaurent leur renommée alors à travers les succès des coureurs régionaux suivants : Hargues (par la suite concessionnaire à Arcachon), JB Intcegaray, Dolhats… En 1938, Berthola qui porte ces couleurs remporte le Criterium du Midi face à une forte participation internationale.

Les années de guerre et d’occupation qui suivent amènent A. Crosnier à recentrer son activité sur le cyclotourisme. Puis, il se lance dans la fabrication de sous-vêtements et, sutout, de bérets basques. Soit, avec les cycles, deux usines qui emploient sur Pau 800 personnes. En 1948, un certain Albert Dolhats, avec la maillot vert et blanc, gagne Bordeaux-Saintes. En 1950, parmi les équipes françaises employant des coureurs professionnels on note la présence d’ «Elvish », dont le directeur sportif est alors Robert Hue (« l’inventeur du Parc des Sports de Lescure », cf. ici), dont la composition est : M. Bertrand – Cassol – Dolhats – Garmendia – E. Goni – P. Griès – Pallu – Périn – M. Ragagnin – Trouillet.

 

 

Facture Pub  Elvish 20.jpg

  

Gérard Saint-Martin (cf. ici, l’article qui lui est consacré), vélociste réputé aujourd’hui en retraite active à Cambes, a bien voulu nous confier une facture qui montre que jusqu’en 1979  (au moins) la manufacture a fourni des cycles à ses concessionnaires.

 

 

Citoyen de Nay, père de famille et entrepreneur :

 

 

. le citoyen de Nay :

 

Isidore Fontan, le père, sabotier, qui est d’une famille modeste de Peyrouse a épousé Maria Cazenave et ils ont eu six enfants (Henri, Marie, Pauline, Lucie, Gabrielle et Victor, qui est le dernier), tous nés à Pau. Bientôt, la famille s’installe définitivement à Nay. Après le certificat d’études, Victor Fontan apprend le travail du bois chez Bengué . Dès qu’il le peut, il parcourt la région à bicyclette et, selon C. Barbé (« Sud-Ouest »en 1982, « Fontan, vous connaissez ? »), « chaque soir, penché sur son guidon, il fait l’aller et le retour Nay-Pau pour ramener « Le Patriote » à son patron ». A 17 ans, sans prévenir, il part à Bordeaux pour tenter sa chance.

Les premiers succès probants apparaissent en 1912 où il remporte la 2ème étape du Grand Prix Labeyrie (deux étapes entre Mont-de-Marsan et Tartas) sur une bicyclette « Le Gave ». Puis, pour la Coupe « Guyenne et Gascogne » (16ème au final), il est engagé avec le dossard n°74 au titre de la « Section Paloise». Les « cracks » régionaux montent alors des cycles « Elvish » (Apouey, Cailley, Luguet…). Victor est encore bien béarnais. Ensuite, ses premiers grands succès (Toulouse-Bordeaux 1913, Bordeaux-Cognac  ou le Grand Prix Peugeot « col d’Aspin » en 1914) le montrent en compagnie d’A. Crosnier, tous les deux licenciés à Nay et, désormais, sur cycles « Elvish ».

Le 14 juin 1914, le soldat Fontan Basile-Victor - réformé temporairement en 1913- est rappelé à l’activité. « Rendu à la vie civile courant 1919 », démobilisé il revient à Nay où il ouvre un magasin de cycles et se marie avec Jeanne Larquier, le 12 février 1920. Il ne quitte plus son « terroir » (M. Triep). Jusqu’en 1930, il exerce ses talents de coureur cycliste. En même temps, il est déjà « entrepreneur ». Avec Crosnier et Lignon, ils ont acheté et transporté l’usine « Elvish » de Bordeaux à Pau.

La fin de sa carrière (d’une exceptionnelle longévité , due, sans doute, à sa stricte hygiène de vie) et, particulièrement, les « Tours de France » 1928-29-30 l’installent dans une grande notoriété. Après 1930, son activité entrepreneuriale et commerciale consolide une réputation fondée sur sa vaillance et sa discrétion. Sa fille, Mme Gaby Gibert-Fontan dit de lui : « C’était un Béarnais. Il avait la tête près du bonnet et une épouse admirable ».

Sur le « net », aujourd’hui, on peut trouver ce témoignage publié en 2010 par Cancé Raymond sous le titre : « de Rabat à Ajaccio ». R. Cance raconte son arrivée à 18 ans à l’Escadron en 1945 : « L’Escadron est commandé par le capitaine Louis Maurel : alignés, au garde-à-vous, chacun se présente à lui : grade, nom, prénom, âge, ville, etc… Lorsqu’il arrive à ma hauteur, à peine ai-je dit : « Cancé Raymond… Nay… Basses-Pyrénées » que le capitaine Maurel s’avance vers moi et me dit en béarnais : « Qu’es dé Nay, et counéches à Fontan ? » Tu es de nay, connais-tu Fontan ? Abasourdi je réponds : « Monsieur Victor Fontan ? » Avec un grand sourire, il me dit : « Oui Totor, j’ai fait des courses de vélo avec lui, et moi j’étais Petit Louis ». Tout le monde à Nay connaissait Victor Fontan champion cycliste. Ceux de son âge l’appelaient familièrement Totor, son fils Francis était dans ma patrouille de scouts ».

En quelques occasions, S.M. « le Tour de France » passe par Nay. Une dernière fois, en 1981, a lieu l’étape Nay-Pau (27,6 km. clm. : 1er B. Hinault). Le Tour s’arrête sous ses fenêtres. « On a pu voir un alerte vieillard coiffé d’un  béret (…) serrer la main de Bernard Hinault et recevoir des mains de Felix Lévitan la médaille de la reconnaissance ».

 

Jeanne Felix et Victor 1981.jpg

 

1981, le Tour est à Nay et l'instant, au souvenir sinon à la nostalgie ou au recueillement : Jeanne Fontan, Felix Lévitan, Victor Fontan (de gauche à  droite ) .

 

 

. le père de famille :

 

Le couple Victor et Jeanne Fontan a deux enfants : une fille, Gaby née en 1922 et un garçon, Francis, né en 1929. Les deux enfants vont poursuivre leurs études au-delà du lycée. Gaby, l’aînée, pendant la difficile période de l’occupation, obtient à l’université de Toulouse une licence d’histoire, puis elle enseigne successivement à Oloron, Orthez et Bagnères. Elle épouse Pierre Gibert, le fils d’une famille de commerçants nayais .L'essentiel de sa carrière se déroule au lycée Marguerite de Navarre à Pau, où elle met en place le premier C.D.I. de l’académie. Aujourd’hui, âgée de 95 ans, elle vit, retirée à Nay où  nous avons pu la rencontrer en compagnie de sa fille, Mme Martine Princiapud.

Francis, le garçon, son cadet, fait ses études de médecine à Bordeaux et, en 1952, il entre dans le service de chirurgie générale de Georges Dubourg (lequel est avec Pierre Broustet à l’origine de « l’hôpital cardiologique de Bordeaux » - cf. Gallon-Philippe.html). En 1957, il devient le chef de clinique du Pr. Broustet. Puis, le 25-4-1968, il réussit la première opération d’un cas d’« atrésie tricuspide » chez une adolescente de 12 ans, ce qui deviendra «l’intervention Fontan » (relier directement l’oreillette droite à l’artère pulmonaire). En octobre 2015, interrogé sur sa « vocation » (cf . Basquin-Thambo-Ladouceur, société française de cardiologie), le Pr. Fontan répond franchement : « Mon père, reconverti dans les affaires après une carrière de coureur cycliste au cours de laquelle il avait porté le maillot jaune pendant le Tour de France, m’a conseillé : « Fais autre chose ! »

En effet, à son retour de la « Grande Guerre » et après avoir ouvert son commerce de cycles puis s’être marié avec Jeanne, Victor Fontan avait fait « la promesse d’abandonner la compétition ». Mais, il ne tiendra parole que pendant un an. Et, pour ceux qui s’interrogent sur ses participations tardives au Tour de France (à plus de 35 ans), il convient de comprendre qu’en 1927, V. Fontan est « un père de famille commerçant avisé (qui) se moque(…) quelque peu de la gloire ». « Les courses régionales lui assuraient une matérielle rénumération et une publicité beaucoup plus efficace pour sa marque de cycles » (A. Sans).

Victor et Jeanne Fontan ont eu six petits-enfants.

 

 

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 Portrait de famille (grands-parents-parents et petits-enfants): Victor et Jeanne, cheveux blancs, sont assis au milieu et à droite de l'arbuste. Leurs enfants, Gaby est assise en bas tout à fait à droite et Francis, debout en haut avec un chien dans les bras...

 

 

. l’entrepreneur :

 

En 1923, Victor et Jeanne Fontan achètent la « maison sur la place » (place de la république, à Nay) où s’installe le commerce de cycles et motos. Bientôt, il y a, aussi, des pompes à essence (« Caltex ») et un taxi.

 

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La maison sur la place de la république, qui abritait aussi le magasin et l'atelier, avec les pompes à essence.

 

  

En 1933, « devinant un marché porteur, il crée son entreprise de transport de voyageurs, « Les Cars Nayais » (M. Guilhot). Francis Fontan nous a parlé de « quatre chauffeurs et d’un mécanicien ». Chez Mme Gibert-Fontan, nous avons vu la photo d’un premier autocar et sa fille, Martine Principaud, s’est souvenue de deux conducteurs : Brussaut et Guillaume. Ce dernier, qui n’était pas nayais d’origine mais italien, mangeait à la maison.  Les liaisons, au début, allaient jusqu’à Pau ou Biarritz. Puis, il y eut les excursions vers San Sebastian, Gavarnie et Lourdes. Jeanne Fontan, omniprésente, assurait la vente des billets. Rue des remparts à Nay, il y avait un garage qui, aujourd’hui, est devenu la résidence « Victor Fontan » (réalisation Béarnaise Habitat), exemple en matière de logement aidé.

 

 

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 L'un des derniers autocars des transports Fontan.

 

 

Victor Fontan est, ensuite, à l’origine des T.P.R. « Transports Palois Réunis », une nouvelle société créée en compagnie de deux autres entreprises voisines. C’est « l’âge d’or », car il n’y a encore que peu de voitures individuelles. Mais, la SNCF, qui intente un procès pour « concurrence déloyale », sera déboutée.

 

Le couple Fontan travaille ainsi « non-stop » (Martine Principaud) jusqu' au début des années 1960. Puis, il  fait l’achat d’une « Estafette » Renault aménagée, et entreprend, dans le premiers temps de la retraite, quelques voyages. Jeanne et Victor font aussi construire une villa à Biarritz dans la ville d'hiver, où ils passeront une vingtaine d'années.

 

 

« l’Eclair des Pyrénées », en date du 4 janvier 1982, titre, en l’accompagnant d’une photo : " Le Nayais Victor Fontan  est mort". Au mois de juillet précédent, dans « Sud-Ouest », Camille Barbé concluait ainsi son article : «Victor Fontan, l’homme qui faillit gagner le Tour, vient d’entrer dans sa quatre-vingt-dixième année. Faut-il ajouter qu’il fait toujours du vélo ? ». En 1996, sous le titre « le fils du sabotier », « Sud-Ouest » donnait à cet article de Jean Eimer le chapeau suivant : « Victor Fontan fut le plus grand coureur pyrénéen… avant Indurain. Si les chantres de la légende des cycles l’oublient, il reste dans le cœur des gens d’ici ». 

 

 

 

 

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 Cette statuette représentant Victor Fontan est conservée par son fils Francis dans son salon. Elle a été réalisée par le sculpteur et aquarelliste Ernest Gabard (Pau, 1879-1957), connu pour son personnage de "Cadettou" : cheveux blancs et béret sur la tête, chaussé de sabots, naïf et roublard, il incarne le paysan béarnais d'avant la guerre de  "14".

 

 

 

 

- Remerciements à :

 

Mmes Gibert-Fontan Gaby, fille de Victor Fontan, et sa fille, Martine Principaud,

M.M. le Pr. Fontan F., fils de V. Fontan, et le Dr. J.P. Broustet, fils du Pr. P. Broustet,

M.M.  Triep-Capdeville, maire de Nay de 1995 à 2001,

             Guilhot P., Journaliste,

             Laux F., conservateur des Archives Bordeaux Métropole et ses services,

             Arbes E., collectionneur de vélos de champions : velovintage.over-blog.com.

            Garcia J.M., nayais, le fils du prothésiste dentaire et commissaire FFC, coureur et mécanicien, passionné de "vintage".

 

 

 

 

 

 

 

 



22/05/2017
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