Memovelo

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Claude PERROTIN

 

 

 

 

            Ronce-les-Bains. Après la « Côte sauvage », après le « col » du Gardour et les dernières dunes au dos des plages, du côté de l’Embellie et du Galon d’or, alors que s’achève (presque) le Tour de la presqu’île d’Arvert et qu’au-delà de la Tremblade, le chemin du retour passait par Breuillet et Vaux/mer…

            « Quand on partait de bon matin », au moment des grandes vacances et quand le réseau routier permit de traverser la forêt de la Coubre. Un petit peu plus tard – et pour les plus courageux – un pont enjamba la Seudre et quelques-uns entreprirent de rentrer par Marennes, l’Eguille et Saint-Sulpice de Royan.

            Pour éviter les estivants et, aussi, la circulation automobile, nous passions par cette allée de la Forêt, où Mireille et Claude Perrotin ont leur petite maison. Et, d’ailleurs, Claude ne me laisse pas rêver longtemps : « tu vois, c’est ici qu’avec Maurice (Laforest) nous sommes venus préparer le championnat du Poitou, qu’il a gagné en 1969 ».

CREPS de Boivre, 1958 : Daniel Clément, le "moniteur national", le premier à avoir rédigé un manuel de "pédagogie du cyclisme", l'inventeur de ce qui s'appelle encore "écoles de cyclisme", encadré (et encadrant) ces jeunes stagiaires FFC. En haut à gauche, trois parmi d'autres: Claude Perrotin, Jacques Gestraud et Maurice Laforest.

 

            Mes promenades, quasi-quotidiennes, parmi les palmarès des coureurs et des courses m’avaient familiarisé avec ce nom (Perrotin) typiquement du « Poitou-Charentes », mais je n’avais jamais rencontré l’homme. Tout de suite, la faconde et l’exubérance séduisent, puis le ton marque la pause et Claude Perrotin livre ces deux fondements de sa philosophie, qui sont : « petitement et sainement ». En 1969, Emile Besson a écrit dans « Miroir-Sprint » (n°1212, du 16/09/1969) : « Ce garçon ne manque pas de jugement… et Claude Perrotin a au moins le mérite d’avoir une opinion et de l’exprimer ouvertement ». Il s’agissait alors d’un sujet sérieux sinon brûlant, l’avenir des coureurs amateurs, des « néo-pros » et de ceux qui ne peuvent le rester. Quel que soit le sujet, Emile Besson avait raison.

 

                                   

                                                « Dans une ferme du Poitou

                                                   Un coq aimait une pendule

                                                  Tous les goûts sont dans la nature »

                                                             « Le Coq et la pendule », chanson de Claude Nougaro

 

 

            Claude PERROTIN né en Vendée, en mars 1939 à La Boupère, entre Pouzauges et Les Herbiers, au nord-est de La Roche-sur-Yon. Mais, ce dont se souvient encore Claude, c’est le retour de son père, prisonnier de guerre, et du partage que celui-ci, cultivateur, fit avec son frère pour aller s’installer dans une autre ferme, près de Poitiers, à Montamisé.

Un père qui  « n’a jamais levé la main sur moi ». Et, qui lui avait bien fait comprendre qu’il pouvait faire des courses de vélo, mais qu’il ne voulait pas que l’on vienne lui raconter ce que son fils aurait pu faire de mal.

Claude nous rappelle aussi qu’acheter un vélo dans les années d’après-guerre obligeait à réunir une certaine somme d’argent. Certains de ses copains qui,avec lui, avaient débuté dans ces « courses d’assemblée » où l’on pouvait participer avec un « vieux vélo », n’ont pu poursuivre ensuite pour cette raison.

            C’est un cousin, Joseph, « qui avait fait des courses », qui imagina une sorte de prêt, que Claude devait rembourser avec ses gains de coureur. Et, le vélo en question fut un « Sutter » avec des papillons, que d’autres nommaient les « oreillettes » et qui, malgré cette économie, coûtait 35 000 francs de l’époque.

(Auguste Sutter est un ancien ouvrier de la Manufacture nationale d’armes de Chatellerault qui se lance dans le fabrication locale de vélo en 1897. L’entreprise, de père en fils, continue jusqu’en 1993. Cf. « Les grands cyclistes du Poitou-Charentes », D. Trouëssard, éd. A. Sutton, 2008).

 

 

                                                    Les « premiers pas »

 

            En mars 1956, l’année de ses 17 ans, Claude Perrotin termine 2ème de l’éliminatoire départementale du « Premier Pas Dunlop », à trois longueurs derrière un garçon nommé : Deguil, les 72 km en 2h 14’ 30’’. A la Régionale, il se classe 5ème et le vainqueur s’appelle Bossard. Aujourd’hui, l’air navré, Claude raconte : «  il n’y avait que quatre remboursés … » pour la finale qui avait lieu à Nice.

            La première victoire vient à Fleuré, à quelques kilomètres de Poitiers et le second se nomme alors Genet, prénom : Gilles. En 1958, C. Perrotin gagne le Prix Ripère devant un certain Michel Currit ( !), puis le Prix de Chambroutet. Surtout, il se classe 2ème à Touzac (16) entre Daniel Dihars (1er) et Maurice Bertrand (3ème).

            Après deux années de courses, il a été remarqué par un ancien, Armand Lelli, qui va jouer le rôle du « grand frère », au risque de créer quelques jalousies dans le peloton. D’autres succès en 1958, à Chauvigny puis à Villefagnan, précèdent le titre de champion du Poitou amateurs, acquis devant G. Thomas et J. Gestraud, à 19 ans et après 100 km d’échappée.

Championnat du Poitou amateurs sur route 1958 : (de gauche à droite) Lapeyrade,Gestraud, Thomas, la Miss, la gerbe et Perrotin.

La même année, dans le championnat des sociétés sur route, il est couronné avec l’U.V. Poitiers (A. Lelli et les Currit) et, à Nancy, pour le championnat de France, ils se classent 11ème d’une course gagnée par la fameuse équipe de l’A.C. Sotteville.

            En 1959, dans Cholet-Angers gagné par Fagault, les 120 km en 3h 16’ 10’’, il se classe troisième et en mai, pour le XXIème Poitiers-Saumur-Poitiers (200 km) remporté par Pras devant Pallu et Le Grévès, il se classe 21ème dans le peloton.

 

 

                                                            L’Algérie

 

            Au moment du service militaire, bien que repéré par R. Oubron, il échappe au Bataillon de Joinville, mais pas à « l’Algérie », où il sera de mai 1959 à juillet 1961. Au cours de ces vingt-huit mois à Alger, malgré tout licencié au club de Bab-el-Oued, il fait la connaissance d’Hubert Ferrer, noue quelques amitiés et, bien des années plus tard, retrouve son camarade Soulat.

Hubert Ferrer (né le 26/01/1937 à Alger) et deux "potes" : Jacques André (à gauche)et Claude Perrotin (à droite)…"quelques années plus tard".

Grâce à ses gains dans les  courses, il a, avant son départ au service militaire, « mis un peu d’argent de côté » et, en même temps, participé à la modernisation de la ferme à Montamisé (réfrigérateur, télévision). A 19 ans, il a aussi intégré l’entreprise « Leclanché » et connu la vie d’ouvrier, le travail salarié et la représentation syndicale.

 

 

                                                Reprise de la compétition

 

 

            A son retour d’Algérie, en juillet 1961, il ne tarde pas à être à nouveau compétitif. En août, pour son succès à Couhé-Vérac, le journal titre : « le revenant Perrotin ». De nouveaux noms sont apparus, mais Claude se classe régulièrement, comme à St. Romain-en-Charroux : 5ème derrière Vivet (1er) et Gérard Thomas (2ème) et à Ligugé, où Thomas l’emporte devant Barjolin, Grain et  J.Currit.

 

           

            1962 : 1er à Giget-Tivoly, à Mauduit-Villaret, au Prix des cafés des cours et des vêtements May…

Il est champion du Poitou, sociétés sur route avec ses partenaires de l’U .V. Poitiers : Jean Currit, Jacques Currit, Rogeon, Andrault.

Trois fois 2ème : à Montmidi derrière Tymen, mais devant Nauleau et M. et J. Currit, au Prix Piboule à Chatellerault derrière M. Grain, au Prix des Espoirs (clm.) derrière Andrault et devant Trichard.

Il est aussi 3ème à Ambazac (87) derrière Grain et Andrault. Ce résultat est la conséquence de la décision « d’aller courir dans le Limousin pour éviter la maffia des Charentes ».

 

            1963 : Claude Perrotin est au Tour du Cantal avec Andrault, à la « Route de France », en compagnie de J.C. Desplat, avec le maillot « flandria » du côté de Nancy, mais la « Route » s’arrête au bout de 4 jours…

Cependant, de belles victoires s’inscrivent à son palmarès :

            . 1er à Lavalleix-les-Mines (23)

            . 1er à Paulhac (15)

            . 1er du Gd.Px. de Sardent (23) (2. Geneste 3. Réjasse)

            . 1er du Prix Antonin Reix à St. Junien (87)( 2. Deloche 3. Samy 4. Dufraisse)

            . 1er du Prix de la St. Luc à Montmoreau (2. Vallée 3. Jouglin 4. Castel)

 

            1964 :

                        1er du Criterium des Monts d’Ambazac (2. Chabrier 3. Peter 4.Dufraisse)

                       1er à Egletons (19) (2. Lachaud 3. Heck 4. Grain)

                       1er à Vaux en Couhé ( 2. Barjolin)

                       1er à Montbron (2. Cieleska 3. Vallée 4. Gabard)

                       1er au Puy de l’Age

                       1er du Prix des Espoirs à Poitiers (2. Melchior 3. Boivin)

            et, aussi :

                        2ème à Vayres-les-Roses (1. Barjolin)

                        2ème à Ambazac (1. Barjolin…3. Daunat)

                        2ème à Basseneix

                        2ème à St. Bonnet-Briance (1. Fraisseix…3. Réjasse)

           

 

            1965 :

            désormais sous contrat « B » chez « Peugeot », « plus les primes kilométriques » … il a mûri lentement… « les gros résultats » ont commencé à venir vers «23-24 ans »… Claude totalise, cette année-là ,12 victoires, dont : Montmoreau (16), Romagne (86), Royat-Theillière (63), Parthenay (79), St. Setiers (19), le Grand Prix de l’U.V.P., « l’enfant du pays » gagne à Montamisé devant Grain, Gonzalès et Gabard. La presse désigne le « trio maître » : Gabard – Barjolin – Perrotin. Il finit 4ème du Tour du Béarn.

      "l'Asso." sous le maillot "Peugeot" de deux du Poitou : Daniel Barjolin  et Claude Perrotin

 

            1966 :

            « peut-être, sa meilleure année… », les victoires se nomment :

            - Monts sur Guesnes (86)

            - Tauves (63)

            - Px. Bel Air à Poitiers

            - St. Gelais (79)

            - Circuit de la Gâtine à Parthenay

            - St. Setier  (2.Peter 3. Barjolin)

            - Neuvic d’Ussel

            - Lugny/Creuse (2. Fraisseix 3. C. Guyot)

            - Meymac (2. Manzano 3. Rabaute)

Dans le palmarès du Grand Prix de Meymac, le nom de Perrotin s'inscrit à la première place en 1966 et celui de  Manzano, pour la troisième fois, à la deuxième. Quel journalistenous fera croire que Manuel n'aurait pas aimé avoir cette course à son palmarès ?

 

            - Aigurande (2. Riotte 3. Cieleska)           

            - St. Thomas de Conac (2. Champion 3. Barjolin)

A l'issue du difficile circuit de St. Thomas de Conac, la gerbe, la Miss, les enfants, les Charentais de toute condition et le speaker, Jean Tamain que Claude appréciait beaucoup. 

 

            Il est champion du Poitou H.C. (2. Barjolin 3. Vallée 4. Laforest 5. Jagueneau) et, à Maurs-la-Jolie, pour le championnat de France, il termine 4ème derrière  1. Le Bihan 2. Riotte.

Maurs-la-Jolie : l'arrivée du championnat de France des "indés" en 1966, 1er  François Le Bihan (1935-1972) 2. Raymond Riotte…. Au micro, Robert Monlong. "Dire que Le Bihan ne voulait pas venir et que c'est A. Foucher qui l'y a traîné !", raconte C. Perrtoin.

            Claude Perrotin est vainqueur du 39ème Tour de la Corréze devant Samy et M. Leblanc.

            2ème , initialement, du Tour de l’Yonne derrière Maroilleau, il en devient le vainqueur suite au déclassement de ce dernier.

            Mais, il est aussi le second de Luis Ocana au Grand Prix de l’U.V.Poitiers, de Rolf Wolfshohl dans les 3ème Boucles Allassacoises et 2ème du circuit Boussaquin.

            3ème du Criterium de Callac derrière Pingeon et Arzé, et 3ème au Gd. Px. de Felletin derrière Simpson et De Roo.

Felletin 66 : le "Major" (cf. Daninos) est déjà passé, sprint pour la deuxième placeavec un certain Jop De Roo...

 

 

            1967 :

             victoires à : Vesdum (18), Amec, Azay-le-Ferron (36), Belvès (24), Calvinet (15), Genouillé (86), Condat en Ferrières…

            et, aussi : 5ème du Tour des Combrailles (1. Samy)

                            3ème du Tour de la Corrèze (1. Gutty 2. Bidard)

                            3ème de la Poly » lyonnaise (1. Gutty 2.Thévenet)

                            3ème à Bourbriac (1. Le Bihan 2. Vidament)

                            3ème à Grand Bourg (1. Grain 2. Bodin)

                            3ème à Lubersac (1.Samy 2. Beuffeuil)

Il termine 8ème du XVI ème Bol d’or de Monédières (1. Poulidor 2. Foucher  3. Aimar 4. Rabaute  5.Stablinski 6. Grain 7. Riotte …. 9. Gimondi 10. Theillère)

Dans le journal « l’Athlète » (n°73 du 25/05/1967), à la rubrique « sur les routes du Poitou » on relève le sous-titre suivant : « Perrotin et Laforest abonnés à la deuxième place ».

 Cyclo-cross à l'américaine, victoire à La Cassette avec "Popoff" Graczyck

            1968 :

            C’est encore une bonne année pour Claude Perrotin, comme le seront aussi 1969 et 1970. On relève les victoires à :

                        -Millac (2. Laforest 3. Beuffeuil)

                        -la troisième étape du Tour du Limousin (Ussel-Guéret)

                        - Yffiniac (54) (2. Le Bihan)

                        -Grand Brassac (24)

                        -le circuit de la Gâtine

                        -les 2 jours de Poitiers-St. Cyprien

                        - le circuit des 2 ponts à Culan (2. Puccianti  3. Coquery)

                        -Vigeois (19)

                        -Saignes  (15)

Claude Perrotin se classe 2ème à St. Thomas de Conac (derrière Beuffeuil, mais devant Barjolin, Lescure, Laforest, Frigo, Gestraud…). A Montlieu-la-Garde, pour le XIX° Prix des vendanges, il est encore deuxième derrière Beuffeuil, mais devant R. Darrigade, Ben Brahim et Maurice Laforest… 3ème de la XX° Polymultipliée, derrière 1. Gutty et 2. Thévenet et 3ème encore à St. Amandin (15)… 5ème des Boucles du Bas Limousin (1. Poulidor  2. Mazeaud).

Un Limousin (Poulidor né en 1936) et un Poitevin (Perrotin, né en 1939), deux ex-jeunes qui ont passé 28 mois en Algérie et qui pédaleront jusqu'à 40 ans passés...

 

 

Deux accidents marquent de leur clignotant cette année. D’abord, un accident de la circulation en rentrant de Bellac, une voiture lui ayant coupé la route : la voiture est hors d’usage, mais le conducteur est indemne… Puis, une chute dans la nocturne de Montaigu envoie Claude, victime d’un comas, passer la nuit à l’hôpital.

 

            1969 :

            A bien des égards, c’est une année-charnière, et pour C. Perrotin (il a 30 ans), et pour les coureurs cyclistes régionaux, dont il est un des représentants le plus remarquable. D’ailleurs, la presse locale ne lésine pas, quand elle titre : « l’U.V.P.  se tourne vers les jeunes ». Néanmoins, Claude collectionne encore des victoires à :

            - Dompierre-les-Eglises (2. Guimberteau)

            - Champagne-St. Hilaire (2. Mazeaud 3. Genet)

            - Tour de Loudun (2. Delort 3. Mattioda)

            - Lugny (2. Mazeaud 3. Frigo)

            - Yffiniac, Gd. Px. de la Baie (2. Le Bihan)

Dans la localité qui vit naître Bernard Hinault, à Yffiniac, Claude est venu battre deux années de suite le grand Le Bihan.

 

            - les Boucles du Bas Limousin (2. Geneste 3. Fages)

            - le circuit des 2 ponts à Culan (2. Baboin 3. Dejouhannet)

Et, il se classe 2ème à Montigny-en-Morvan (1. Michel Bon… 3. M. Martinez) et 2ème à Grand Bourg (1. G. Chappe…3. Peter) et à la nocturne de Civray (1. Barjolin).

Aussi, 3ème à Brigueil-le-Chantre (1. Beuffeuil 2. Laforest), à la nocturne de Montmorillon (1. Gestraud 2. Genet), au Gibeau (1. Lescure 2. Bordier), il est encore 3ème du Tour des Combrailles (1. Locatelli 2. Parenteau), à Bénévent (1. G. Besnard, cf. commentaires 2. Guitard) et à Brive (1. Rault 2. Pérignot )… 5ème du Tour du Cantal, à Meymac et à St. Romain –en-Charroux (1. Leduc 2.Saladié 3.Fedrigo 4. Beuffeuil…).

 

            Et, bien qu’il s’agisse du « Tour de l’Avenir » (le 9ème en l’occurrence), le directeur sportif de l’équipe du « Centre », Gérard Thiélin choisit Claude Perrotin comme capitaine de route d’une formation qui comprend aussi : Besnard – Helion – Hezard – Lechatellier – M. Martinez – Ravel – B. Thévenet.

L'équipe du "Centre" pour le Tour de l'Avenir 1969 (de gauche à droite) : Gérard Thiélin (dir.sp.), Besnard, Helion, Hezard, Lechatellier, M. Martinez, Perrotin, Ravel, B. Thévenet.

 

 

’est à cette occasion que le grand reporter Emile Besson, dans un article intitulé « Fenêtres sur le Tour de l’Avenir », rédige un paragraphe dont le titre est : « Des cas Perrotin il y en a près de mille en France ». La sélection de Claude Perrotin (qui a alors 30 ans) « a provoqué quelques remous », bien que « les organisateurs permettent que deux coureurs de plus de 25 ans soient titularisés au gré des sélectionneurs » et que « la plupart des directeurs techniques du T.A. ne se sont pas privés de ce droit ».

Mais, nous sommes alors entrés dans la période « réformiste » sous le « commandement » du premier D.T.N. du cyclisme français, Richard Marillier. Celui-ci a été nommé par décret ministériel du 11 juin 1969. Sa réforme du cyclisme amateur avec un « Club France » limité à 40 routiers signe « la condamnation à mort, à plus ou moins brève échéance, des grands clubs tels que l’ACBB, l’US Créteil ou les JPS Puteaux (…) qui représentaient jusqu’alors, dans la ligne droite du désormais défunt VCL, la France dans les compétitions se déroulant à l’étranger » (« Almanach du cyclisme » de Guy Caput et Christian Eclemont, éd. Méréal 1998). Et, ces deux auteurs ajoutent : « les indés vont disparaître, comme le cyclisme de Grandpapa ». De fait, l’affaire est déjà plus ou moins consommée avec la catégorie des « amateurs H.C. » que le « Capitaine Marillier » (en réalité « commandant ») considère lui-même comme « hybride », ajoutant que « les amateurs comme les professionnels s’en plaignaient et réclamaient sa suppression ». « Nous l’avons décidée effectivement, car nous ne pouvons bloquer une réforme pour 496 « hors catégorie » dont 17 ex-pros » (Cyclisme magazine, n°17, janvier 1970).

Emile Besson présente les choses plus sereinement : « A trente ans, un amateur est classé dans la catégorie des vieux. Alors qu’un professionnel de cet âge passe tout à fait inaperçu…

Personne ne songe à renvoyer ces coureurs à la retraite alors que généralement on souhaite que les autres, les amateurs, laisse la place aux jeunes. C’est en fait la liberté individuelle qui est visée ». Et, le journaliste donne ensuite à la parole à Claude Perrotin : « On nous accuse de tous les maux. Nous empêchons, paraît-il, les jeunes de monter. Quelle blague !

Mon cas personnel est simple. Je suis célibataire (…) et assez grand garçon pour organiser ma vie comme je l’entends, j’arrive à concilier travail et cyclisme. L’hiver je suis auxiliaire des P.T.T. à Poitiers, le printemps venu je sors le vélo et je cours. C’est, me semble-t-il, mon droit le plus absolu. Pourquoi passerai-je « pro » ? N’y en a-t-il pas assez qui ne gagnent pas leur vie ? »

Fin des années 60 du côté de St. Médard de Guizières (33), pour les dernières cohabitations "pros" et "indés", ici, Agostinho Joaquim (décédé en 1984), Perrotin Claude, Anquetil Jacques (décédé en 1987) et, derrière, Trochut André (décédé en 1996).

 

 

 

            1970 : Le Poitevin Claude Perrotin prend sous son aile quatre jeunes : Rousseau, Courtois, Lorioux et Saumur, dont les trajectoires futures diffèreront. Dans le droit fil de ses précédentes déclarations, dans lesquelles il reconnaissait que les « anciens » (ceux de 30-35 ans) que l’on cherchait à faire disparaître arrivaient « en s’organisant…à battre les jeunes », tout en ajoutant : « mais c’est vrai aussi, et il faut le dire, qu’ils font leur métier bien plus sérieusement que certains jeunes », il joint l’acte à la parole et reproduit ce que lui, jeune, a connu auprès d’Armand Lelli.

Ce qui ne l’empêche pas de continuer à gagner des course, comme à :

            - Lussac-les-Châteaux (2. Provost 3. Courtois 4. Bonneau)

            - la nocturne de Montmorillon

Montmorillon : en 1967, sprint remporté par C. Guimard devant F. Campaner et C. Perrotin

 

            - chez lui, à Montamisé

            - Vaux-en-Couhé (2. Rousseau 3. Barrault)

            - la nocturne de Cosne, où il reçoit de 3000 spectateurs une « formidable ovation »

            - une troisième fois, le circuit des 2 ponts à Culan

            - Montluçon, après une échappée de 100km.

Cet ensemble est assorti de quelques belles places en bonne compagnie :

            - 2ème à Grand Bourg (1. Chappe …3. Peter)

            - 2ème à Vendoeuvres du Poitou (1. JL Danguillaume… 3. Champion)

            - 3ème à Genouillé (1. A. Corbeau)

            - 3ème à Romagne (1. A. Corbeau)

            - 3ème du criterium inter.  de Fourchambault (1. Mattioda..5. Hezard 6.Marcarini) 

 

 

            1971 : La Presse a déjà lancé ses titres : « Jeunes loups » contre « Vieux renards », cependant C. Perrotin est encore premier à Chasseneuil, à Montamisé (2. Bordier 3. Fedrigo) et à Fontaine.

C’est aussi l’année où il réussit l’examen de projectionniste dans la Faculté de Poitiers où il est employé.

            En 1972, il devance un certain Patrick Friou, au Prix des Rosières à la Mothe-St. Héray (3. François ).

            1973 : à Dissay, le maître devance les « éléves » : 2. Courtois 3. Rousseau

            Si 1974 est pauvre en bouquet, 1975 compte encore quelques victoires : à Chasseneuil, à la Tabatière et « chez Mauduit » où une photo le montre avec J. Currit, avec cette légende : « 82 ans… et toutes leurs dents ! ». En 1976, le succès à Champ-de-Gain lui fait devancer : 2. Faugerous et D. Landreau.

 

            Claude continue à courir et à Usson, en 1980, où il est « contrôlé », le journaliste cite sa déclaration, largement teintée d’humour : « Si l’on retrouve quelque chose, je pense qu’il faudra en retenir le nom afin que l’on puisse en faire profiter les jeunes ! »

En 1985, le titre sera : « 46 ans = 30 ans de vélo ! » et, en 1991, c’est « la dernière de Claude ».

            La course cycliste de Montamisé connaît en 2005 sa 50ème édition, soit 49 ans de Grand Prix. Une course dont il est devenu le « metteur en scène » après en avoir été l’acteur.

 Claude a voulu cette photo, où on le voit  avec M. Mercier, commissaire F.F.C. du Tour de France et, aussi, beau-père de Claude Mazeaud.

 

                                                Le passionné de cinéma

 

            Claude est un garçon prévoyant et, aussi, un passionné de cinéma. Après les années 1974-75, « quand c’est fini », il n’est pas pris au dépourvu. Pendant 8 ans, il a occupé pendant l’hiver un « emploi réservé » aux P.T.T. Initié au syndicalisme par sa première expérience à l’usine « Leclanché », à 19 ans dans la Vienne, C. Perrotin n’oublie pas de mentionner qu’il a « payé sa cotisation » et bénéficié de « congés sans solde ». Mais, quand l’heure du choix est venue, il renonce à la titularisation, qui passe par un séjour plus ou moins long à Paris.

Fidèle aux cycles « Peugeot » depuis 1964, dont il connaît bien les bureaux de l’avenue de la Grande Armée à Paris, il ne donne cependant pas suite aux propositions qui lui sont faites de reprendre l’organisation des « Trophées Peugeot ».

En 1969, il se voit proposer un emploi à l’université de Poitiers. Celle-ci est dotée d’une grande salle de cinéma et Claude va s’investir dans la gestion des cinés-club étudiants. Il devient alors professionnel de la projection, pour quoi il a passé son C.A.P. Il élargit ensuite son activité dans le domaine de l’audio-visuel avec l’arrivée des premiers magnétoscopes et autres rétroprojecteurs.

Au total, il souligne sa chance d’avoir fréquenté le « milieu étudiant » et, outre la jeunesse, ce qu’il désigne par l’expression « ouverture d’esprit ».

Les dernières années avant la retraite en 2000, malgré sa réussite pour un poste au « Futuroscope » auquel il renonce, trop impressionné par la montée du « numérique »,  il les passe à l’université de Poitiers, avec l’appui du professeur Roger, dont il a acquis l’estime. 

 

 

            En 1963, dans « BUT&CLUB » (06/05), Roger Bastide conclue un assez long article  sur les méandres de la cohabitation des « pros » et des « indés » dans les criterium et qui fait suite à quelques succès retentissants de Michel Gonzalès, par cette formule qui nous paraît illustrer la conduite de Claude Perrotin : « A chacun selon ses moyens ». 



29/03/2013
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