Memovelo

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Jacques SUIRE

 

                        En choisissant de m’intéresser maintenant à la personne de Jacques Suire, je ne sors pas du cadre volontairement limité de « memovelo » : évoquer le cyclisme du grand sud-ouest, particulièrement au cours de deux décennies, les années 50 et 60.

       Et, comme je crois avoir déjà donné, ici, quelques preuves de bonne volonté dans la recherche de la vérité, je ne vois pas comment ne pas installer tout de suite Jacques Suire à la place qui lui revient, dans le cyclisme bordelais, tout au moins. Au risque de me répéter.

           

            Tout de suite après les pères fondateurs (les Maurice Martin, P. Rousset, Jiel-Laval et autres Ladevèze et Lanneluc-Sanson ou Juzan…) émerge la figure de Cassignard. Bordeaux et la Gironde sont bientôt truffés de vélodromes. Le cyclisme sur piste est une spécialité bordelaise. Et, même si en 1937, le vainqueur du Tour de France est un Bordelais, Roger Lapébie est d’abord l’un des fils du cheminot de la Médoquine qui, très tôt, a connu « l’anneau rose de Lescure » et le maître des lieux : R. Hue. Ce n’est pas seulement une banale « affaire de famille », si le « petit frère » Guy sera bientôt le vainqueur des « Six jours » à Gand, Bruxelles, Anvers, Berlin, Zurich ou Paris.

            La grande fête du vélo à Bordeaux, c’est au moment de l’arrivée du Tour de France au « vélodrome municipal ». Ce jour-là, le stade est plein, mieux que pour un match des Girondins, autant que pour une finale de rugby. Y gagner, c’est (presque) l’apothéose.

            Si certain(s) journaliste(s) ternisse(nt) quelque peu la victoire et la joie de Guy Lapébie en 1949, celle d’André Darrigade (enfin, en 1964) est reprise en chœur par le public bordelais. Certes, il y a moins de monde, dix ans plus tard, le 19 juillet 1974, pour accueillir Francis Campaner, le Libournais, vainqueur de l’étape avec 14 minutes d’avance, dans un Tour dominé comme ailleurs par E. Merckx. En effet, au tournant des années 50, le cyclisme sur piste vacille. Des vélodromes disparaissent…(destruction du Vél d’Hiv de Paris en 1959).

 

            Et, la carrière de J. Suire s’articule autour de cette évolution. Entre 1958 et 1963, Jacques Suire additionne tous les titres nationaux et régionaux qu’un jeune homme doué de ce que l’on appelle « une pointe de vitesse » peut récolter. Ajoutons-y, immédiatement, deux participations aux Jeux Olympiques (Rome 1960, Tokyo 1964) pour faire bonne mesure.

 

            D’ores et déjà, J. Suire s’inscrit dans une lignée bordelaise commencée donc par Cassignard, poursuivie au-delà de la « Grande Guerre » par les frères Lapébie, marquée ensuite par le titre de champion du monde de Maurice Verdeun en 1950, continuée par son frère Robert jusqu’aux années 60 et, enfin, conclue (provisoirement) par J . Suire, champion de France de vitesse amateurs en 1962.

Melle Ganneau et Jacques Suire, champions de France de vitesse sur piste à Reims, 1962.

 

            Une tradition des « sprinters bordelais » continuée jusqu’à nos jours par les Cortinovis, E. Vermeulen, B. Bannes, A. Dublé et, plus prés de nous encore, Quentin Laffargue, grâce au vélodrome du lac, édifié en 1989, sous la gouvernance de Jacques Chaban-Delmas.

 

            1 . L’ado., artiste et doué (1958-1963) :

 

- 1958, déjà chez les cadets, champion de France !  

            L’histoire commence à Saumur . 1958, c’est l’année du premier championnat de France des cadets. La F.F.C. n’avait pas jusque-là officialisé de catégories de jeunes et on en restait au « Premier Pas Dunlop », « championnat de France des débutants ».

Au bout de 70km, 30 coureurs restent en lice et Jacques Suire remporte le sprint massif de façon « irrésistible, dans la magnifique ligne droite d’Alsace ». Au sein du classement, on relève les noms de Biville, Izier, Rabaute et d’un attaquant mal récompensé par une chute : Leméteyer et, aussi de trois Girondins : Dècle, Pommé et Sieuzac.

            Il est déjà question d’un « Lapébie en herbe » et le journaliste de s’extasier sur « un gabarit qui ferait envie à bien des juniors », « un magnifique athlète beau comme un Adonis ». Dans les articles qui lui sont consacrés, Jacques Suire est présenté comme un athlète omnisports, ayant pratiqué le handball à l’Ecole David Johnston tout en rêvant d’imiter « le cheminot  Rios, champion de France ». Il est écrit aussi que « l’adolescent (est venu) presque malgré lui au sport cycliste ».

 

"presque malgre lui"... et avec la grimace !

 

            En fait, à Caudéran où la famille exploite un garage, « à la maison Suire, le cyclisme avait d’abord droit de cité ». On apprend ainsi que le père Charles Suire, déjà licencié au BVC, a pris part à quelques courses sur la piste de Lescure et que le grand frère Raymond a, en son temps, gagné le Tour du Bas-Médoc. Cet aîné est d’ailleurs convaincu que les « qualités physiques » de Jacques s’exprimeront mieux « pédales aux pieds » que « balle en mains ». Licencié très tôt au BVC, Jacques Suire totalise 17 victoires cette première année, dont le championnat de Guyenne et le championnat de France sur route.

 

            L’adolescent est donc athlétique et, apparemment doué. Mais, pas seulement pour le sport et le cyclisme. Entré à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, il y collectionne diplomes et prix, en fusain, sculpture et peinture.

 

- 1959 : la piste et le Criterium de France :

            Ce portrait flatteur, Jacques Suire ne va pas l’abîmer. En effet, les années qui suivent ce premier coup d’essai (Saumur, 1958), le voient conquérir une impressionnante panoplie de titres nationaux et de maillots tricolores qui vont avec.

En 1959, plus de trente victoires sur la route et un titre de champion de France sur la piste.

 

- 1960 : quatre titres et une sélection pour les J.O. de Rome :

            Derrière quatre grands succès : le kilomètre « Rustines », la « Médaille » de Paris, le Premier Pas sur Piste et le championnat de France OSSU de vitesse sur piste, l’année 1960 cache une déception : 11ème de la finale du Premier Pas Dunlop (gagnée par H. Rabaute).

La carrière cycliste de Jacques Suire prend ici une direction quasi-définitive. Mais, l’événement qui cache cela est exceptionnel : la sélection pour les Jeux Olympiques de Rome à 17 ans et demi !!!

Et, dans « Sud-Ouest », Robert Dutein s’amuse à qualifier de « premier grand prix de Rome » l’élève des Beaux-Arts de Bordeaux, osant le parallèle entre la « Villa Médicis » et le vélodrome olympique de Rome.

En effet, « Suire a prouvé qu’il était digne de la confiance de Gérardin ».

Au-delà de l’épilogue du « kilomètre Rustines », Jacques Suire, à 17 ans, a réalisé à la Cipale 1’12’’3/10 et, lors de championnats OSSU sur la piste de Saintes-Bellevue 1’13’’4/5. Après la victoire dans la Finale de la « Médaille », au Parc des Princes, Michel Thierry du journal « l’Equipe » le qualifie de « révélation de l’année ». Il fait, alors, partie de l’Equipe de France de poursuite olympique avec Claud, Delattre et Nédelec.

Galerie de portraits pour la grande finale de la Médaille (Paris, Parc des Princes) : de gauche à droite, Antonio Maspès, Achille Brunel, le grand frère Raymond derrière le vainqueur J. Suire et André Darrigade.

 

Mais, le 19 août, lors de la demi-finale, alors que l’Equipe de France mène d’une quinzaine de mètres devant les Allemands de l’Ouest après le premier kilomètre, Nédelec éclate en plein virage. Malgré le coup porté au moral, les trois Français se battent et il faut deux kilomètres  à leurs adversaires pour refaire leur retard. Finalement, les Allemands l’emportent avec quarante mètres d’avance.

 

Le titre était plutôt :" Ils étaient l'espoir de Gérardin "(après la crevaison de Nedelec)

 

Malgré la déception, Jacques Suire, dans les articles qui lui sont consacrés, apparaît comme « le jeune Bordelais de 17 ans » pour qui « la vie est belle », « un champion sympathique et charmant » qui a fait « une entrée fracassante dans la carrière » . Cependant, au journaliste de « l’Equipe »(J. Bergère) qui l’interroge, il déclare ; « je tiens, avant tout, à avoir un métier. Je ne cache pas que je voudrais faire carrière… »  Or, cet article porte le titre suivant :  « vainqueur du « kilomètre Rustines », le Bordelais J. Suire vise maintenant le 1er Pas Dunlop ! » On connaît le résultat et lorsqu’on évoque aujourd’hui cette épreuve avec J . Suire, on ressent encore sa déception. Déception qui, sur le moment, s’est effacée devant la perspective des Jeux Olympiques.

 

- 1961 : le voyage en Amérique du Sud

            Gérardin emmène R. Surrugue et J. Suire pour une tournée en Argentine. Le 21 janvier, lors de l’une des dernières réunions sur la piste de Buenos Aires, Jacques Suire chute gravement au cours d’une amèricaine. Il est touché au genou et la clavicule gauche est fracturée. Un traumatisme crânien le tient 8 jours dans le noir absolu. Son absence va durer deux mois. A son retour à Bordeaux, il arbore une magnifique casquette d’amiral souvenir du carnaval de Rio, où il a fait escale. C’est dire que le mauvais souvenir semble effacé.

            En effet, Jacques Suire reprend le chemin du succès avec un deuxième titre de champion de France solaires et universitaires, en vitesse à La Rochelle et son second s’appelle

Pierre Trentin.

 

 

Un autre titre de champion de France, aprés Saintes (1960), à La Rochelle en soclaires et universitaires (OSSU).

 

Ensuite, il enchaîne avec deux titres de champion de Guyenne : en vitesse où il dispose en finale de Fontagnères et en poursuite où il bat en finale Castera. A la suite de quoi, il participe aux championnats du monde à Zurich et s’incline en ¼ de finale devant l’Allemand Rudolph.

France vitesse amateurs aux championnats du monde 1961: Bertin, Gérardin, Gruchet et Suire.

 

 

Cette même année, sur la piste de Lescure, il efface le record du monde de Lucien Michard sur le kilomètre lancé qui datait de 1932 en 1’06’’.

            Dans un article pour les lecteurs de « La route Shell Berre » (les parents de J. Suire tiennent un garage) où il pose à son avantage avec une nouvelle casquette (de serveur de station d’essence), le journaliste de « l’Equipe », Michel Seassau écrit : « Avec ses énormes qualités et son goût du sport, il peut espérer progresser et atteindre la valeur internationale.

 

 

Mais, il semble que son avenir ne soit pas dans la vitesse pure. Formé à l’école de la route, il possède une résistance complétée par une vélocité naturelle qui lui ouvrent des perspectives pour la poursuite ». Voilà, donc, une nouvelle inflexion donnée à son profil et à son avenir de coureur. D’ailleurs, Séassau insiste : « il est souhaitable que son entourage lui fasse comprendre la nécessité pour lui d’aborder une autre spécialité dans laquelle il est déjà champion régional ».

 

- 1962 : « Et, pourtant… » Jacques Suire réalise en 1962 ce qu’aucun Bordelais n’avait pu :

être champion de France de vitesse amateurs (devant Trentin et Gruchet).

 

une belle "association" : Jacques Suire et Robert Verdeun... et, toujours, l'Ecole bordelaise de la Piste .

 

Ce titre s’ajoute encore à d’autres : pour la troisième fois, il est champion de France OSSU, en vitesse mais, aussi, en poursuite. En Guyenne, il est champion de vitesse individuelle et de vitesse sociétés (avec Bale et Fuertes) et, avec le comité, il gagne le Coupe de France préolympique (avec Debiard, Murphy, Poletto, Cuch et Paré) .

 l'équipe du BVC, championne d'Aquitaine vitesse sociétés : Gauthier, Masme, Bale, Suire.

Eliminé en series au championnat du monde de vitesse à Milan, il se classe 5ème en poursuite par équipes avec Cuch, Kotwas et Morelon.

 

- 1963 : Toujours très présent sur la piste :

Au plan international, il est 2ème en poursuite par équipes aux Jeux méditerranéens (avec Cuch, Kotwas et Paré) et 4ème dans la même discipline aux championnats du monde à Rocourt avec les mêmes partenaires.

En vitesse individuelle, il gagne les Grands Prix de Moscou, Tula et Turin.

"photo de Jacques Suire sur la piste russe avec une dédicace moscovite" (Tula)

 

Au plan national, il est 5ème du championnat de France de vitesse ;

Au plan régional, il est champion d’Aquitaine de vitesse et de poursuite sociétés , avec Bale, Masme et Gauthier.

 

            De 1958 (un premier titre de champion de France, cadets, sur route) à 1963, Jacques Suire se consacre de plus en plus à la piste, cumulant les titres et les sélections (J.O., Championnats du monde, Jeux méditerranéens). Au commencement plutôt sprinter, il est assez vite orienté vers la poursuite par équipes par l’entraîneur national Gérardin. Malgré deux grandes déceptions (le 1er Pas Dunlop, la poursuite par équipes aux J.O. de Rome), Michel Seassau peut affirmer : « Jacques Suire a ceci de particulier qu’il réussit dans la majorité de ses entreprises ».

 

            2 .  le service militaire parisien (1964 = l’ACBB)

 

            Dans une biographie de coureur cycliste, le moment du service militaire est souvent marqué par une interruption ou une suspension d’activité assez longue. Cela varie avec les générations ( par exemple : Guy Lapébie a 24 ans en 1940 ou Roger Darrigade est appelé en Algérie après son maillot de champion de France amateurs conquis en 1950…) et, aujourd’hui, ce n’est plus un problème. Mais, cela varie aussi selon les individus.

            En ce qui concerne Jacques Suire, étant  donnés son palmarès et la période concernée (1963-64), on aurait pu penser que son admission au Bataillon de Joinville ne poserait aucune difficulté. Et, que pour un sportif de « haut niveau » (l’année des J.O. à Tokyo), le service militaire ne serait qu’une formalité. C’était sans compter sur « l’ironie du s(p)ort » (cf. A. Blondin) : Jacques se souvient très précisément des quatre mois de classes passées dans les Ardennes (Charleville) et, s’il reste discret sur ceux qui ont pu « commettre une telle erreur »(sic), il raconte très bien la réaction de cet officier à qui, un jour, il montre son palmarès.

            Sans tarder, il intègre alors le Bataillon de Joinville et, comme tout bon provincial « monté à Paris », il devient l’un des nouveaux coureurs de l’A.C.B.B. où il troque le maillot « Peugeot-Port Salut » du B.V.C. contre celui de « Terrot-Leroux ». Parmi les coureurs qu’il côtoie, citons : Arzé – Guiot – Milliot – Delisle – Bechet – Jourden – Rabaute – Aimar…

 

 

 

En cette année olympique, l’essentiel de l’activté de J. Suire est toute entière  tournée vers la piste et les efforts à fournir en poursuite individuelle et par équipe. Aussi, la deuxième place à Sauveterre/Lemance affichée dans les palmarès publiés par G. Descoubes et (probablement) reprise par la « mémoire du cyclisme » a un effet trompeur. A cette période, J. Suire est surtout un « pistard » et, si nous insistons sur cela (peut-être trop pour certains…), c’est qu’il nous paraît nécessaire de faire entendre que le cyclisme est désormais entré dans une phase de son évolution où l’on ne passe plus, aussi facilement, de l’activité de « pistard » à celle de « routier » (pour ne pas dire que l’inverse est encore plus difficile).

En poursuite individuelle, il est :

 - 3ème du championnat de France et champion d’Ile-de-France

En poursuite par équipes :

 - Champion de France (avec Cuch-Paré-Sadot), champion d’Ile-de-France et 9ème aux J.O. de Tokyo (avec Cuch-Paré-Boudringhin) ;

 

l'Equipe de France de poursuite aux J.O. de Tokyo 1964: Cuch-Suire-Paré-Boudringhin

 - vainqueur de matchs  France-Allemagne-Belgique, France-URSS, France-Belgique ou France-Paris-Province

 - avec l’Ile-de-France (Cuch-Fix-Morelon-Prudhomme-Trentin) il remporte la Coupe de France préolympique.

 

            3 . le retour en Bordelais :

 

            A 22 ans, libéré des obligations militaires, peut-être rassasié des réunions sur piste, J. Suire revient en Bordelais et court sur la route.

 

            1965 : le C.C.B. : un nouveau maillot (sirop Berger) et un nouveau club. Un nouveau titre, aussi : Champion d’Aquitaine des sociétés, 100km clm. par équipes, avec M. Bidart-Laborde-Pinaud-P. Raymond.

 

 

Encore champion d’Aquitaine de poursuite et 3ème au championnat de France .

Mais, l’essentiel de l’activité est désormais tourné vers la route et cela donne : 10 victoires et un Bordeaux-Bayonne gagné devant A. Delort et C. Leduc.

Une deuxième place au Circuit des Boucles Varoises, derrière R. Elena, montre que J. Suire s’est mué en « routier » et est allé courir « hors de ses frontières ».

 

 

            1966 : J.Suire porte le maillot  Ford-Gitane, avec lequel il remporte la course d’ouverture en Aquitaine : le prix Jean Bret à Mérignac,

 

 

 

 mais la saison est gâchée par une chute sur la piste de Lescure qui l’a envoyé à l’hôpital de Pellegrin. Une vingtaine de crevaisons peuvent aussi expliquer un déficit de résultats, bien que figurent quand même à son tableau : le grand prix de Chateauroux et le criterium de Cajarc.

 

            1967-1968 : «  Jacques Suire a signé à Parentis – Il veut repartir du bon pied »                                                                                                                         (Sud-Ouest)

            C’est le titre donné par « Sud-Ouest » à un article signé Bernard Scudier, dans lequel J.Suire exprime son désir de repartir sur de nouvelles bases après une saison en partie gâchée par la malchance. Sous la direction de M. Laluque et sous les couleurs de l’équipe du « Vicomte » (Jean de Gribaldy) équipée par Tigra et sponsorisée par Grammont.

 "Miroir-Sprint" du 20/02/1967

Le début de saison le voit fréquenter la côte d’Azur et les camps d’entraînement dans la perspective des premières épreuves (dont Gênes-Nice) et l’espoir d’une sélection pour Paris-Nice. Il évoque aussi la possibilité de passer professionnel.

Le couple Ginette-Jacques attend un second enfant et Jacques dit aussi : « …si je reste amateur …je crois que j’ai une belle carrière devant moi… »

En fait, 5 victoires au compteur - dont le grand prix de la Victoire à Libourne –

 

Jacques Suire (le poursuiteur ?) fonce vers la "Victoire", à Libourne, dans le Grand Prix de ce nom(sic).

et une deuxième place « épicée » derrière Roger Darrigade dans  Bordeaux-Biarritz.

Mais,  lors de la troisième étape du « Midi Libre », il renonce, agacé d’avoir à « ramener » un leader hors de forme, alors qu’il pourrait prétendre défendre ses chances dans un sprint final.

 

            1968 : toujours sous la houlette de de Gribaldy, mais il faut ajouter « Frimatic » sur la maillot : 10 vitoires acquises dans la grande région, desquelles émergent le grand prix du Kiosque à Tarbes et le Tour de la Fraise en deux étapes.

 

Grand Prix Brettes à Mérignac : Jacques Suire, son fils sur le guidon et Jean-Pierre Barbe.

 

 

 

 

 

une autre "belle paire" (sic) : Adriano Dal Sié et Jacques Suire.

 

           1969 : fin de parcours et retour sur la piste sous les couleurs du B.V.C.

Jacques Suire est passé professionnel. Il échoue en finale du championnat de France derrière J. Mourioux et, à Anvers, pour les championnats du monde, il est éliminé en 1/8ème de finale.

En fait, c'est après un accident de voiture qui se produit au cours de la Route du Sud où il se trouve en tant que directeur sportif d'une équipe Peugeot amateurs. Alors qu'il conduit une 203 type "Tour de France" et qu'une chute vient de se produire, la voiture dans laquelle il se trouve est violemment heurtée par celle d'un groupe sportif espagnol. Les radios passées à l'hôpital ne décèlent pas de fractures. Pourtant, quelques semaines plus tard, de nouveaux examens permettent de trouver une explication aux douleurs qu'il ressent (compression d'un nerf brachial après "le coup du lapin"). Jacques Suire est désormais incapable de "tirer sur un guidon" et il dit aujourd'hui : "J'ai arrêté après ça..." 

 

4. le père et le fils :


  En 1962, Jacques Suire épouse Ginette Moreau, elle-même entourée de frères coureurs cyclistes. Ils se connaissent depuis l'âge de 15 ans. De ce mariage vont naître deux enfants : un garçon, Jacques-Raymond en 1962 et une fille, Nathalie en 1967.

 

 

Un contre-la-montre à La Bastide en 1958 : la demoiselle d'honneur s'appelle Ginette Moreau (la future Mme Suire), le second tenu par l'épaule est J. Pommé. A l'arrière-plan, figurent, entre autres, J. Crespo, futur dirigeant du BVC et le père du champion, Charles Suire.

 

Pendant dix ans, Ginette et Jacques tiennent la carrosserie de Caudéran, avant d'ouvrir en 1979 le magasin de cycles de Mérignac.

 Alors que n'existent pas encore les "écoles de cyclisme", Jacques-Raymond dit "Kinou" débute en cadets. Ses contemporains s'appellent, entre autres, Bruno Bannes et Michel Cortinovis.

 

 

 Qui peut rêver d'un meilleur "professeur" ou d'un meilleur "sparring-partner" ?

 

Mais, le fils n'est pas forcément à son aise dans le milieu des courses cyclistes. Ce qui ne l'empêche pas d'inscrire un Bordeaux-Castillon et deux étapes du Tour de Gironde (1985 et 1986) à son palmarès. Le père est, alors, coureur-entraineur et président. et, sa dernière victoire dans le Médoc serait "un coup monté par ses jeunes".

 

 Tour de Gironde, arrivée à Villenave d'Ornon : Jacques Suire ? non, Jacques-Raymond Suire !

 

Jacques-Raymond, quant à lui, prend sa destinée en mains. Il entreprend des études privées qu'il finance lui-même et devient pilote de ligne. Plus récemment, selon un scénario qu'il a lui-même connu, "Kinou", devenu père à son tour, a repris le vélo et, en 2011, il est devenu champion de France et champion d'Europe "masters" à Montichari. 

 

 

 "Vacciné avec un rayon de bicyclette", peut-être malgré lui, mais à nouveau sur le vélo et, lui-aussi, père-entraineur encadrant les jeunes du Mérignac Velo Club, parmi lesqueles son fils Ludovic (né en 1998) et sa fille, Amélie (née en 1991).

 

 

 

Damazan : le "chef" Suire et sa patrouille du Mérignac Velo Club.

 

5. le grand-père et ses petits-enfants :

 

Nathalie et Jacques-Raymond  ont eu, chacun, deux enfants : au total, une fille et trois garçons. Les quatre petits-enfants n'ont pas échappé au cyclisme.

L'aînée des quatre, Amélie Suire (née en 1998) s'est aujourd'hui écartée de la compétition cycliste malgré des débuts prometteurs. Elle continue cependant à encadrer les "petits", le mercredi après-midi.

 

 

 le grand-père et la jeune fille : Jacques et Amélie au Stadium.

  

Son frère, Ludovic (né en 1998) et son cousin, Clément Betouigt-Suire (un  minime de 1,90m !) font "régner la terreur" dans le peloton des minimes de la région. Deux gabarits et, peut-être, deux tempéraments différents. Clément a inauguré son palmarès national en remportant la "Petite Boucle", à Paris sur les Champs-Elysées (pupille 1, arrivée du Tour 2007).


 

Clément Bétouigt-Suire brûle les étapes : normal ! "il va vite"...

 

Autre grande et légitime fierté de Ginette et Jacques Suire, l'essor de Jauffrey Betouigt-Suire, désormais dans l'antichambre de l'équipe professionnelle AG2R à Chambéry, où il étudie le droit.

Aprés avoir écumé, comme le font son frère et son cousin, les compétitions pour les jeunes, Jauffrey a passé deux années au Pôle France de Bordeaux-Talence (2009-2010). Il a fait partie de l'Equipe de France aux championnats du monde juniors (2009). Déjà champion de France sur piste à l'américaine avec Lemoine en cadets (2008), il gagne en 2011 le championnat de France universitaire sur route.

 

 Jauffrey Betouigt-Suire, déjà des titres nationaux...

 

Nous l'avons déjà esquissé : le cyclisme se transmet de père en fils. Et, pour ceux (ou celles) qui seraient tenté(e)s d'y voir un quelconque ordre machiste, ajoutons que les Suire, comme d'autres avant eux, en ont fait une affaire de famille. 

 

 

 En famille à Mérignac (manquent les mères...) : Kinou, Clément, Jauffrey, Amélie, Ludovic et...Jacques Suire (de gauche à droite).

 

 

6. le Président du M.V.C. :

 

A ses débuts (autour de 1958), Jacques Suire est licencié au Bordeaux Vélo Club, comme l'ont été, avant lui, son père et son grand-frère.

Selon Charles Bidon, le B.V.C. "c'est toute l'histoire du cyclisme indépendant" (l'Athlète du 4/1/1961). Le club est né en 1912 de l'union de deux sociétés : l'Union Cycliste Bordelaise (1895) et du Racing Club Bordelais (1898) et ses couleurs ont tout de suite été celles du Racing :

violet et or.

Lors de fêtes pour le cinquantenaire du club, en 1963, on honore Jacques Suire, un autre champion de France au BVC, longtemps aprés Armand Tardieu (1906) et Daniel Fourgeau (1913), qui firent avec Charles Passet et Ernest Fouaneau les beaux jours du vélodrome de la Côte d'Argent édifié par la F.C.S.O. à Talence-Suzon.

Jacques Suire qui a connu deux présidents au BVC : MM. Barbaron et Crespo, devient à son tour Président du Club. Mais, un président d'une nature un peu spéciale, puisqu'en même temps coureur et entraineur.

Les époux Suire qui ont ouvert leur magasin de cycles sur la commune de Mérignac en 1979 vont s'immerger dans la "vie associative". En 1980, manquant de moyens pour organiser le stage de début de saison à St Pée sur Nivelle, Jacques Suire rencontre le maire de Mérignac, M. Sainte Marie. Celui-ci a connaissance du rôle joué par le magasin Suire dans ce quartier longtemps délaissé. Par l'aide accordée, il contribue à la construction du club actuel : le Mérignac Vélo Club, dont J. Suire sera le président pendant plus de 30 ans.

Egalement conseiller municipal de Mérignac durant 18 années, le jeune homme qui posait autrefois avec de magnifiques casquettes (d' amiral ou de pompiste) en a connu bien d'autres. Pour ne pas sortir du cyclisme, il a été arbitre de l'U.C.I. et médaille d'or de la F.F.C. Enfin, pour surprendre, il a aussi été champion de France de ball-trap !

Pour la fin de la saison 2012, M. le Président et son équipe concoctent l'anniversaire du BVC devenu MVC, dont ils ont déjà réalisé le maillot du centenaire.

 

 

 

 

 

 

 1912-2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 




23/03/2012
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