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Pierre CAMPAGNARO

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A la fin de l’été 1961, Pierre Campagnaro, jeune coureur cycliste (19 ans) de Carcassonne, monte à Paris pour disputer l’une des dernières grandes classiques amateurs de la saison, le Grand prix de « l’Equipe » et du CV 19ème. Le journal local rapporte cette expérience : « Il n’a pas gagné, bien sûr, mais quand on sait les difficultés pour un jeune méridional à affronter pour la première fois, sur leur terrain, les coalitions des coureurs de l’Ile-de-France, de Bretagne, de Normandie et de tous les puissants comités d’au-dessus de la Loire, la performance qu’il a réalisée est parfaitement méritoire ».

 

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De son côté, le quotidien sportif national français, « l’Equipe », publie un classement de l’épreuve qu’il patronne, comprenant 40 coureurs (il y en avait 120 au départ), lequel confirme la victoire d’un Irlandais, Ian Moore, les 180 km en 4h 36’ 30’’. A la 24ème place, on peut relever : « 24. Campagnard (AS Carcassonne) ». Cette « francisation rustique » du nom propre Campagnaro est savoureuse à bien des égards.

 

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En 1964, le "jeune méridional" a été invité à la remise du Trophée "Pernod", par le "Parisien Libéré" et Georges Pagnoud. C'est l'occasion de côtoyer M. Louison Bobet sans chercher à cacher son admiration... 

 

D’une part, elle fait écho à ces propos du journaliste local :  «  le fait d’avoir tenu, livré à lui-même, la dragée haute à ses redoutables concurrents coalisés… » (derrière Pierre on note : « 30. Biville… 32. Jankowski… 36. Paillier…37. Elliott).

D’autre part, elle cache pudiquement les circonstances d’une telle aventure : « il va encore rester quelques jours à Paris, grâce aux facilités que veut bien lui accorder son employeur et mentor, notre ami Bernard Dousse, vice-président de l’ASC cycliste ».

 

 

Pierre Campagnaro est né le 1er juillet 1943 à Villasavary, petite ville d’environ 3000 habitants, située sur l’axe Toulouse-Carcassonne, à quelques kilomètres de Castelnaudary, dans le Lauragais et en plein cœur du pays cathare. Il est le fils d’immigrés italiens qui, dans l’entre-deux-guerres, ont fui l’Italie de Mussolini. A 15 ans, il est apprenti mécanicien chez Ardit à Trèbes : «  j’allais travailler sur un vieux vélo… »

 

1958-59

 il prend une licence cadet au club de Castelnaudary. En 1959, le VéloClub Chaurien publie le bilan de sa saison. Six courses ont été organisées, dont le Prix de la ville de Castelnaudary gagné par Delio Soler et la nocturne de Garonzi, qui est revenue à Napolitanio. Le club compte 13 coureurs, soit 5 cadets et 8 amateurs.Chez les cadets, Pierre Campagnaro se distingue déjà avec 3 victoires : à Castelnaudary, Villeneuve-le-Raho et Villardebelle. Il est aussi 2ème du Prix du Lait à Perpignan, 3ème à Auxade d’Aude et à Narbonne, 4ème à Boujan sur Libron… et six fois dans les dix premiers.

On s’étonne donc de ne le retrouver que 7ème lors du championnat du Languedoc.

 

 1960

Et, on attend avec impatience son entrée parmi les « 3 et 4 » en 1960, l’année du 1er Pas Dunlop. Et l’on n’est pas vraiment déçu, puisque Pierre « Campa » se classe 3ème de l’éliminatoire départementale (1. Comte, AS Quillan), puis 3ème encore de l’éliminatoire régionale courue à Nîmes (1. Sanchez, Narbonne). Mais, Pierre, lui, est forcément déçu : il n’y a que 2 coureurs qualifiés pour la Finale nationale disputée à St. Etienne et gagnée par un certain Henri Rabaute…

Sur son cahier d’écolier, Pierre a noté 21 courses cette saison, entre avril et septembre, desquelles émergent la victoire dans le IVème G.P. de Fleury à Saint Pierre-la-Mer, trois places de 2ème (Castelnaudary, Axgole, Marossan) et trois fois troisième, trois fois quatrième, trois fois cinquième et toujours dans les dix premiers.

 

 

1961

Pierre Campagnaro monte en catégories : il gagne le G.P. de Montferrand (2,3 et 4) devant Comte, il est classé à La Redorte, aux Garrigots, à Nohic, à Courson.

Son entrée dans la carrière le situe entre les frères Soler, Delio et Dante qui gagnent les Boucles du Tarn à Mazamet (Dante en 1959 et 1960 , Delio en 1962) et Joseph Kerner qui montre le bout de son nez chez les cadets.

 

 

1962

Il signe à l’A.S. Carcassonne. La grande affaire, cette année-là, c’est le championnat de France amateurs, le 22 juillet à St. Hilaire du Harcouët. « Campa »  qui a terminé 2ème du championnat du Languedoc-Roussillon est qualifié pour cette épreuve. Mais, au comité on a oublié d’inscrire les deux représentants… Au dernier moment, un télégramme leur permet de prendre le départ. Pierre Campagnaro s’échappe à 15 km de l’arrivée, mais huit coureurs le reprennent à proximité du but et il se classe… 9ème.

Encouragé par ses dirigeants, il tente sa chance à nouveau en fin de saison dans les « classiques parisiennes ». Petit à petit, l’idée fait son chemin.

 

 

1963

Sur la recommandation de Gaston Plaud, Pierre se licencie au Club Sportif Municipal de Puteaux (CSM-JPS). Ce club est avec la gymnastique de la SMP emmenée par Raymond Dot (Champion de France) un des fleurons de l’animation sportive de la ville et de son maire Georges Dardel (1948-1969). En Ile-de-France et aux côtés des clubs parisiens réputés que sont l’ACBB et le VC 12°, le club de Puteaux rivalise également avec le CSM Persan, l’US Créteil, l’Antony-Berny, le CM Aubervilliers ou l’US Fontainebleau. Les « routiers putoliens » ont acquis cette notoriété avec quelques pensionnaires célèbres : Mastrotto, Valdois, Morels, P. Brun, A. Desvages…

Pierre Campagnaro est hébergé par J.L. Mollet et prépare ses prochains succès sur les routes de l’Oise, du côté de Lamorlaye, en compagnie de son camarade Foubert. Parmi les autres coéquipiers de cette « garde rouge » figurent : Aubert-Barjolin-Huan-Lieti-Millois-Poirier…

Les débuts sont laborieux. Le 20 mars, « Campa » se classe 54ème du Paris-Ezy que remporte son copain Adriano Dal Sie. La suite est nettement plus brillante. Entre mars et octobre, Pierre C. dispute 11 grandes classiques parisiennes amateurs. Ces courses voient généralement plus de 200 coureurs au départ et se déroulent sur plus de 150 km.

 

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 Peloton d'une classique parisienne, début des années 60 : Pierre, tête nue, mène devant Pochlopek, sa casquette et son maillot  "Margnat-Paloma" et, derrière,  tous les clubs sont là : avec ou sans casque, lunettes de soleil… au fond et au milieu, avec le maillot du VC Loir, Adriano Dal Sie...

 

- Paris-Ezy : 54ème

- Paris-Evreux : 9ème ex.

- Paris-Troyes : 7ème ex.

- Paris- Pacy/Eure : incident mécanique

- Paris-Rouen : 1er

- Paris-Vendôme : 3ème

- Paris-Verneuil : 18ème

- Paris- Forge-les-Eaux : 5ème

- Paris- Cayeux : 1er

- Paris-la Ferté-Bernard : 7ème ex.

- Paris- Dreux : 2èm

La révélation a lieu dans Paris-Rouen, le 12 mai. Il s’agit de la plus ancienne « classique » parisienne (1869 : 1. Moore). Eugène Christophe (4ème en 1903) est le premier à le féliciter. Et, la presse publie : « s’être montré plus opportuniste que combatif, mais user de sa vélocité quand elle doit servir à départager un peloton est de bonne guerre ! » Au bout de 141 km (en 4h 3’), alors qu’il y avait 150 concurrents au départ, ils ne sont plus que 30 coureurs à se présenter à l’arrivée. Et, Pierre Campagnaro, 20 ans, l’emporte devant  2. Caffi (USC)  3. Foubert (CSM-JPS) 4. Jacquelot (PC)

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 Pierre Campagnaro, vainqueur de Paris-Rouen 1963, serrant la main de Jacquelot  (Pédale Charentonnaise)

  

Le 7 juillet, il récidive dans Paris-Cayeux, « la course vers la mer », effectuant les 163 km en 4 h 27’ devant 2. Hinault (ACBB) 3. Labrouille (USFB) 4. Zujko (ACBB). Ils ne sont plus que 17 à l’arrivée. Pierre devient leader du « Mérite Veldor ».

Le « jamais deux sans trois » devait avoir lieu : dans le 29ème Paris-Dreux, le 6 octobre, Daniel Popieul de l’UV Flandre-Artois, le devance de 9’’. « Après 140 km de course, sur les 158 représentant la distance de Paris à Dreux, une bonne trentaine de concurrents pouvaient encore prétendre à la victoire. Tous les favoris étaient là (…) Pour avoir exploité au moment opportun cette rivalité, D. Popieul, un jeune Nordiste de 18 ans… » Il est cependant question d’une voiture qui aurait favorisé « l’exploit » de Popieul. Une réclamation est déposée. Sur la coupure de journal qu’il a conservée, on constate que Pierre Campagnaro – probablement en colère - a rayé le titre de « l’Equipe » qui disait : « le Nordiste Popieul a déjoué le plan des sprinters », le troisième est Lemeteyer (VC 12°).

Entre temps, « Campa » est rentré au pays pour la « Route du Vin », où une chute dans la 1ère étape le handicape au classement final (21ème). Mais, il a pris contact avec les épreuves par  étapes : Circuit de la Sarthe (42ème) et Tour de l’Eure-et-Loir (32ème).

Il est, aussi, présent dans les Grands Prix : Boulogne (chute), Sablé (5ème), Ponthierry (2ème), Saclay (5ème), de « l’Equipe »(52ème), Auffargis (5ème) et, le 13 octobre, il clôture la saison par une 4ème place au Criterium des Vainqueurs (1. JP Ducasse… 5. Barjolin).

 

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 Criterium des Vainqueurs ; Pierre, dans la montée, devance D. Barjolin ( 1er au classement des grimpeurs)

 

 

Cette première saison « parisienne » (avec incursion estivale au pays : 1er à Boulogne/Gesse, 2ème à Saraman…) balaye 50 jours de course pour 3 vitoires, 4x2, 2x3, 4x4 et 5 fois 5ème.

 

 

1964

C’est l’année des Jeux Olympiques à Tokyo et on peut lire alors dans « l’Equipe » : « Oubron tient un homme rapide pour Tokyo : Campagnaro ». Mais, le rêve olympique s’estompe : un accident de voiture en compagnie d’A. Desvages prive Pierre de l’aventure japonaise.

Pourtant, l’année avait bien commencé : « Campa », qui a intégré le Bataillon de Joinville pour le service militaire et qui effectue une période à Pau, offre à son capitaine une première victoire dans le Grand Prix du Kiosque à Tarbes.

 

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 Grand Prix du Kiosque, ville de Tarbes, 1964 : le vainqueur, Pierre Campagnaro, sous les yeux du  Capitaine Stéphane, lequel a amené son "homme" en voiture au départ !

 

 

Et, une semaine plus tard, il gagne Paris-Evreux devant Roy et L’Hostis (Letort est 5ème). La Presse en conclue : « Campagnaro est le sprinter-type de Paris-Evreux », puis, « victoire en force de Campagnaro… le Carcassonnais se dégagea irrésistiblement dans les 200 derniers mètres… il est actuellement le meilleur spécialiste de classiques depuis le passage chez les pros de Jean Arzé ». Robert Pajot, dans « l’Equipe », constate qu’  « il figure désormais au palmarès des deux épreuves les plus anciennes du calendrier amateur ».

 

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 Le bouquet du vainqueur de Paris-Evreux 1966

 

 

C’est encore une saison à plus de 60 jours de course et « Campa » récolte 5 bouquets (Tarbes, Paris-Evreux, Encosse-les-Thermes, Carcassonne, Longchamp). Il participe à la « Route de France »(abandon dans la 6ème étape), au Tour de l’Yonne (11ème, 5ème de la 2ème étape), au Tour de la Province de Namur (5 étapes, 33ème, vainqueur : B. Guyot) et il fait partie de l’Equipe de France (avec Biville, Crebassa, F. Ducreux et Nicolas) pour le Tour de Bulgarie (12 étapes, malade et abandon dans la 9ème étape).

Lors du championnat de France militaire sur route à Colmar, il se classe deuxième derrière José Samyn (1946-1969).

 

 

1965

La saison commence sur la Côte d’Azur. A St. Topez, le 21 février, il se classe 6ème du Grand Prix gagné par René Grelin (VC Dôle), ex-champion de France scolaire et universitaire en 1962, à Reims. Le 9 mars, il est 15ème du G.P. de Nice enlevé par Charly Grosskost. Et, le 28 mars, il se classe 10ème de Paris-Evreux (qu’il avait gagné l’année précédente) remporté par Jean-Yves Roy de l’US Créteil.

Dans Paris-Vendôme, il est 2ème  derrière Yves Vignolles (VC du Loir) et devant Maroilleau (VC 12°). Du 16 au 27 mai, dans la « Route de France » (gagnée par C. Grosskost), il est sucessivement 8ème de la demi-étape entre St. Gervais et Annemasse, 3ème de la 6ème étape entre Genéve et Louhans et 7ème de la 7ème étape entre Louhans et Roanne.

Le n°57 du « Miroir du Cyclisme » dresse la liste de ceux sur qui « le cyclisme français compte » : Bidault-Bouton-Cuch-Desvages-Ducreux-Fix-Gouverneur-Grosskost-B. et C. Guyot-Labrouille-Livet-Morelon-Roy-Swertvaeger-Trentin-Varga… Pierre Campagnaro en fait partie.

Quasiment la même génération se retrouve, le 13 juin à Valentigney, pour le Trophée Peugeot.

Au « Tour du Maroc », où il est allé avec l’Equipe de France sous la direction de Robert Oubron, en compagnie de  J. Catieau, F. Ducreux, J. Guiot et  C. Grimbert .

 

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 Stade de Casablanca : dernier bouquet, dernière étape, l'Equipe de France au complet.

 

  

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 2 Français échappés au Tour du Maroc : G. Grimbert et P. Campagnaro… et, derrière ..?

 

il remporte l’étape de Casablanca, mais échoue à la troisième place du classement général de l’épreuve remportée pour la troisième fois par Mohamed El Gourch (1960-64-65) devant son compatriote Abd. Farak.

 

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 Le podium du Tour du Maroc 1965 : A. Fark, M. El Gourch et P. Campagnaro.

 

1966

Le 20 mars, lors de Paris-Evreux, il doit, à nouveau, se contenter de la deuxième place derrière Claude Guyot (US Créteil), 147 km en 3h 33’ 22’’, mais devant Escudier (SC Nice), Berland (VC Luçon) et F. Ducreux ‘SC Nice).

Le 29 mai, il doit encore se satisfaire de la 2ème place derrière Alain Van Lancker dans Paris-Vailly/Saudre.
Au total, avant de passer professionnel, Pierre Campagnaro a gagné 3 classiques amateurs parisiennes : Paris-Rouen 1963, Paris-Cayeux 1963 et Paris-Evreux 1964. Et, il a collectionné 4 places de 2ème : Paris-Dreux 1963, Paris-Evreux 1966, Paris-Vailly/Saudre 1966 et Paris-Vendôme 1964.

 

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 Une autre arrivée de Paris-Rouen et deux anciens 1er et 2ème (en 1963) : Pierre en compagnie de JP Caffi

 

  

1967

C’est l’année où Pierre Campagnaro passe professionnel dans l’équipe « BIC », dirigée par R. Geminiani et R. Louviot et qui succède à « Ford France Hutchinson ».

 

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   "… trop tôt, dans une équipe trop forte ..?"

 

Il devient ainsi – parmi d’autres – l’équipier de Jacques Anquetil. Seulement, lors du Tour de France 1966, Jacques Anquetil a aidé son coéquipier Lucien Aimar à remporter, malgré Poulidor, une épreuve qu’il a, lui, déjà gagné 5 fois et qu’il ne courra plus.

A « Coups de pédales » (n°120, mai-juin 2007), Pierre déclare : « J’ai misé sur Bic, je suis rentré trop tôt dans une équipe trop forte ». Peut-être aurait-il mieux valu que « Campa » suive la filière « Peugeot » avec Gaston Plaud, et… deux ans plus tôt.

Le 12 juin, pour la Ronde de Brignoles gagnée par C. Grosskost, il est 5ème. Le 28 mars, dans Paris-Vimoutiers (245 km, 1. G. Chappe) il se classe 13ème.

En mai, il connaît le Tour d’Espagne, en compagnie de Jimenez, Wolfshohl, Den Hartog, Theillière, Graczyck, Milesi, Riotte, Bolley et Leduc. Mais, dans la 7ème étape, entre Benidorm et Valence, à la suite d’une deuxième crevaison alors que cela roule très vite, aucun coéquipier n’ayant été détaché pour l’aider à revenir, il perd le contact avec le peloton, arrive hors délais et il est éliminé.

Au Tour de l’Oise, 5ème de l’étape 2a (Compiègne-Beauvais : 1.J. Guiot), il termine au final 6ème du classement de cette épreuve remportée par l’Allemand P. Glemser.

En juin, au « Midi Libre » (remporté par M. Grain), il est 4ème de la troisième étape, Béziers-Montpellier (1. J. Marine), puis 11ème de la dernière demi-étape, Bagnols-Nîmes (1. JM Lasa), au classement général il est 27ème.

 

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 Dans la "Polymultipliée"… avant de casser sa roue libre...

 

 

Le Tour de France 1967 revient aux équipes nationales. Avec l’Equipe de France, deux autres sélections françaises participent : les Bleuets et les Coqs de France. Pierre Campagnaro n’en fait pas partie…

Cependant, sa campagne des criteriums sera plus fructueuse :

 - 22 mai, à Guéret, Prix de la Trinité : 3ème (1. H. Anglade 2. JP. Ducasse)

 - 25 mai, à Brigueil-le-Chantre : 2ème (1. J. Arzé… 3. G. Ignolin)

 - 7 août, à Vergt : 5ème (1. R. Poulidor)

 - 17 août, à Quillan, presque chez lui, il est 4ème derrière 1. L. Aimar 2.B. Guyot 3.D. Letort

 - 12 septembre, à Auch : 3ème, derrière 1. R. Darrigade 2.M. Laforest

 - 18 septembre, à Pleyber-Christ : 3ème (1. G. Ignolin)

Le 14 août, il inscrit son nom au palmarès du criterium international de Pléaux, dont c’est la 12ème édition. Un palmarès ouvert en 1956 par Maurice Lampre et clôturé en 1978 par Francis Campaner, où  l’on retrouve – parmi d’autres – les noms de : Stablinski, Simpson, De Roo, Anquetil, Bracke, Pingeon, Guimard, Poulidor…

Pour cette édition de la « classique cantalienne »,  « Campa » s’est échappé avec celui que tous appellent avec respect « le grand Fages ». On  ne les reverra plus. Prat (Maurs) est 3ème à 2’10’’, 4. Schleck ( ! = le père), 5. Wolfshohl, 6. Pinazzo, 7. Karstens et, un peu plus loin, 10. Janssen… 15. Ocana…

Mais, l’expérience professionnelle de Pierre ne dure qu’un an. Déçu par les choix de ses directeurs sportifs (R. Geminiani et R. Louviot), privé de Tour de France, puis confronté à un programme de courses qui ne lui plaît pas, il redevient « amateur hors catégorie ».

 

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 Grand Prix de Fourmies :  échappé, un concentré de forces… qui va devoir attendre Wolfshohl...

 

 

1968

La saison commence sur la Côte d’Azur, comme si de rien n’était : Ronde de Monaco : 5ème, Antibes : 30ème, Aix-en-Provence : 30ème.

En mars, il recentre son activité au plan régional : 6ème à Lourdes, dans le peloton à Grenade/Garonne, 2ème à Bassons, 3ème à Villelaure, vainqueur du 1er G.P. des assurances « Le Phénix » à Carcassonne.

 

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 Bordeaux-Saintes, mars 1967 : Bouton mène devant "Campa" et "Popoff" (Graczyk)

 

En avril (le 25), il court le « Tour de l’Hérault » (222km) gagné par le Belge Le Gein devant Riotte et Genet. Il est 33ème.

En mai, à l’occasion du VIIIème Prix de « La Marseillaise », il figure à nouveau avec les « pros » des équipes « Pelforth-Frimatic-Mercier-Peugeot », dans l’équipe « Bic » en compagnie de J. Anquetil. Il est 8ème à Toulon, 5ème au Mont Faron, 10ème à St. Sanary, 8ème à Figeac, puis 7ème du classement général à Villefranche de Rouergue.

Dans les « Boucles de l’Aude », après avoir gagné la deuxième étape La Roque d’Olmes-Carcassonne, il est 4ème au classement final derrière Coralle, Manzano et Chabran.

Le 25 mai, il gagne le G.P. de Chalabre (2. Esclasssan 3. Mottard). Il est encore 2ème à Vézac.

Vient alors le temps des nocturnes : Albi, Castelnaudary, St. Jean, Lourdes, Florensac, Nîmes et l’arrivée du Tour, à Albi.

En août, souvent classé, deux fois 2ème à Bergerac et à Florensac, il poursuit jusqu’en septembre l’activité intense d’un coureur régional.

 

 

1969

La carrière du coureur cycliste, Campagnaro Pierre s’arrête un mardi du mois d’août 1969, à Florensac. Ce jour-là, il est encore 2ème d’un course gagnée par un certain Biville.

 

Lorsque nous le visitons – à la fin du mois d’août – dans son garage « Auto-Méditerranée », à Carcassonne, « Campa » derrière son bureau et entouré de grandes photos de l’époque « Bic » nous assène d’entrée : « Je ne suis qu’un petit coureur ». Sans doute est-il possible de reconnaître dans ces paroles la trace de cette modestie qu’enseigne la course cycliste.

 

 

« l’ancien champion deux roues reconverti en quatre roues »

 

En 1973, il monte un garage avec son frère. La SARL « Campagnaro frères », sur le plateau de Grazailles, qui est bientôt le concessionnaire des marques Audi, Nissan et Volvo. « Issu d’une famille très pauvre », l’apprenti mécanicien de Trèbes, devient à 32 ans « un exemple de réussite sociale ». Un PDG qui dirige une « excellent équipe de vendeurs », soit 25 personnes.

Interrogé sur sa réussite sociale et professionnelle, Pierre Campagnaro explique d’abord que « le cyclisme est un sport qui permet de gagner de l’argent ». Et, il revient sur sa relation avec Jacques Anquetil :  « j’étais son homme de peine… outre l’intérêt que j’avais à le servir, j’éprouvais de l’admiration… je ne pouvais pas avoir de l’ambition ». Et, il ajoute : « Je dois reconnaître qu’Anquetil était un patron compréhensif ». Puis, « il détaille le montant des contrats des grands champions, (la pratique) des gains abandonnés aux équipiers lors des grandes classiques ».

A Carcassonne, le concessionnaire Volvo, installé au plateau de Grazailles, est aussi un « sportif bien connu dans notre ville ». En 1978, Jacques Anquetil est en visite à Carcassonne dans le magasin de cycles de Pierre et il se souvient : « c’est ici que j’ai eu mon premier maillot tricolore… (champion de France sur route amateurs, 1952) et, s’adressant au maître des lieux : « tu as été l’un de mes fidèles serviteurs, cela ne s’oublie pas… » (« L’Indépendant, 17/6/1978).

 

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… plus qu'une photo de famille : deux coureurs (Anquetil et Campagnaro) et trois "dirigeants" (le jouranliste, Pierre Chany, le directeur sportif Raphaël Geminiani et M. Darras de la société "Bic"). La photo copieusement dédicacée est en bonne place dans le bureau de "Campa" à Carcassonne, dans ses archives aussi (cette reproduction en vient) et elle a aussi été publiée par feu la revue "Coups de pédales" dans son n° 120 en 2007.

  

D’autres viendront, parmi lesquels Luis Ocana et Lucien Aimar. Le Tour de l’Aude, puis le Tour Méditerranéen seront à Carcassonne. Il y aura aussi des Grands Prix Volvo-Campagnaro et des Trophées Volvo-Campagnaro. Le camion humanitaire de Jean-Louis Silvestre, issu du garage Campagnaro court les pistes du Sahara. Un Nissan Patrol (turbo diesel de 115 cv) participe au rallye de l’Atlas, sous les couleurs des Ets. Campagnaro, aux mains de Hurtault et Portal. Le journal local (16/6/86) écrit : « il a toujours su rendre au sport ce que ce dernier lui avait apporté lorsqu’il sillonnait les routes de France aux côtés de Jacques Anquetil ».

Président de l’AS Carcassonne cycliste, Pierre Campagnaro est pressenti, un temps, pour occuper le siège de Président du Racing  Club Carcassonnais, club de rugby à 15. Après réflexion, il répond par la négative, s’estimant trop néophyte en rugby et, surtout, en raison de ses « affaires ». En effet, à la fin des années 80, « Campa » s’associe à Walter Spanghero dans une grosse entreprise de location de véhicules.

Il incarne alors « la nouvelle génération des entrepreneurs carcasssonnais dont la réussite s’est faite à coup de dynamisme et d’adaptation au monde actuel ». Ce qui lui vaut d’être « hissé au rang de sénateur de la Jeune Chambre Economique ».

 

 

29 août 2013, au soir.

Pierre Campagnaro rentre dans sa très plaisante propriété de Villedubert. A 70 ans, il aimerait profiter de sa retraite, vendre son garage et…

Marié à Dany en 1967, ils ont eu deux filles : Florence en 1969 et Kathia en 1972, d’où quatre petits-enfants qui se nomment : Athanaïs, Maximilien, Marine et Thomas.

 

C’est dans l’Aude, chef-lieu Carcassonne, célèbre pour sa ville fortifiée, entre Montagne noire et Pyrénées, et pas très loin de la Méditerranée. Pays qui a vu naître Léon Blum et Olivia Ruiz, Joseph Delteil et Fabre d’Eglantine. Terre aussi du rugby à XIII et du célèbre Puig Aubert, dit « Pipette ».

Longtemps, longtemps après Cathares et croisade contre les Albigeois,

Moins longtemps après des viticulteurs en colère,

Un département qui abrite encore l’un des plus vieux criteriums cyclistes de France, à Quillan.

 

 

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 Pierre a gagné à Pléaux, dans le Cantal, mais jamais, chez lui à Quillan, comme ici. On peut reconnaître Luis Ocana (en 3ème position) et, plus loin, Raymond Pouidor.

  

Résonnent alors – allez savoir pourquoi - ces paroles d’une chanson de Nino Ferrer (1975) :

 

C’est un endroit qui ressemble à la Louisiane

A l’Italie

Il y a du linge étendu sur la terrasse

Et c’est joli

On dirait le Sud

Le temps dure longtemps

Et la vie sûrement

Plus d’un million d’années

Et toujours en été… 



09/10/2013
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