Memovelo

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Albino GONZALEZ

 

 

 

 

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Albino Gonzalez (1930-2015) , coureur cycliste du CAM de Bordeaux, équipé par les cycles Helyett, agent C. Lesbats au Bouscat.

 

 

 

. à la recherche de son coureur cycliste de père :

 

Fin janvier, début février, deux personnes (Cozzoli le 31 janvier, Gonzalez le 3 février) tentent timidement de prendre contact sur « memovelo.com ». Elles sont à la recherche d’informations sur un coureur cycliste des années 50, nommé Albino Gonzalez. L’un des deux messages est accompagné d’une photo qui montre un vainqueur en maillot « Helyett » après l’arrivée, entouré par le speaker, la miss et la gerbe, quelques dirigeants… A ce moment-là, travaillant sur la carrière de Joseph Cigano, je viens d’enregistrer que lors de sa deuxième victoire en 1954 dans le Grand Prix Dewachter, Cigano s’est à nouveau enfui dès les Quatre-Pavillons en compagnie de Daniel Dihars et d’Albino Gonzalez, lequel va rester une centaine de kilomètres en compagnie du futur vainqueur et de son second.

J’entre alors en contact avec Linda Lafaysse, de son nom de famille Linda Gonzalez, qui est l’une des trois filles d’Albino (avec Anita et Magali). Elle m’apprend que son père est décédé le 30 décembre 2015. Après ce deuil, elle a retrouvé au fond d’un tiroir quelques photos et quelques articles qui attestent d ‘une présence remarquée du coureur Albino Gonzalez dans les pelotons cyclistes de 1951 à 1958. Sa curiosité l’amène à interroger ce passé qu’elle n’a pas connu (Linda est née en 1961) et dont son père « ne voulait pas parler ».

 

 

 

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Linda, "la fille du coureur", maître de conférences à l'Université de Bordeaux.

 

 

Linda qui a obtenu –au-delà de son parcours scolaire achevé au Lycée Camille Jullian à Bordeaux – des diplômes en sociologie, ethnologie et sciences de l’éducation, a soutenu en 2008 une thèse de doctorat en anthroplogie sociale et culturelle sur « les chiffonniers et les récupérateurs de déchets », travail qui ouvre sur « l’économie circulaire ». Elle est enseignante à l’I.U.T. « tech. de co. » de l’université de Bordeaux. C’est donc bien une chercheuse qui se penche sur le passé de coureur cycliste de son père.

Cependant, l’enquête s’avère, ici, compliquée pour plusieurs raisons :

 

 - le passé et le vécu d’Albino Gonzalez, coureur cycliste, échappent à l’analyse, déjà, parce qu’il n’a jamais « voulu en parler » et que le seul témoin susceptible d’y contribuer encore, Gabrielle, son épouse et la mère de Linda, n’est entrée dans la vie d’Albino qu’au moment où celui-ci, justement, cessait d’être un coureur cycliste.

 

 - de nombreux coureurs contemporains d’Albino G. n’ont gardé qu’un souvenir imprécis. Certes, René Lesbats se souvient, bien sûr, de ses débuts au CAM, marqués par « plusieurs chutes » et qu’il a par la suite « progressé très vite ». Ceux qui l’ont côtoyé du côté de Libourne et du Blayais, comme Claude Coutant ou Gérard Doret, se rappellent sa victoire dans le 23ème Tour du Blayais, mais, les aléas – à cette époque – des départs au service militaire en période de « guerre d’Algérie » ont laissé quelques pages blanches dans les mémoires. Ainsi, Claude Coutant, parti à 21 ans pour 31 mois d’absence… ou, encore, des camarades de club, qui auraient pu nous renseigner, aujourd’hui disparus, tel Marius Naffrichoux décédé en janvier 2013. La mère de Linda se souvient qu’une petite« délégation » conduite par Julio Alvarez était venue relancer Albino, chez lui à Fronsac, alors qu’il avait repris la pratique du vélo, seul, trois à quatre fois par semaine. Malheureusement, Julio Alvarez est aujourd’hui en situation de santé délicate et, selon Yves Nebut et Michel Leblanc, il serait inutile de le déranger.

 

 - reste la presse, ses résultats et ses récits… quand ils sont accessibles. Linda Gonzalez-Lafayse a visité les archives départementales, les archives municipales, la bibliothèque de Bordeaux et celle de Libourne. Tous les journaux n’y sont pas ou leur état n’en permet plus, pour certains , la consultation. Néanmoins, sa moisson éclaire parfaitement l’activité du coureur, son père. Tout au moins jusqu’en 1956.

 

L’activité de coureur cycliste d’Albino Gonzalez peut donc être considérée selon deux périodes :

- la période « bordelaise » : le CAM de 1951 à 1954

- la période « libournaise » : la SCAL de 1955 à 1958

Ces deux périodes s’articulent étroitement avec les situations familiale et professionnelle. Et, la carrière du coureur cycliste, Albino Gonzalez, se conclut sur son mariage avec Gabrielle Gauthier, le 27 septembre 1958 à Néac.

 

 

. Espagnol toute sa vie bien que né au Bouscat : 

 

Si Albino Gonzalez est né le 23 novembre 1930 au Bouscat, en Gironde, ses parents Loreta et Florencio sont en provenance de Sahagùn (village de la province de Leon, en vieille Castille). La famille est retournée en Espagne après la proclamation de la 2ème république (le 14 avril 1931), qui met fin à la dictature de Miguel Primo de Rivera, destitué en janvier 1930 par le roi d’Espagne, Alphonse XIII. Mais, le roi est poussé à la fuite et un front populaire est porté au pouvoir en février 1936. Il s’en suit une tentative de coup d’Etat militaire (14-18 juillet), d’où émerge la figure du général Franco. L’échec de ce coup d’Etat plonge l’Espagne pendant trois ans dans la guerre civile.

Si beaucoup de familles fuient la répression et la persécution – parfois, pour être parquées dans quelques camps du sud de la France – la famille Gonzalez ne choisit pas l’exil. Cependant, Albino assiste dans son enfance à l’exécution d’un oncle républicain par une milice espagnole dans la maison familiale de Sahagùn, souvenir  terrifiant qui ne le quittera jamais.

Après la Libération, la frontière pyrénéenne franco-espagnole ré-ouvre en 1948 et la famille d’Albino revient en France le 16 septembre 1949. Albino est l’aîné de sept enfants et son adolescence est compliquée par les défaillances d’un père instable. Il devient une sorte de second père pour ses frères et sœurs. Ses salaires, mais aussi les quelques prix et primes gagnés à vélo servent la famille.

A son retour en France, Albino Gonzalez est hébergé par son oncle, Albino Abanzas-Martinez, le frère de sa sœur, rue Curie au Bouscat. Cet oncle, maçon de métier, facilite son embauche comme manœuvre dans la même entreprise que lui-même. Le reste de la famille s’installe en région libournaise où ils sont employés dans le secteur viticole. « Bien que né en France, il est demeuré jusqu’à la fin de sa vie de nationalité espagnole », écrit sa fille, Linda.

 

 

 

. La période « bordelaise » : au CAM de 1951 à 1954 :  

 

 

- des débuts « tardifs » :

 

Pour ceux qui connaissent l’histoire de la section cycliste du CAM (cf. ici, dans « Dossiers »), il est aisé de comprendre comment Albino Gonzalez s’est retrouvé licencié dans ce club. La section cycliste des « municipaux », qui doit beaucoup à Charles Lesbats - lequel prit « pignon sur rue » (Théophile Gautier) dès 1932, alors qu’il était encore coureur - a toujours eu un recrutement bouscatais.

 

 

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Au début des années 50 (probablement en 1951), devant la mairie du Bouscat , la "famille" de la section cycliste du CAM de Bordeaux pose, avec l'écusson du club, avant de s'attabler pour le banquet annuel. Sans doute convient-il de se rappeler qu'au commencement de la "vélocipédie", à la fin du XIXème siècle - donc, avant la loi sur la liberté d'association (1901) et la généralisation du mot anglais "club" (cf. "L'invention du cyclisme associatif (1867-1887), in "Les premiers temps des veloce-clubs", Alex Poyer , L'Harmattan, 2003)- il est question, surtout, de "sociétés".

Cette photographie témoigne parfaitement de cet "esprit". On voit, ici, une assemblée qui mêle générations, femmes et hommes, dirigeants, parents et pratiquants.

Penché sur l'image, René Lesbats ne peut s'empêcher de poser à voix haute la question : "Mais, combien sont morts aujourd'hui ..?" Puis, il  peut citer :  au premier rang (de G. à D. et accroupis) ,  A. Grand, Arnaud, R. Castaing, R. Lesbats, J. Lamorane, X…, Bustillo.

au deuxième rang (debout de G. à D.) : Elie Simon, Tramichecq, A. Gonzalez, Muller, R. Alvarez, Mme Tastet, Emile Baudoin, J. Bonamy, P. Torrès, et, tout à fait à droite Raymonde Machenaud et Fernande Redoulez...

Aux troisième et quatrième rang, il lui est encore possible de retrouver : Dhospital, Machenaud, Faury, Lajournade, Castera, son père Charles Lesbats, Mme Dhospital, Suer, Lamourane, Videau...

 

 

 

 

- réussite dès sa première année de compétition :

 

 

 

Un premier article, qui revient sur la saison 1951 au CAM, titre : « Parfait débutant au 15 mars, Albino Gonzalez est, aujourd’hui, un sérieux espoir ». Sa fille, Linda renforce la légende : « il fait l’apprentissage du vélo en mars 1951 après avoir fait l’acquisition d’un vélo de course ». Il participe alors aux courses de classement du club et « à chaque course ou presque il chutait » (René Lesbats). Cependant que se dessine une personnalité : lors de la deuxième course de classement, il termine 4ème malgré deux chutes et, lors de la troisième, il gagne après s’être échappé avec Severino Garcia.

Les premiers succès en course officielle n’arrivent qu’au mois d’août, mais la progression est réellement surprenante, continue et accélérée. Au total, 22 résultats ont pu être relevés qui permettent de compter 5 victoires et 12 places dans les 5 premiers. Le 30 septembre 1951, au-delà des frontières de la Gironde (sic), à Angoulême pour le circuit de Saint-Michel, il s’impose détaché au bout de 120 km (en 3h 11’) devant Stanislas Urbaniak, qui est déjà l’un des mailleurs coureurs des Charentes.

Bilan :

. 27 mai : La Garenne, Le Bouscat = 4ème

. 18 juin : Saint-Gervais = 5ème

. 24 juin : Salignac = 5ème

.  1er juillet : Saint-Antoine = 5ème

. 8 juillet : Bordeaux-Andernos, Challenge Georges Bonnac = 6ème (1. F.Viana 2. J.     Crespos 3. Brouste 4. Carlat 5. Labat )

 . 14 juillet : Bassens = 3ème

. 22 juillet :Bègles, Montet = 3ème

. 15 août : Cenon, G.Px. des fêtes = 1er (2. Hulau 3. Augustin)

. 16 août : Cadillac-en-Fronsadais = 5ème (1. Leal (Scal) 2. Thomas (CAB)

. 19 août : Saint-Seurin-La Maréchale = 1er (2. Barraud (Bègles) 3. Favereau(Bruges)

. 20 août : Castillon-la-Bataille = 13ème (1.M. Faure 2. Doret 3. Raymond) 2ème des 4°

. 25 août : Saint-Genés de Fronsac = 2ème (1. G. Barbin (…)3.A. Fortage 4. G. Durassier)

. 27 août : Lugon = 1er (2. J. Jouy (VCB) 3. C. Lafaurie (P. Talence)

. 2 septembre : Bruges, Px. des commerçants = 3ème (1. M. Durassier 2.R. Brousse)

. 3 septembre : Civrac de Blaye = 4ème

. 9 septembre : Chge. René Vignes (Le Bouscat) = 1er , 93 km en 2h 13’ 40’’

. 10 septembre : St. Germain du Puch = 2ème (1. Foltzer (Scal)

. 17 septembre :Bayas = 9ème (après 2 crevaisons) (1. Pineaud (Bastide)

. 22 septembre : Pédale Girondine = 8ème au général (2ème de la 1ère étape)

. 24 septembre : Lugon = 3ème (1. Ch. Bannes)

. 30 septembre : Angoulême-St. Michel = 1er  (2. Urbaniak 3. Labardère)

. 7 octobre : Le Bouscat, Ch. de fond = 1er (84 km en 2h13’) 2. Garcia 3. Lesbats

 

 

Circuit de Saint Michel AngoulêmeA.G. 1.jpg

  

L'arrivée du vainqueur du circuit de Saint-Michel à Angoulême, Albino Gonzalez. Cela se passe en septembre 1951 et une simple corde suffit à contenir trois ou quatre rangées de spectateurs...

 

 

 

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 Une semaine plus tard, au Bouscat, avec ce soleil d'automne que, parfois, la région nous réserve, c'est le départ du championnat de fond du CAM.

Avec le maillot "Terrot", au premier rang à gauche, le buste redressé : René Lesbats s'appuyant sur Roland Castaing (le père de Francis), à son côté. Albino Gonzalez, qui va l'emporter, est au deuxième rang juste derrière eux. Le coureur casqué à côté de lui se nomme Lamourane.

 

 

Dans le journal « l’Athlète » du 31/10/ 1951, à la rubrique « montées en catégories », on peut lire :

- de 2ème en 1ère : Maurillo Poli (CC Aiguillon) et Albino Gonzalès (CAM)

- de 3ème en 2ème : Michel Gonzalès (CAM)

Les deux Gonzalès se suivent… à quelques années de distance (Michel est né en 1933). Pour le moment, ils sont dans le même club et la presse et ses journalistes n’orthographient pas correctement le nom, qui est bien GONZALEZ.

 

 

. 1952-1953 : en 1ère catégorie…

 

1952-

 

Quelques résultats, quelques citations dans la presse témoignent de l’activité d’A. Gonzalez dans ces pelotons et ces courses où règnent les « indés » de 1ère catégorie.

 - le 22 mai,  sur le circuit du Haut-Moron (Blaye) où la victoire sourit à Maurice Bertrand, Albino G. se classe 8ème : 1. M. Bertrand, 140 km en 3h 33’ 2. G. Bacquey 3. A. Joulin 4. H. Aubry 5. A. Micas 6. J. Doret 7. P. Chazaud… 9. P. Rinco…

 - le 2 juin, à propos du 4ème Criterium des grands vins de Bordeaux, les « Nouvelles de Bordeaux et du sud-ouest », sous le titre : « la bataille des crevaisons », rapportent qu’ « Albino Gonzalez a crevé deux fois et qu’il n’a plus de boyaux ».

 -le 22 juin, il participe au 6ème Circuit de La Couronne, pour le Prix de la St.-Jean. Il s’y retrouve en forte compagnie, car de nombreux professionnels figurent parmi les 65 partants. L. Reynaud, le journaliste, commence ainsi son article : « La St.-Jean verra tous les « Tour de France » à Brest prêt à prendre le départ mettant une dernière main à leur matériel et le soumettant au poinçonnage. Pourtant, certains auront déjà fêté la St.-Jean : ceux qui auront couru à La Couronne… » et, plus loin, il ajoute : « Le Tour était à La Couronne en compagnie de la St.-Jean qui dans la coquette cité va durer près d’une semaine et débuta par le feu d’artifice ». C’est une course de 170 km que 19 coureurs seulement terminent.

Dans la côte de Bompart, trois hommes sont détachés : Bermudez, Audaire et Bober et, « au sommet, Buchonnet, Urbaniak, Brun et Caput ont déjà 300 m de retard… », mais ce « groupe de quatre (voit) revenir avant La Couronne, Desbats, Vivier et Gonzalez ». A l’arrivée, Albino se classe 12ème et 4ème indépendant, derrière :

1. A. Audaire 2. S. Bober 3. F. Bermudez 4. L. Caput 5. R. Desbat 6. S. Urbaniak 7.J. Vivier 8. M. Brun 9. R. Buchonnet 10. Lauck 11. Huot… et devant Gaillot (13) et Varnajo (17).

 Un semaine plus tard, il est au départ du 2ème G .Px. des friandises « Marie-Claire », qui part du Pont-de-la-Maye et déroule 150km en passant par La Réole, Sauveterre, Castillon, Libourne, St. André-de-Cubzac, l’arrivée se jugeant en haut de la côte de la Ramade où Bacquey l’emporte devant Merino. Demazeau, qui signe l’article, rapporte : « à Langon, Albino Gonzalez emmenant avec Baggio, Bacquey et Gadras le peloton, juste derrière Dupré et Merino, les deux leaders ». A propos d’Albino, le journaliste résume tout en quelques mots : « ayant retrouvé son coup de pédale de la saison passée (…) prenant des relais trop secs (…) il est interrompu par une crevaison (puis) le chaleur parachève une malchance qui ne le quitte plus depuis le début de la saison ».

Celle-ci se termine sur une 7ème place à Civrac-de-Blaye.

 

1953 

 

  L’année 1953 commence vraiment avec la participation à Bordeaux-Saintes. Albino Gonzalez porte le dossard n°93 aux côtés d’ Henri Aubry (SCAL) n°92, dans cette édition de la classique du début de la saison dans le sud-ouest, remportée par S. Perrin, devant L. Goya-Picassari et F. Bermudez-Garcia. Le classement conservé et publié par « velocompetition » ne détaille pas la présence d’Albino dans le peloton à l’arrivée.

 - le 10 mai, A. Gonzalez se classe 12ème dans le circuit du Haut-Moron. L’arrivée est houleuse et Charles Lesbats qui rédige le commentaire raconte « le geste déplorable de Bermudez », lequel a tiré H. Aubry par  le maillot, et « la bagarre et le brouhaha » qui ont suivi. Classement : 1. Cruzin 2.Aubry 3.Cigano 4.P. Rinco 5. F. Bermudez 6. Chapeau 7. Macorig 8.Heugas 9. Bernaleau 10. Guibert 11. Nardi… 13. J. Rinco…

 - le 3 juin, c’est le Grand Prix de la ville de Blaye. L’épreuve a obtenu une dérogation pour se disputer l’après-midi, car une nouvelle réglementation – très contestée – diffusée par les services préfectoraux stipule que « désormais les courses en Gironde (et dans 14 départements devront se dérouler entre 8 heures et 13 heures et ne pas excéder 100 coureurs ». Rappelons, au passage, que nous sommes, alors, en 1953 !

La course se déroule en trois boucles qui totalisent 116 km. Peu après le départ, dans la côte de Cars, six coureurs prennent le large : A. Heugas, Masso, G. Doret, A. Gonzalez, Didion et Lafranque. Dans la dernière côte, celle de Bel Air, A. Heugas et G. Doret s’en vont et l’arrivée qui a lieu sur l’avenue qui longe la promenade des quais donne le résultat suivant :

1. A. Heugas (SCAL) 2. G. Doret (VCL) 3. J. Masso (G. Pellegrue) 4. J. Lafranque (CG.) 5. A. Gonzalez (CAM) 6. C. Coutant (ES St. Paul) 7. Sabathier (UC Arcachon) 8. J. Campaner (SCAL)…

 -le 17 juin, Albino G. se classe 5ème à Gémozac, où le vainqueur est Lemaître (VC Saujon), qui parcourt les 135 km en 3h 58’, 2. Gaury (SPCC) à 1’ 30’’ 3. J. Ricou (Oléron) 4. Rémi Belluteau (VCG) 5. A. G. 6. J. Doret… On le note parmi les animateurs, car il tente de s’échapper à deux reprises : d’abord avec Darodes, puis avec Lemaître, lequel s’enfuit ensuite avec Gaury dans la côte de Mortagne.

 - le 21 juin a lieu le XXIIIème Tour du Blayais qui est bien « l’épreuve-reine de (la) région », fondée en 1924 par René Robert, le dirigeant du Grand Pierre Sportif (Berson). Il y a 72 coureurs, amateurs et indépendants, au départ de St. André-de-Cubzac. Ainsi que l’écrit Gabriel Duhamel (Robert Dutein) : « de la Gironde aux limites des Charentes, c’est tout le Blayais, aux routes hérissées de difficultés » qui voit passer le peloton. Si, dans la première partie de la course, de nombreuses escarmouches expliquent une première heure très rapide, c’est « la rampe nord du côteau du Grand Pierre » qui va rendre le « verdict définitif ». Trois hommes se détachent : Bortolotto, A. Gonzalez et Gouraud ». La côte de Cars ne dissocie pas le trio, puis vient la dernière difficulté qui est le « rapaillon » du Grand Pierre (C. Bernard). Gonzalez attaque le premier et se présente sur la ligne avec 50m d’avance sur Gouraud (2) et Bortolotto (3) puis viennent Carasset (4), Guibert (5), Broquaire (6), Laville (7), Coutant (8), A. Heugas (9), Zamparutti (10), Jean Doret (11)…

 

 

 

 

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 A l'approche de la ligne d'arrivée, Albino Gonzalez abandonne Gouraud et fonce vers la victoire dans le XXIIIème Tour du Blayais.

 

 

 

Après le G.Px. d’Angoulême-St. Michel en 1951 et avant le G. Px. de la Victoire à Libourne en 1955, c’est l’un des trois plus beaux succès d’Albino Gonzalez. Curieusement, après cette réussite, juillet-août-septembre n’amènent pas le moindre résultat.

 

 

A. Gonzalez 9.jpg

 

"1er, détaché…"

  

 

. 1954 : présent dans les grandes courses :  

 

 

Après Bordeaux-Saintes en ouverture, où il porte le dossard 134 (entre V. Huot, 133 et C. Coutant, 135), course remportée par Nauleau devant Montero-Rechaud et G. Gay, Albino Gonzalez commence le mois de mai avec le « 1er Bordeaux-Brive », une « nouvelle classique » organisée par les Girondins de Bordeaux avec départ au siège du club, cours Georges Clémenceau. Les coureurs du club organisateur monopolisent les quatre premières places et le lauréat  est Julio Alvarez. Emile Baudoin (le grand-père de notre ami JP. Lacroix) écrit dans « l’Athlète » : « Retenons les retours méritoires après crevaison d’Albino Gonzalez et Jean Rinco et déplorons la chute du sympathique petit Michel Gonzalès, contraint à l’abandon… Le classement s’établit comme suit : 1 . Julio Alvarez (G.B.) 192 km en 5h 3’ 2. P. Rinco (G.B.) à une roue 3. J. Sabathier (G.B.) 4. J.M. Moujica (G.B.) 5. Ocariz (Pellegrue) 6. A. Gonzalez (CAM) 7. Gadras (ASPOM-CCB) 8. Monguille (CAB) 9. Bouzou (Lalinde) 10. Conty (Lalinde) 11. Doret (VCL) et François (Brive) 13. J. Rinco (G.B.) 14. Coste (SAB).

- le 30 mai a lieu le G.Px. Dewachter et le journal annonce : « en ce dimanche de mai, bon nombre de kilomètres de nos routes girondines retentiront du nom « Dewachter grand tailleur » qui fera disputer son 2ème Grand Prix. Parmi les « concurrents de classe », G. Bernard cite aux côtés de « Cigano, de retour des « Six Provinces » (…) avec l’idée bien arrêtée de faire la « passe de deux », parmi la liste des meilleurs coureurs régionaux, Albino Gonzalez. Il n’a pas tout à fait tort, puisque « aux Quatre-Pavillons », Cigano, Dihars et Albino Gonzalez sont déjà détachés… » Cigano et Dihars iront jusqu’au bout « après  queGonzalès , qui n’avait pu passer le cap des 100 km d’échappée, eut succombé avec tous les honneurs pour avoir eu jusque-là une très belle tenue ». Classement : 1. J. Cigano, 178 km en 4h 53’ 2. D. Dihars  mt. 3. C. Coutant à 5’ 4. A. Virol…

Le 14 juin, A. Gonzalez est engagé dans le 3ème G.Px. Clément Joulin avec le dossard n°15. L’article présente une carte du parcours : de Cenon à Cenon par St. André-de-Cubzac, puis de Cavignac à Coutras et à Libourne par St. Emilion avec retour sur Cadillac en passant par Créon, pour finir par Langon, Cambes et Latresne. Cet article recense Albino parmi les favoris : Latorre, Merino, Cigano, Dupré, Celebrovsky, les frères Bianco et Lesca. Et, le journaliste écrit : « Gonzalès Alban qui revient petit à petit dans la grande forme qu’il connut en 1951 ». C’est André Lesca, qui porte le maillot de champion de France des « indés », qui gagne devant Gaudin et Cigano.

Jean-Luc Métayer – déjà auteur d’un ouvrage sur le G. Px. de la Trimouille – a reconstruit l’histoire des 31 éditions du G. Px. de Brigueil-le-Chantre (1934-1972). Pour lui, le 17 juin 1954, sous le même maillot «Reboul », sont engagés les deux « Gonzalès » : Alban avec le n°65 et Michel avec le n°66. La course aurait atteint, alors, « le point le plus haut de sa carrière » (Libre Poitou) et elle est ouverte aux professionnels. 80 coureurs sont au départ  (sur 110 engagés)… La victoire va à Pierre Michel (La Perle) après 180 km effectués en 4h 27’ 30’’ devant J. Dupont (Dilecta), le champion de France en titre. Albino (Alban) Gonzalez ne figure pas dans la liste des coureurs nommés dans le classement publié.

Au mois de juillet (le 18), Albino est, par contre, cité parmi les coureurs régionaux invités au 1er Grand Prix cycliste de Langon, où les têtes d’affiche sont : R. Van Steenbergen, J. Dupont, J. Anquetil, F. Anastasi, M. Diot…

Au mois d’août, le 8, il prend la 2ème place de la course disputée à St. Vincent-de-Connezac derrière Gourmelon (RC Mussidan), les 130 km en 3h45 et devant Barquero (RC Mussidan), 4ème

Deux semaines plus tard, il participe au 9ème G.Px. d’Arcachon qui voit la victoire de Maurice Bertrand, « le valeureux champion de Cercoux » (Ch. Robert). A la mi-course, alors que Siguenza et Bertrand sont seuls en tête, « à 200 m Gonzalez et Coutant précédent Nardi de 100 m et le peloton de 200m » et si, à l’arrivée Coutant et Desbats ont rejoint Bertrand, alors que Sigenza a cassé son cadre, il n’est plus fait mention de Gonzalez A., lequel ne figure pas au classement.

 

 

. La période « libournaise » : à la SCAL de 1955 à 1958  

 

Après quatre années passées au CAM de Bordeaux, Albino Gonzalez devient en 1955 un licencié de la Société Cycliste et Athlètique Libournaise, la SCAL. A cette époque, il y a deux clubs cyclistes à Libourne : l’Auto-Velo-Club-Libournais (l’AVCL, créé en 1896) et la SCAL qui a été fondée en décembre 1933. Nous ne savons pas ce qui a guidé le choix d’A. Gonzalez, par contre – selon sa fille, Linda – Albino qui a désormais plus de 24 ans, aurait souhaité s’émanciper de sa tante et de son oncle, qui lui ont tenu lieu de parents jusque-là, pour se rapprocher de sa famille, maintenant installée dans les vignes de Pomerol.

La presse locale salue cette arrivée par ce titre : « à la SCA libournaise, une recrue de choix : Albino Gonzalès ». Il remporte alors la première course de classement devant Naffrichoux, André Heugas à 1’ et J. Campaner à 1’7’’. Avec un léger décalage, des trajectoires se frôlent : chez les minimes, c’est un certain René De Santi qui gange devant Lapierre.

Albino est réellement le chef de file de la SCAL, ce qu’il prouve en enlevant le challenge Kany, épreuve disputée en deux étapes : soit une première étape en ligne de 125 km, où il s’échappe en compagnie de Naffrichoux, les deux coureurs arrivant dans cet ordre 1’ avant A. Heugas et presque deux avant J. Campaner. La deuxième étape consiste en une course contre la montre gagnée par Jean Campaner, qui effectue les 35 km en 53’ 28’’, Albino est second à 8’’, Chaudet 3ème à 26’’ et A. Heugas, 4ème à 55’’. Au classement général, A. Gonzalez (qui court désormais sur cycles « France-Sport », dont l’agent est Motard à la Pistolette –ça ne s’invente pas !) est premier devant Naffrichoux et J. Campaner.

 

 

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 Albino Gonzalez tenant le trophée du challenge G. Kany.

Georges Kany (1899-1967), d'abord conseiller municipal (1953), puis premier adjoint au maire de Libourne, Robert Boulin, alors secrétaire d'Etat au budget, est l'animateur de nombreux groupes et sociétés, dont la SCAL.

 

 

 

Peu de temps après, le 11 avril, Albino Gonzalez est invité au IIème Criterium international de Bordeaux (G.Px. des vêtements Thiéry, Trophée Pernod fils) qui se déroule sur 100 km, soit 120 tours du circuit des Quinconces. Il y a là : Koblet-Anquetil-Poblet-Malléjac-Varnajo-Rémy-Darrigade-Anastasi-Desbats-Dolhats… et les meilleurs régionaux. Le lendemain de l’épreuve, la presse titre : « Darrigade récidive au Criterium international de Bordeaux, qu’il remporte au sprint après avoir rejoint avec F. Anastasi, R. Rémy et Albino Gonzalès à trois tours de la fin ». En effet, à 8 tours de l’arrivée, Albino G. est devant avec Raoul Rémy et ils possèdent un demi-tour d’avance. Emile Baudoin raconte : « Durant les cent tours du circuit, les coureurs ne s’accordèrent pas un instant de répit, chacun des passages sur la ligne d’arrivée comportant des primes de mille à trente mille francs… la dernière, celle de 30 000 pour les as, fut pour Rémy, cependant qu’Alban Gonzalès échappé avec lui (…) s’attribuait celle de 15 000 pour les régionaux ».

Classement : 1. A. Darrigade, 100 km en 2h 14’ 10’’ 2. F. Anastasi 3. R. Rémy 4. A. Gonzalez 5. J. Dupont à 50 m 6. B. Gauthier 7. J. Cigano 8. Carrara 9. Maurice Verdeun 10. Rigon 11. Bannes 12. Garbay…

 

 

Albino Gonzalez 19.jpg

(extrait du programme du Criterium de Bordeaux)

 

 

A Libourne, la presse publie : « une belle performance d’Alban Gonzalès… ce sympathique coureur n’a pas tardé à nous donner raison… », saluant la « magnifique performance qu’a accompli notre champion local ».

Une semaine après, le 18 avril, à St. Georges-des-Agouts, Albino se classe 2ème derrière Claude Coutant (qui va bientôt partir à la « Route de France ») et devant Pierre Beuffeuil.

Début mai, le 6, il est au 33ème Circuit de l’Indre, à Chateauroux, une course de 250km que le vainqueur, René Fournier, le champion de France militaire, parcourt en 6h 25’, battant au sprint A. Dolhats et un peloton de 39 coureurs, parmi lesquels le journal ne cite pas le nom d’Albino. Cependant, dans son reportage, Jean Bernard relève « la moyenne relativement élevée que nous devons à quelques audacieux qu’ils se nomment Gonzalez, Bouvet, Delahaye, Dussault, Meunier, Cieleska… » et il note la « prise d’initiative de Gonzalez au 50ème kilomètre (et que) ce même Gonzalez se soit entêté à récidiver avant Argenton », soit le kilomètre 100 « où il passe avec 1’ 35’’ d’avance sur le peloton. En haut de la côte de Baraize, Gonzalez est absorbé ».

De retour de l’Indre, le 8 mai à Libourne, A. Gonzalez remporte le XIème Grand Prix de la Victoire. En 1966, le journal « l’Athlète » relève que cette épreuve qui existe depuis 22 ans est « la plus vieille course qui subsiste dans le sud-ouest ». Le palmarès, inauguré en 1943 par A. Bramard, a ensuite inscrit les noms de : J.Paris, P. Proust, Jesus Mujica, A. Joulin, René Barrière, G. Allory, Marcel Danguillaume, Pierre Barrière et J.C. Virol avant A. Gonzalez. En 1956 , le successeur d’Albino est Daniel Dihars, puis il y aura Y. Nebut, Lara, Vidal, Castera, Jouglin, Augée, Joubert, Bozzi et Teillet.

Albino Gonzalez s’est enfui dans la côte en fer à cheval de St. Jean de Blaignac et, à Rauzan , il passe avec 40’’. Classement : 1. A. Gonzalez (SCAL), 170km en 4h 13’ 2. Laffargue (CCM) 3. J. Rinco (CC Caudéran) 4. G. Blanc (US Andernos) 5. Castain (Capbreton) 6. Jaboin (SCAL) 7. Guiral (ASPTT) 8. Paris (SPCC) 9. Delort (USA) 10. P. Rinco (CC Caudéran).

En juillet, il termine 5ème du G.Px. Jacques Castagnet (du nom d’un coureur des PTT décédé en 1944) sur un parcours de 150km par Castillon, La Réole et Langon, sur lequel Jean Rinco protège la fugue de Felix Merino et marque R. Lafargue. Classement : 1. F. Merino 2. R. Lafargue 3.J. Rinco 4. Deloche 5. A. Gonzalez 6. Cigano 7.Fernandez 8. Codatto…

 

 

XIe Grand Prix de la Victoire A.G. 16.jpg

 Libourne, XIème Grand Prix de la Victoire : le vainqueur Albino Gonzalez entouré par de nombreuses personnalités dont - tout à fait, à gauche - J.A. Moueix, alors conseiller municipal (le stade de football porte son nom), issu d'une famille d'origine corrézienne et au début d'une "dynastie" dans les vins de Saint-Emilion.

 

 

 

Le 15 août, lors du G. Px. des fêtes à Vayres, il se classe 2ème derrière J. Bidart (ex-champion de France des amateurs, en 1947 devant R. Desbats).

 

La saison 1955, marquée par le beau succès dans le G. Px. de la Victoire, mais aussi par quelques belles places, semble avoir redonné un nouveau souffle à la carrière d’Albino, maintenant licencié à Libourne…

 

. 1956 :

 

Le 11 mai se dispute le Vème Bordeaux-Eymet et , « ironie du sport » aurait écrit Antoine Blondin,  la vainqueur s’appelle Michel Gonzalès. C’est peut-être l’une des dernières fois qu’Albino Gonzalez apparaît dans les communiqués. Après le départ donné à La Benauge vers 13h 15, « en quelques pédalées, la côte de Monrepos était atteinte et fournissait à Alban Gonzalez et Sastres l’occasion d’une première échappée. Aussitôt, Georges Dupré et Gourd s’en mêlaient, mais ce quatuor ne pouvait résister au rush de Lesca… » (Gabriel Bernard, dans « sud-ouest »). De son côté, Emile Baudoin dans « l’Athlète » note : « à Castillon (45km en 1h 2’) Lescat et Sastres enlèvent les primes, Faure, Alban Gonzalès, Louis Negroni et Ricou ont pris 200m, mais à Lamothe-Montravel la soudure se fait… »

Classement : 1. M. Gonzalès (Gi. Bx.), 204 km en 5h 8’ 2. Ben Brahim 3. Cigano 4. Trochut 5. Lalanne 6. Negroni 7. Chaumont 8. Dihars 9. G. Dupré 10. Lesca 11. Gaudin 12. Rigon…

Linda Gonzalez-Lafaysse, sa fille, qui a multiplié toutes les recherches possibles, pense l’avoir (re-) trouvé dans le résultat du Grand Prix de Ribérac, le 29 juillet, course gagnée par H. Prouzet devant A. Dupré et J. Pineau. Mais, le Gonzalès classé 9ème est-il bien Albino ou s’agit-il de Michel ? La réponse se trouve sur le site « velodordogne », où Bernard Peccabin publie le 03/12/2015 la quatrième partie de l’histoire du CA Ribérac (année 1956). Il y est fait mention du 8ème G. Px. cycliste de la ville de Ribérac, où Hugo Koblet est présent. C’est Michel Gonzalès qui termine 8ème derrière Jacques Dupont et devant Sastres lors du sprint du peloton.

En août, le journal « sud-ouest » annonce pour le 15 la tenue de Bordeaux-Arcachon (ce ne sera bientôt plus possible de faire disputer la course à cette période) et qu’ « au départ à 10 heures de l’église de Mérignac ( !), il y aura « les meilleurs régionaux ». Une liste d’engagés fait apparaître Albino Gonzalez (SCAL) avec le n°41. La victoire va à Pierre Martinet (SAB) qui effectue les 66 km en 1h 36’ devant Beauvieux (BVC) et A. Tournis (SAB). Parmi les 10 premiers, on relève les noms de René De Santi (16 ans et demi) classé 5ème, J. Toengi (ROC) 7ème à 41’’, F. Delort à 1’, C. Bannes à 1’30’’ devant A. Delort, mais point d’Albino Gonzalez.

 

 

 

Albino Gonzalez 18.jpg

 

Les deux dernières licences d' Albino "Independant I° categoria" de la "Federacion Espanola de Ciclismo" enregistrées par la FFC comme "licences étangères".

  

- 1957-1958 :

 

Les licences de 1957 et 1958, licences étrangères enregistrées par la F.F.C., ont bien été conservées. Albino est toujours indépendant 1ère catégorie. Grâce à Bernard Peccabin, nous avons pu examiner attentivement les collections complètes du journal « l’Athlète » pour ces deux années. Nous n’y avons rien relevé concernant A. Gonzalez. Sa fille,Linda, a consulté en vain « tous les numéros de l’Avenir de Libourne et du Courrier français ».

Seul résulat tangible : A. Gonzalez se classe 7ème de la première course de classement de la SCAL disputée le 8 mars 1958 et remportée par Demichel devant Chaudet, Lapierre et Lubiato. L’ouvrage de J.L. Métayer le montre inscrit avec le n°40 au Grand Prix de la Trimouille, le 24 avril, et il est cité avec la SCAL comme club, ce qui est juste, mais avec le prénom de Michel, ce qui est faux, puisqu’aussi bien il s’agit de la dernière édition de cette course sans les professionnels et qu’à ce moment-là, Michel Gonzalès est professionnel chez « Peugeot ». C’est Robert Gibanel qui est le vainqueur devant G. Avignon et E. Delmas. Parmi les 33 coureurs classés 13ème ex-aequo, le nom de Gonzalez ne figure pas.

 

La période libournaise qui avait commencé très fort s’achève ainsi. Albino Gonzalez a désormais presque 28 ans, le temps est venu pour lui de « passer à autre chose ».

 

 

Les vies familiale et professionnelle emportent le coureur et gomment son passé à vélo :

 

Ainsi que l’écrit sa fille Linda : « l’obtention et le renouvellement de sa carte de séjour sont subordonnées à l’exercice d’une activité professionnelle régulière » et « par ailleurs, la carte de travail est délivrée à condition de justifier d’une qualification reconnue ». C’est la raison pour laquelle, Albino entreprend à Limoges, en 1957, « une formation qualifiante de tailleur de pierre et de maçon ». Cette démarche essentielle est, déjà, la principale explication de la chute de son activité de coureur cycliste. Ici, une ligne de démarcation a toujours été tracée parmi les coureurs entre ceux qui peuvent se consacrer entièrement au vélo et ceux qui sont dans l’obligation de travailler, quelles qu’en soient par ailleurs les raisons. Mais, la « pénibilité » de ce sport laisse peu de chance pour briller à ceux qui sont dans la deuxième catégorie.

 

 

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 Limoges, 1957, Albino (en bas à droite, le deuxième avant la fin) avec sa promotion de "tailleurs de pierre".

 

 

Une autre condition essentielle – aujourd’hui grandement ignorée – est la capacité de se déplacer pour se rendre sur les courses, parfois très éloignées du domicile du coureur. Nous avons cherché vraiment à savoir comment Albino a pu se « débrouiller » et quels étaient les coureurs ou les personnes qui le véhiculaient. Toujours est-il qu’il fait l’acquisition d’une voiture en 1956, juste après avoir passé son permis de conduire (le 10 mars), c’est une « Mattis berline 666 » et Albino a un peu plus de 25 ans…

Alors, les choses se précisent…ou se précipitent. En janvier 1958, il y a un bal à Catusseau (Pomerol) et les frères Gonzalez y sont. De temps à autre il y a aussi Julio Alvarez, qui a toujours été un « bon vivant ». Albino, le beau brun (à moustaches), y fait la connaissance de Gabrielle Gauthier, « de dix ans sa cadette », originaire  de La Jemaye en Dordogne. Le mariage a lieu le 27 septembre 1958. Quatre enfants en sont issus, soit les trois filles déjà citées et, aussi, un garçon, James, l’aîné  à qui son père n’a jamais parlé de vélo.

 

 

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 septembre 1958, sortie de l'église à Néac, le couple de jeunes mariés : Albino et Gabrielle.

 

 

Ensuite, A. Gonzalez intègre l’entreprise Tamone. Il devient chef de chantier, mais, en 1970, il chute d’un échafaudage et se fracture le crâne. Après un coma de plusieurs jours, il suit une longue rééducation et, pendant une année, il est en arrêt maladie. Cet accident et ses conséquences l’amènent à changer de métier.  En 1971, le couple fait l’acquisition à Belvès-de-Castillon d’un commerce (épicerie-bar). La réussite n’est pas au rendez-vous, alors Albino devient marchand ambulant (fruits, légumes, poissons). Puis, le couple s’installe à Fronsac (1979). C’est là qu’Albino prend sa retraite (1999) et il se remet… au vélo (50 km, 3 ou 4 fois par semaine). C’est à Fronsac aussi, que la maladie vient le chercher en mai 2015. Dans un premier temps, l’oncologue est surpris par l’excellente réaction du patient. Mais, le 30 décembre 2015, il décède.

 

 

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 "Derniers beaux jours ": devant chez lui à Fronsac, Albino en tenue cycliste avec son frère, Vincent.

 

  

En 2015, à propos du sujet « Victor Caneiro » (publié en 2012), j’avais eu l’occasion de répondre dans la partie « commentaires » à celui qui signait « Chico » et, aussi, de préciser « l’esprit » dans lequel j’essayais de me tenir, ici. J’écrivais alors : « si j’en avais les moyens, j’aimerais écrire « l’histoire du coureur cycliste inconnu » (cf. le « soldat inconnu »).

Je remercie Linda Gonzalez-Lafaysse de m’avoir permis d’évoquer la trajectoire de son père, Albino Gonzalez, dont le nom, déjà, entrait en concurrence avec celui de Michel, mais dont les qualités, mises en évidence à 20 ans en 1951, n’ont peut-être pas connu les meilleures conditions pour s’exprimer pleinement, faisant de lui un « cycliste méconnu ».



15/04/2016
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