Memovelo

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Joseph CIGANO

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  En 1953, c'est avec ce maillot frappé de la marque de cycles "VELOR" qu'il remporte  le Tour de l'Orne sa première grande course  (par étapes) de portée nationale .                                                     

 

- un soir au vélodrome :

 

 

            C’était un soir au début du mois d’octobre, alors que se disputaient au Stadium du Lac les championnats de France de cyclisme sur piste. Parmi la petite assistance et dans la tribune face à la ligne d’arrivée, deux têtes blanchies commentent les ébats. Je reconnais Yves Nebut et je m’avance pour le saluer. Yves me présente alors son voisin, dont je connais bien la grande réputation : Joseph Cigano.

J’avais douze ans quand Jean Francis ne tarissait pas d’éloges sur la présence de Joseph Cigano et de Julio Alvarez au départ de ce modeste Grand Prix des fêtes à Saint-Médard de Guizières au mois d’août 1956. Je n’avais pas, alors, une vraie connaissance, au physique, du coureur et de l’homme. Plus tard, j’ai entendu Gérard Descoubès et Christian Bannes raconter les rendez-vous d’anciens à Mourens et, depuis quelques années, je vois monter en puissance le petit-fils, Thomas et, bientôt son frère, Nicolas. Aussi, est-ce par réflexe – donc de façon spontanée – que je m’exclame en lui serrant la main : « Pepino ! » Ce qui a le don  d’éclairer son visage d’un large sourire. Et, de convenir avec Yves Nebut que nous irions bientôt lui rendre visite.

            Dans un blog dont le but affiché est d’appréhender le cyclisme des années 50 et 60 dans notre région, Joseph Cigano se doit, évidemment, de figurer. Cependant, j’appréhende cette entrevue, ayant été, ici ou là, mis en garde sur le grand âge de l’homme. Mais, il y a d’abord sa fille, Françoise, femme calme et déterminée, qui sait que son père a besoin de contacts. Et, il y a, aussi, « Chri-Chri », son aide, grande femme sans manières, prête à le servir.

D’emblée, nous sommes confrontés à des photos et à des albums. Puis, on me fait asseoir à côté de Joseph dans le canapé. Là, tout à côté de celui qui fut, au milieu des années 50, le meilleur « indé » de Gironde, j’ai, tout à coup, honte de mon entretien « en face à face » et de mes questions qui peuvent être harcelantes. Alors, pendant qu’Yves Nebut est le nez plongé dans des coupures de presse qui lui rappellent d’autres temps, j’emmagasine les gestes, les paroles et l’énergie d’un homme qui préfère rire, prendre son interlocuteur par le bras, dire qu’il ne souvient plus et qui réclame tout à coup : « Chri-Chri, donne-nous à boire ! » et qui, quand nous prenons congé, ne cesse de répéter à Yves : « vous viendrez manger, hein ? vous viendrez manger.. ? »

            Un homme dont le visage aux traits fins abrite deux yeux pétillants, qui a eu le bonheur de voir l’un de ses petits-fils porter le maillot arc-en-ciel, lequel, Thomas Boudat, lui a fait endosser un soir au vélodrome de Bordeaux, son maillot de champion de France.

 

 

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 Joseph Cigano, chez lui, janvier 2016.

 

 

- immigrés dans l’entre-deux-mers :

 

 

            La famille Cigana a quitté Gaïarine (province de Tévise, en Italie). Le père, Antonio, a emmené Rosa, sa femme et leurs neuf enfants (cinq filles et quatre garçons), dont le petit dernier Joseph, dit « Pepino », qui a juste trois mois.

Le « a » de Cigana, devenu un « o » dans Cigano, serait dû à l’écriture de l’employé à l’état-civil de la mairie de Mourens. Dans l’Italie où les deux campionnissimi ont des patronymes qui se terminent en « i » (Bartali, Coppi) et leurs seconds, des noms qui se terminent en « a » (Astrua, Fornara), l’originalité de « Cigano » - vite diffusé par la presse – n’a peut-être pas nui à Joseph. Par contre, Françoise Boudat, la fille de Joseph, se souvient avec agacement de cette identité incertaine, quand, à l’école, on lui donnait tantôt le nom de Cigano, tantôt celui de Cigana.

 

 

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 Etat civil de Gaïarine : le 14 septembre 1932, est né GIuseppe, Domenico Cigana, fils d'Antonio Cigana et Rosa Basso.

 

 

 

            Les Cigana sont des terriens. Ils s’installent dans l’Entre-deux-mers et deviennent les métayers d’une grande ferme. La famille s’accroche à la terre et cultive le vignoble. Joseph est élevé dans cet amour de la campagne et de son travail ingrat. En 1953, Charles Bidon publie dans « l’Athlète » un article consacré à Joseph Cigano , intitulé « un espoir confirmé ». Il voit dans cette éducation les raisons de l’attirance du « vaillant adolescent » pour le « cyclisme routier individuel, sport dur entre tous ».

 

 

 

 

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 Un instant de pause dans le travail à la vigne : en bas, le père, Antoine , et une réfugiée que la famille héberge et, en haut, Joseph et son frère , Victor.

 

 

 

            L’Entre-deux-mers, que Jospeh Cigano ne quitte pratiquement jamais, est situé au sud-est de Bordeaux, toujours en Gironde, entre la rive droite de la Garonne (« le fleuve ») et la rive gauche de la Dordogne (« la rivière »). C’est un plissement entre Garonne et Dordogne, donc un endroit très vallonné, essentiellement planté de vignobles.

Au plan historique, c’est une région de tradition gasconne, partie de la Guyenne et du territoire de La Bastide, rattaché à Bordeaux au XIXème siècle. Une ligne entre le Pian/Garonne et Sauveterre sépare le diocèse de Bordeaux de celui de Bazas.

C’est aussi une dénomination popularisée par l’appellation viticole (vin blanc sec ou liquoreux, mais pas seulement). Les « deux mers », c’est  - peut-être – parce que les eaux fluviales sont soumises au mascaret, quand la mer remonte, mais aussi, parce qu’en gascon « maa » ou « mâ » désigne aussi bien la mer que le fleuve.

 

 

- les débuts :

 

 

            A 14 ans, le jeune berger prend part à quelques courses locales pour non-licenciés, le dimanche, sur un premier vélo avec des roues à pneus ballons. Mais, ce « vieux clou » est trop lourd, trop dur à pousser et il ne gagne jamais. Victor, son grand frère, devient son premier mécène. Il lui donne une brebis, qu’il nourrit et revend pour s’acheter un « vrai vélo ». Par la suite, c'est son frère André qui le suit et l'accompagne.

En 1948, encouragé par son camarade Nardi, il signe une première licence au CA Bèglais. Il gagne alors la troisième course de classement et il a droit à une « monte ». A Preignac, où il y a 160 concurrents au départ, il gagne, détaché.

Puis, en 1949, il est au Saint-Pierre d’Aurillac Cyclo-Club, la société de M. Lafourcade, en compagnie de Garus, Dupuch et Gory.

En 1950, sur les 80 km qui vont du Pont-de-la-Maye à Langon, puis retour, il enlève l’éliminatoire du « 1er Pas Dunlop » de Gironde devant : 2. Sosa (BVC) 3. Pascal (CG). Il est, alors, équipé par les cycles « VELOR » distribués par M. Lafargue, mécanicien à Bègles. Cette même année, il gagne à Toulenne, Monprinblanc et Bieujac.

Bientôt, indépendant 1ère catégorie (en 1951), il obtient des succès dans de nombreuse courses régionales où il affiche, déjà, de belles qualités de rouleur (Rolland-lesPeintures, Saint-Brice, Haut-Barsac), sous la surveillance de son dirigeant de club, M. Lafourcade.

 

 

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 Au départ d'une étape du circuit des 3 vallées : au premier  plan, un magnifique représentant de la maréchaussée qui, à l'époque, se mettait facilement à la disposition des organisateurs de courses cyclistes et, derrière et autour, les visages graves de jeunes sportifs qui, loin de là, ne portent pas tous le casque (debout au milieu, Joseph Cigano, et, au fond, le café du Comminges, nous sommes ici au sud de la Haute-Garonne)

 

 

 

- l’entrée chez les grands :

 

 

            La confirmation vient. En 1952, il enlève, détaché, le Grand Prix du CA Bèglais : le temps est magnifique, la foule importante et il y a 138 « bornes » au programme. A 14h25, le cortège des voitures officielles s’ébranle depuis le Pont-de-la-Maye sur la route de Léognan, quand Gaston Martin (Président du CAB, son fondateur en 1907) abaisse la fanion. « Léognan est traversé à la volée… on côtoie le ruisseau du Breyra…le long de la rampe de Martillac, les spectateurs se sont massés… Lafranque est presque toujours en tête suivi de R. Bertrand, J. Rinco, G. Tillard… le peloton suit à un peu plus d’une minute ».  Puis, sur « la route remarquablement déblayée par la maréchaussée motorisée », Nardi, Bougon, Garnung et Cigano reviennent sur les hommes de tête. Alors, « le long du ruisseau le Breyra, Cigano attaque… à corps perdu le jeune coureur de 20 ans… (mène)…un train tel qu’il rend tout retour impossible…(et il)…termine détaché à une allure éblouissante au Pont-de-la-Maye ».

Charles Bidon écrit ensuite : « il s’est opéré en Guyenne, dans l’échelle des valeurs, une transformation qui ne doit pas échapper aux regards des dirigeants... ». Le classement illustre bien ce propos : 1. Cigano (SPCC), 138 km en 3h 22’ 30’’  2. Bidart J. (Arcahon) 3h 23’ 3’’ 3. Heugas (SCAL) 4. Tillard  5. Nardi 3h 23’ 30’’ 6. Gadras 7. Viguier 8. Rinco 9. Guibert 10. Garnung 11. Noailles 12. Virol 13. Bougon 14. Merino 15. R. Bertrand 16. Bramard 3h24’10’’…

 

 

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1952  - Pont-de-la-Maye : arrivée du G.Px. du C.A. Bèglais, 1er, détaché, Joseph Cigano 20 ans...

 

 

 

 Joseph Cigano collectionne les bouquets : à Blaye, Cabanac, Aillas… Mourens ( !).

A Castets-des-Landes, au mois d’août, il est encore premier devant R. Barrère, puis J. Bidart, Ducourneau, Jo. Bianco, N. Lucchi… Il court maintenant sur « Tendil », comme Pierre Nardi. Lequel, Pierre Nardi a remporté le G.Px. « Thiéry-Lux », épreuve pré-olympique pour les comités de Guyenne, Limousin et Poitou, organisée par l’ASPTT de Bordeaux. Cigano et Nardi ont, dès le départ, imposé le rythme et seul Dihars, du côté de Lamothe-Montravel, réussit à rejoindre les deux hommes. Puis, il s’efface et, dans les multiples « bosses » entre Sainte-Foy et Duras, les deux coureurs augmentent leur avance. Après Langon, Barsac, Cérons, Cadillac, Lestiac, Nardi atteint Floirac 17’’ avant Cigano, ayant effectué les 188 km en 5h 8’, le jeune Danilo Pin, qui s’est rapproché sur la fin, prend la troisième place.

            Cette saison 1952, qui confirme la présence de J. Cigano au premier rang des coursiers du sud-ouest, comporte aussi quelques déceptions :

 - sélectionné dans l’équipe du sud-ouest pour la « Route de France » (du 4 au 18 avril, de Caen à Aurillac, en passant par Royan et Montpellier) en compagnie de : Garnung-Nardi- A.Virol-Laudet-Boucherie-Mourguiart et Manseau, Joseph abandonne cette épreuve gagnée par M.-A. Bernard devant Julienne et Adriaenssens et où Nardi finit 31ème et A. Virol 53ème.

 - au championnat de France des « indés », qui se dispute à Carcassonne, où André Lesca endosse son premier maillot de champion de France (189 km en 5h 28’ 45’’, 2. Jo. Bianco), Joseph se classe 5ème derrière les deux Agenais échappés.

 - dans Capbreton-Hossegor, qui se dispute en 4 étapes, il se classe 4ème derrière : 1. J. Bidart 2. J. Brun 3. F. Merino.

 

 

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 - Hossegor-Capbreton : J. Cigano méne l'échappèe devant A. Darnauguilhem

 

 

 

 - pour le G. Px. Thiéry qui se dispute sur l’itinéraire Bordeaux-Dax et qui est remporté au sprint par Michel Gonzalès (Girondins Bx.), il prend la 4ème place. Mais, ce serait passer à côté de l’essentiel que de s’ »en tenir au seul classement. En effet, 120 coureurs ont pris le départ devant les magasins Thiéry sur le cours Alasace-Lorraine à Bordeaux. Langon est atteint après 1h5’ de course et, après Beaulac, Bannes, Cazala, Cigano, Deloche, Dihars, Pascal, J. Rinco et Ra. Vivensang prennent 40 secondes d’avance. A Roquefort, sous la pluie, Bannes et Dihars sont distancés. Après Mont-de-Marsan, Geyre et Sabathier reviennent emmenant avec eux M. Gonzalès. A la sortie de Saint-Sever, Cigano s’en va « avec une apparente facilité » et « la poursuite de Cigano semble être vaine tant notre « pédaleur de charme » escalade avec  aisance les côtes ». D’ailleurs, il augmente son avance. Mais, après Montfort, à 14 km de l’arrivée, il crève. « Il change son boyau en vitesse et il repart avec encore de l’avantage », mais il est repris peu avant le sprint : 1. M. Gonzalès, les 200 km en 4h 55’ 2. A. Geyre 3. Deloche 4. Cigano 5. Sabathier 6. Raoul Vivensang 7. Pascal 8. Cazala à 11’ 9. Verardo…

Tous comptes faits, ce classement s’apparente à une sélection des meilleurs coureurs du sud-ouest et la performance de J. Cigano n’en est que plus significative.

 

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 Chez Cinzano, le sourire est de mise, même si quelques-uns des meilleurs routiers girondins ont l'habitude de faire l'impasse sur l'apéro. Derrière Maurice Bertrand, hilare (comme d'habitude), on reconnait , entre autres, Pierre Nardi et Joseph Cigano.

 

 

 

 

- 53-54 : les « meilleures années » :

 

 

            1953 : le premier Grand Prix « Dewachter », sous le patronnage de « Sud-ouest » et de « l’Athlète », organisé par le Club des cyclistes vétérans, a lieu le 7 juin. Le parcours mesure un peu plus de 170 km entre Cenon et Pontac, passant par la Benauge, l’Entre-deux-mers, puis longeant la vallée de la Garonne, il revient sur Villenave d’Ornon. Dès la côte des Quatre-Pavillons, 8 hommes se détachent : Cigano, Merino, Beauvieux, Virol, Deloche, Gourd, Dihars et Bernaleau. En rien de temps, ils prennent une avance de 2’ et Libourne (25 km) est atteint en 36’. Les côtes se succèdent : Saint-Emilion-Castillon-Pellegrue-Monségur-Sauveterre-Rimons… à Monségur, ne restent plus devant que Cigano et Merino, qui ont 3’ d’avance sur Virol, Gourd et Dihars. A l’approche de l’arrivée, « Latorre débouche le plus souvent, mais toujours Nardi va le chercher… ». Cigano et Merino atteignent l’arrivée après 170 km en tête, 70 km à deux et 38, 6 km/h de moyenne :

 1. J. Cigano, 172 km en 4h 27’ 30’’ 2. F. Merino à 50 m  3. L. Rigon à 4’ 29’’ 4. Sosa 5. Ja. Bianco 6. R. Latorre… Pour le journaliste, « Cigano, « le pédaleur de charme », le poulain de M. Lafourcade (…)  a été de bout en bout exceptionnellement brillant ».

 

 

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 Après deux victoires, c'est le moins que Joseph pouvait faire….

 

  

 

 

            Auparavant, Joseph C. avait conclu son deuxième essai dans la « Route de France » (du 13 au 25 mai) par une 39ème place, après avoir perdu une heure sur les pavés du Nord suite à un bris de cadre. Ce qui ne l’empêche pas ensuite de se classer 3ème de l’étape entre Le Puy et Mende (1 . M. Brun) et 3ème de l’étape Mende-Vinez (1. A. Dupré). Cette course est gagnée par Louis Barès devant R. Desmet, R. Lafargue se classe 22ème et A. Dupré 27ème.

 

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Trois coureurs de  l'équipe du "sud-ouest" dans la "Route de France" 53 : A. Dupré - J. Cigano - R. Lafargue. 

 

 

 

            Trois belles victoires s’ajoutent au succès dans le G. Px. « Dewachter » : le Tour de l’Orne et les G. Px. du commerce et de l’industrie à Saintes et à Bergerac.

 

 

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 Joseph avec le maillot de leader du Tour de l'Orne, dont il est le vainqueur devant M. Pelé et R. Creton.

 

  

Du 12 au 14 juillet, il remporte le Tour de l’Orne, qui se court en 4 étapes devant M. Pelé et R. Creton. Cette victoire est due essentiellement à son succès dans l’étape contre la montre de 40 km qu’il gagne devant P. Gaudot après avoir effectué le parcours en 58’ 24’’, à plus de 41 km/h de moyenne. Et, sa présence régionale en compagnie de coureurs professionnels s’affirme encore avec ses victoires à Saintes, course en deux étapes dont il gagne la première et le G.Px. du commerce et de l’industrie à Bergerac, sur un parcours de 200 km effectué en 5h 24’, où il devance : 2. André Dupré  3. Valentin Huot.

Ces quatre grands moments sont encadrés par d’autres succès non négligeables : à Saint-Martin d’Ary, St. Romain de Vignague, Castillon de Castets, Sauveterre de Guyenne et Gornac, où son second est encore Félix Merino et le troisième, André Lesca.

            Après la « Route de France », Fernand Mithouard (vainqueur de Bordeaux-Paris en 1933), qui a succédé à L. Feuillet dans la direction des troupes d’ « ALCYON » et dont les filiales sont aussi : La Française, Olympique et Thomann, l’enrôle. Il devient le chef de file de l’équipe régionale des « THOMANN », dirigée par M. Lafargue de Bègles et qui comprend :

Merino-Dupré-Gadras-Latorre-Guisti. Cette dernière marque porte le nom d’un ancien coureur cycliste, devenu ensuite constructeur de cycles et qui fut le premier adaptateur de la soudure autogène à la construction de cadres et le créateur des premières chaînes de montage de cycles en série. C’est donc dans une équipe « ALCYON » qu’il a été appelé, au mois d’août, pour disputer le Tour de l’Ouest, mais il abandonne lors de la 5ème étape.

 

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 Le carré d'as régionaux de l'équipe "Thomann" : J. Cigano - A. Dupré - F. Merino - D. Dihars. En costume, leur "mentor", J. Lafargue.

 

 

             1954 : Dans le 2ème Grand Prix « Dewachter », Joseph Cigano renouvelle sa victoire de l’année passée et son exploit, soit 185 km d’échappée (à 39 km/h de moyenne), en compagnie de Daniel Dihars (2ème).

Sur le vélodrome de Dax, après 160 km dans les vallonnements entre Navarre et Gascogne, puis un « sprint tumultueux », il inscrit son nom au palmarès du Circuit de la Chalosse (manifestation cycliste presque centenaire) après les Dolhats, Desbats et autre Darrigade.

A Pompadour, en Corrèze, il devance Yves Cohen et Hervé Prouzet. Il gagne aussi le G. Px. du Réolais.

Sa grande victoire, c’est au Circuit des Deux-Sévres qu’il la signe : 254 km en 7h 27’ 18’’, 2. Desbats à 1’ 3. Brun à 1’ 30’’ 4. Schellemberg à 1’ 40’’ 5. Gaudin à 3’… Pour Jacques Augendre, dans le journal « l’Equipe », « c’est le premier grand succès de Cigano », lequel, échappé à 20 km du but…  « résista magistralement à Desbats lancé à sa poursuite… duel à la régulière entre les deux Bordelais… indécis jusqu’au bout. Cigano ne faiblit pas, ne se résigna jamais et Desbats dut s’avouer vaincu ». Il a confirmé « ses grandes qualités de rouleur et son tempérament volontaire ». Robert Desbats déclare : « c’est le meilleur espoir bordelais ». Ce jour-là, J. Cigano est aussi « l’homme qu’on n’attendait pas », parce que, la veille, il avait été l’animateur du Circuit du Morbihan, où il avait mené une échappée de 160 km. Jean Gueguen, le vainqueur, déclare pourtant : (sur) ce parcours émaillé de sévères côtes , quand le vent souffle comme aujourd’hui, les échappées sont difficiles pour ne pa s dire impossibles à mener à bien » et le journaliste ajoute : « comment ne pas tirer son chapeau devant ce jeune indépendant qui, durant 160 km, mena une échappée solitaire, prenant même jusqu’à 5’ 30’’ à ses poursuivants ».

Quelques autres résultats vont entrainer sa sélection pour le Tour de France :

 - 2ème au Circuit de la Vienne (1. Darnauguilhem 275 km en 7h 43’…3. Phelippeau 4. Diot…

 - 4ème de Bordeaux-Saintes (1. Nauleau  2. Montero-Rechaud  3. G. Gay…)

 

 

 

 

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 Joseph Cigano, à la veille du Tour de France, nettoie son vélo. Banal ! direz-vous, mais n'a-t-il pas déjà l'air soucieux ?

 

 

  

 

Alors, Emile Baudouin écrit : « Cigano est un jeune, c’est précisément ce qui nous plait en lui. Depuis trois ans, il ne cesse de monter de succès en succès… Qui ? Nous ne voyons pas dans notre région. C’est pourquoi nous  réclamons Cigano dans l’équipe du sud-ouest ». Bientôt, Belloc, le journaliste à Langon, peut titrer : « Equipier du sud-ouest dans le Tour de France, « Pepino » Cigano veut s’imposer pour acquérir sa ferme et fonder une famille ». Dans la rubrique locale, on peut lire aussi : « Un jeune de Mourens, Cigano, va courir le Tour de France dans l’équipe du sud-ouest ». On l’interroge et il dit : « à 14 ans je rêvais du Tour, à 21 je vais faire partie des géants de la route… je partirai d’Amsterdam plein d’espoir avec la certitude de finir et de me défendre ».

Outre Cigano, l’équipe du sud-ouest est composée par : Agut-Bergaud-Caput-Dussault-Guitard-Huot-Privat-Remangeon et Vivier. La première étape qui va d’Amsterdam en Hollande, à Brasschat en Belgique mesure 216 km et elle est remportée par Wout Wagtmans devant Gilbert Bauvin et Stan Ockers. Louison Bobet, le futur vainqueur du Tour, est déjà 5ème. Et, le gros du peloton arrive pour la 22ème place à 9’04’’. Joseph Cigano en fait partie. Lors de la deuxième étape, remportée par L. Bobet devant Kubler et Koblet, Joseph finit « hors délai », il est donc éliminé. En fait, il est déjà monté dans la voiture-balai, mais il en a été tiré par Guy Lapébie, lequel l’a remis sur son vélo.

 

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"Miroir-Sprint" écrit en légende de la photo : "La belle aventure de Cigano s'est terminée à Lille". On voit ici deux personnages qui ont le souci de cet instant "capital" : Victor Cosson et Guy Lapébie.

 

  

 

Lors de la première étape, sur « des routes pleines de pavés », il a eu une poussée de furoncles. Quarante ans plus tard, il confie à G. Descoubès (« Vélo-Star » n°314, juin 1995) : « au départ, en mauvais état de santé, je n’aurais pas dû partir, mais c’était ma première sélection, j’avais 21 ans, je suis donc parti.. » Avec le recul du temps passé, Joseph Cigano estime : « si j’avais été un peu plus mûr dans la tête et physiquement, j’aurais terminé » et il conclut : « cela m’a causé beaucoup de tort par la suite ».

            Au mois d’août cependant, il est au Tour de l’Ouest dans une équipe « Alcyon » qui est celle du futur vainqueur, le Belge André Vlayen. Au terme des 8 étapes, chacune de plus de 200 km, il prend une belle sixième place. Puis, Joseph prend aussi la deuxième place derrière Albert Bouvet dans « Manche-Océan », épreuve cycliste de 128 km contre la montre disputée entre Binic et Auray. Il est deuxième à 51’’, quand F. Pipelin, le troisième, termine avec 6’12’’ de retard. Quelques jours plus tard, il est encore 2ème derrière Albert Dolhats au terme du G. Px. René Salomon à Jarnac.

 

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Quelque part, échappé avec un "Rochet", Joseph "met une dent de mieux" au moment de prendre le relais.

 

 

  

            L’abandon dans le Tour de France est-il effacé ?

En septembre, pour le Grand Prix des Nations, l’épreuve qui l’année précédente a révélé un jeune Normand de 19 ans, J. Anquetil, le journal « Sud-ouest » a titré : « Le sud-ouest sera dignement représenté au Grand Prix des Nations avec Berton, Cigano et Huot ». L’article est surmonté d’une photo où l’on voit Joseph Cigano assis sur la table de massage, entouré par Armand Poupard, qui refait le pansement sur un furoncle à la cuisse du coureur et M. Lafargue.

Dix jours avant , il est tombé malade et des furoncles sont à nouveau apparus. Le jour de la course, à 20 km du but, Joseph est encore en 5ème position. Appréhendant le final, Joseph croit être mieux armé pour l’affronter en ayant recours à un fameux « petit bidon », ce que l’on appelle une « topette ». Joseph a raconté à G. Descoubès : « pour le Tour de France, je m’étais fait faire un petit bidon par un de mes amis pharmaciens, à l’époque cela faisait partie des mœurs du peloton ». Or, J. Cigano a quitté le Tour après deux jours de course, sans avoir eu recours au famaux « petit bidon », qu’il décide alors d’utiliser pour ce G. Px. des Nations. Le résultat en se fait pas attendre : « je me suis mis à trembler de tout mon corps… (et) au premier virage je dérape et chute lourdement sur une borne ». Quoique bien placé à proximité de l’arrivée, Joseph abandonne. Son bilan est sans appel : « ce jour-là, hélas, ma carrière « pro » prit fin… j’ai subi des séquelles pendant deux ans ».

 

 

 

- 1955-1956, le retour en « Région » :

 

 

 

            De fait, l’année 1955 ne compte qu’un seul succès à son tableau : le G.Px. de Castillon-de-Castets. Cependant, Joseph qui termine 2ème derrière Roger Darrigade (futur champion de France amateurs) du G. Px. Dewachter, rate de peu le triplé dans cette course qu’il a déjà gagnée en 1953 et 1954.

 

 

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Au virage, côte à côte, Joseph Cigano et Roger Darrigade. Au second plan, Max Labadie (VC Barsac).

 

 

 

Il termine aussi 2ème  à Montguyon derrière P. Rinco et devant son ami, Felix Merino. Dans Bordeaux-Royan que remporte Pierre Beuffeuil, il se classe 5ème devant Maurice Bertrand (7ème) et Guy Latour (9ème).

Au Circuit du Morbihan en deux étapes (entre Lorient et Vannes) remporté par Jean-Marie Cieleska devant R. Privat et R. Walkowiak, il termine 11ème.

Il prend part à nouveau à Manche-Océan. Dans ce contre-la-montre, son vainqueur de l’an passé, Albert Bouvet subit la loi de Jo. Morvan qui l’emporte en 3h 16’ 45’’, le troisième est Abd. Zaaf à 3’21’’… Joseph Cigano se classe 9ème à 13’39’’.

 

            En 1956, Joseph gagne pour la deuxième fois le Circuit de la Chalosse devant Jacques Bianco et C. Montheau. S’ajoutent à cela deux victoires à Rion-les-Landes et dans le Grand Prix du Bazadais. Une dizaine de belles places témoignent d’une saison plus accomplie :

 - 2ème du Circuit de La Rochefoucauld  (1. Nauleau…3. Fourgeaud)

 

 

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 Circuit de La Rochefoucauld 1956 : à gauche, le vainqueur, Maurice Nauleau, le Vendéen  et Joseph Cigano, deuxième.

 

 

  

 - 3ème du G.Px. du commerce et de l’industrie à Bergerac (1. Darnauguilhem..3. M. Bertrand)

 - 3ème du G. Px. des foires à Tombeboeuf  (1. P. Rançon 2. R. Sarrat)

 - 3ème du G. Px. de Belvès (1. L. Bergaud  2. P. Rançon)

 - 3ème du G. Px. de Castenau-Magnoac (1. Ja. Bianco  2. H. Sitek)

 - 3ème de Bordeaux-Eymet (1. M. Gonzalès  2. Ben Brahim)

 

 

 

 

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 Barsac, G.Px. International, le 15/07/1956 : 1. Louison Bobet  2. Jacques Anquetil  3. Michel Gonzalez  4. Joseph Cigano...

 

 

 

 

Il se classe aussi 4ème du G. Px. de La Couronne, 6ème du G. Px. de la Victoire à Libourne et 8ème du G. Px. d’Arcachon.

A cette série, il convient d’ajouter une honorable 14ème place au Tour des Provinces du Sud-est, dont le vainqueur est J. Stablinski, épreuve dans laquelle il se classe 3ème de la 7ème étape entre Chalon/Saône et Roanne.

 

 

 

- 1957-1958- 1959, les trois dernières saisons :

 

 

 

            En 1957, Joseph Cigano gagne pour la troisième fois le Circuit de la Chalosse, devant Raoul Vivensang et Joseph Amigo. En Gironde, il gagne à Saint-André du bois (2. Pascal 3. Gavas) et à Pouyalet-Pauillac (2. J. Rinco 3.Rasa).

Il est aussi 4 fois deuxième :

  - à Langon (1. D. Dihars… 3. P. Nardi )

 - à Cazes-Mondenard (1. R. Cazala)

 - dans Bordeaux-Marmande (1. A. Lesca)

 - à Bouniagues (1. Ja. Bianco)

Puis, 3ème à Lalinde (1. Jo. Bianco 2. M. Bertrand)

          4ème dans Bordeaux-Royan (1. F. Delort)

          4ème dans Bordeaux-Bayonne (1. M. Gonzalès)

          4ème du Prix International de Langon (derrière derny) : 1. J. Anquetil  2. B. Gauthier

          4ème du Tour de la Dordogne (1. Bergaud  2. Darnauguilhem 3. Sabbadini)

          5ème du G. Px. de Lagorce-Laguirande (1. Barrière 2. Dihars 3. Vasquez 4. Deloche)

          5ème du Prix de La Couronne

          6ème à Bourcefranc (1. M. Gonzalès)

          6ème à La Pallice (1. Lesca)

          8ème au G. Px. Castagnet (1. Lesca)

          22ème du Tour de Bretagne (1. Wasko), 3ème de la 1ère étape

          29ème des 3 jours de Valence d’Agen

Cette saison consacre la présence de Joseph Cigano (26 ans) au premier rang des grands « régionaux » en compagnie des Lesca, Bianco, Delort, Gonzalès…

 

            En 1958 : le Grand Prix des rasoirs Philips à Rochefort/mer, patronné par la « Nouvelle République- La France », sur un parcours routier remarquable de 165 km, marqué par la pluie et les crevaisons voit, dans les quinze derniers kilomètres, l’échappée de cinq coureurs : Cigano, Barrière, Loustalot, Gibanel et Ben Brahim, qui terminent au sprint dans cet ordre sur l’avenue Emile Zola.

Joseph Cigano gagne encore le G. Px. de Nérac et se classe 2ème à Langon d’un sprint où Jacques Bianco l’emporte et où J. Ricou est 3ème et A. Lesca 4ème.

 

 

Cigano 16.jpg

 

Langon 1957 : sprint entre "gros bras" à l'arrivée : Jacques Bianco devant Cigano, Ricou  et Lesca.

 

 

 

 

Il ajoute aussi deux places de 2ème à Mirande, pour le Prix de l’Astarac et à Cérons, pour le G. Px. des vins.

Son bilan comporte aussi deux belles places de 3ème à Castelnau-Magnoac (1. A. Gratton 2. Paul Pineau) et à La Rochette (1. J. Ricou). Lors du Bordeaux-Eymet gagné par Settino Perrin (204 km en 5h 2’) devant P. Beuffeuil, 3.Guisti 4. Gonzalès 5. M. Bertrand, il prend la 6ème place. Et, à Agen, pour le Prix Saint-Rémy, gagné encore par S. Perrin devant Darnauguilhem et Lesca, il se classe 7ème.

 

 

 

- 1959, ce sera sa dernière saison :

 

 

            Au mois de mai, il est encore là, au moins dans deux grandes occasions :

            - le 7 mai, 34 concurrents sont au départ du VIIIème Bordeaux-Eymet. Dans la côte de Bougougnagues, à 15 km de l’arrivée, 4 coureurs s’enfuient et Claude Colomina l’emporte au sprint devant J. Cigano, D. Dihars et Loiseau.

            - le 10 mai, le Grand Prix « Ovox-Totaliment » (doté par les huileries Calvé-Delft) se déroule sur un parcours de 308 km entre Cenon-Eysines. Quatre hommes s’échappent dès le départ : Sitek-Million-Retrain et Cigano. A Yvrac, ils ont 1’20’’ d’avance. A Coutras, après que Millon ait crevé, Sitek et Retrain passent avec plus d’une minute d’avance sur Cigano qui a crevé. Le peloton est à 7’ 50’’. Mais, cette avance va se réduire. La jonction se fait à Illats juste au moment où Cigano crève à nouveau. Il effectue seul les 56 derniers kilomètres et prend la 11ème place. Les dix premiers sont : 1. J. Dacquay 2. Cortegianni 3. Desbats 4. Rascagnères 5. Castel 6. Sitek 7. Sutton  8. Retrain 9. Mosello 10. Huttington.

 

 

 

 

- La vigne, la famille et…le vélo :

 

 

 

 

            Nous nous sommes inspiré du titre du film de Luigi Comencini, « Pane, amore e fantasia » (1953, « Pain, amour et fantaisie »), qui provient de cette réplique entre Vittorio de Sica et un paysan :

 - de Sica (au paysan assis sur une marche en train de manger) : « Que manges-tu ? »

 - le paysan (l’air triste) : « du pain »

 - de Sica : « Et dans le pain ? »

 - le paysan : « De l’imagination » (en italien, fantasia).

 

            A 22 ans, Joseph Cigano avoue déjà au journaliste son projet de vie : « acheter une terre bien à moi et fonder une famille ». Ce même journaliste remarque aussi qu’il n’est « pas fou, il continue avec ses parents à cultiver la bonne terre nourricière ».

            Le 29 décembre 1955, dans le village de Sainte-Croix-du-Mont, Joseph Cigano épouse Mlle  Jacqueline Sancié. L’événement ne passe pas inaperçu. Les journalistes ont déjà relevé qu’il s’agit du mariage du champion cycliste du St. Pierre d’Aurillac avec la fille du Président du Moto-Club Langonais. Les jeunes mariés sortent de l’église sous les roues tendues au-dessus de leurs têtes par les amis cyclistes, puis le chant des moteurs s’élève : quarante motards accompagnent le cortège des voitures « sur la route sinueuse » qui « serpente entre les ceps nouveaux ».

            De 1960 à 2005, Joseph qui a commencé avec 4 hectares de vignes et quelques vaches. Mais, le bétail rapporte peu et on lui conseille alors de "faire la bouteille". Joseph va alors vendre du vin, puis se trouver une nouvelle passion, qui se concrétise au début des années 2000 par les 30 hectares de rouge du château de Viaut, à Mourens.

            En 1957, les époux Cigano ont eu un fils : Gérard, qui sera, lui aussi, un bon coureur de 1ère catégorie et qui est, aujourd’hui, le propriétaire-récoltant du château « Les Marcottes » dans Sainte-Croix du Mont.

            En 1960, naît leur fille, Françoise, aujourd’hui Mme Boudat qui a pris, avec son mari, la relève de son père et administre  désormais les chateaux de Viaut, Morange, Haut-Gramons et Laroque Thomas.

            Au total, Joseph Cigano est le grand-père de cinq petits-enfants : du côté de son fils, il y a deux garçons, Cyril et Stéphane, lui aussi excellent cycliste, et du côté des Boudat, il ne faut pas oublier Marion, la seule petite-fille, parce que, maintenant, il y a un nouveau champion dans la famille : Thomas, champion du monde de l’omnium à Cali en 2014 et, parce que (peut-être) un champion peut en cacher un autre, il  y a Nicolas, le petit frère,  qui marche résolument sur les traces de tous ses prédécesseurs.

 

 

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 Joseph Cigano, grand-père comblé, entre deux petits-fils champions : Thomas et Nicolas Boudat.

 

 

 

 

 

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  2015 - Joseph Cigano, regard inquiet , en bas au milieu de l'anneau, sous le bras protecteur de Stéphane, son autre petit-fils.



26/02/2016
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